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PHILIPPE IV le Bel
(né en 1268, mort le 29 novembre 1314) Roi de France : règne 1285-1314 Partie 2/8
A ces conditions Philippe devait révoquer la citation devant la cour des pairs, et comme tout ce qu'accordait Édouard n'était qu'une démonstration publique de sa déférence pour le roi de France, Philippe devait lui remettre ses villes, ses places et ses otages dès qu'il les aurait en sa possession. Les otages furent livrés, les six forteresses reçurent des garnisons françaises : alors Philippe ne parla plus de rendre ni les uns ni les autres ; il ne fut plus question de révoquer la citation devant la cour des pairs ; plusieurs officiers du roi d'Angleterre arrêtés dans les places qui s'étaient rendues d'elles-mêmes, furent conduits à Paris ; le connétable Raoul de Nesle marcha en Guyenne avec une armée, et la guerre fut alors résolue dans le parlement anglais convoqué par Édouard (1295). On trouve dans les actes de Rymer (t. 2) un mémoire où le prince Edmond rend compte lui-même de toute cette affaire. Il raconte que lorsqu'il vint demander la restitution de la Guyenne en vertu de l'accord secret fait avec Philippe par l'entremise des deux reines, on lui répondit que sa demande serait examinée dans le conseil ; que, bientôt après, Philippe lui fit dire qu'il lui répondrait un peu durement en présence du conseil, mais qu'il ne devait pas s'en alarmer ; que s'étant ensuite présenté au roi et au conseil pour demander la restitution de la Guyenne, le roi répondit sèchement qu'il ne la rendrait point ; que,
On voit dans les mêmes actes recueillis par Rymer, plusieurs pièces originales dans lesquelles le roi d'Angleterre se plaint vivement d'avoir été joué par le roi de France. Les historiens contemporains ne donnent aucun détail sur la conduite de Philippe dans cette affaire : mais Nangis prétend qu'Édouard « formait depuis longtemps des projets d'iniquité ; qu'il se flattait de recouvrer la Guyenne avec le secours de ses alliés et que l'ayant reconquise par la force des armes, il ne la tiendrait plus du monarque français, mais par le droit de la guerre et en toute souveraineté. » Il est au moins permis de douter que telle ait été la politique d'Edouard, et qu'il ait voulu livrer imprudemment une province dans la perspective de s'en mieux assurer la possession par une conquête difficile et trop incertaine. On doit regretter que les manifestes de Philippe ne soient pas venus jusqu'à nous. « Nous y trouverions peut-être, dit Daniel, de quoi le défendre. » Après le brusque renvoi des ambassadeurs d'Édouard et pendant la marche d'une armée française en Guyenne, un dominicain anglais et un franciscain envoyés par Édouard, vinrent déclarer à Philippe que, puisqu'il en usait ainsi envers le roi d'Angleterre, il faisait bien voir qu'il ne voulait plus le regarder désormais comme son homme et comme son vassal ; que de son côté le roi d'Angleterre ne le reconnaissait plus pour son souverain et se tenait pour toujours quitte de tout hommage. L'Angleterre entreprit la guerre avec beaucoup d'ardeur. Le clergé accorda au roi la moitié de son revenu ; la bourgeoisie paya la huitième partie du sien et le reste des habitants le dixième de ses biens. Trois flottes furent équipées, et une grosse armée commandée par le duc de Richmond, neveu d'Édouard, fut transportée dans le midi de la France. Adolphe, roi des Romains, qui avait reçu les subsides de l'Angleterre, s'empressa d'envoyer des ambassadeurs à Philippe pour lui déclarer la guerre ; mais Philippe se contenta de répondre par l'envoi d'un papier cacheté qui ne contenait que ces deux mots latins : Nimis Germane ; ce qui signifiait : « C'est pour toi, Germain, trop entreprendre que d'oser t'attaquer à moi. » En effet, Adolphe avait assez d'affaires en Allemagne, et il ne fit aucune diversion en faveur d'Édouard. Les Anglais descendirent à l'île de Ré, s'emparèrent de la Réole et prirent d'assaut Bayonne (1er janvier 1296). Le connétable de Nesle n'avait pu que défendre Bordeaux, lorsque Charles de Valois arriva avec une nouvelle armée. La Réole fut reprise et Saint-Sever emporté après un siège de trois mois. Dans ces entrefaites, une flotte française sous les ordres de Matthieu de Montmorency et de Jean d'Harcourt brûlait la ville de Douvres sans oser attaquer le château, et une flotte anglaise pillait Cherbourg sans oser s'y arrêter. A cette époque, Édouard eut à soumettre les peuples révoltés du pays de Galles et à combattre contre le roi d'Écosse, qui s'était déclaré pour la France. Philippe ayant besoin dans cette circonstance de toutes les forces de l'État, fit, dans son parlement de la Toussaint (1296), une ordonnance par laquelle il défendait toutes guerres particulières entre ses vassaux et suspendait celles qui étaient commencées. Les seigneurs belligérants devaient faire des trêves et se donner réciproquement des assurements. L'envoi des gages de bataille fut défendu et chacun devait poursuivre son droit en justice et non par le duel. La même ordonnance prohibait aussi les joutes, les tournois, et ôtait aux créanciers le droit de saisir les chevaux de bataille et les armes. Tandis que l'Europe était agitée par cette guerre, Boniface VIII faisait encore des projets de croisade. Il écrivit à Philippe et à Édouard pour les engager à la paix : il envoya des cardinaux en France et en Angleterre ; mais leurs négociations n'eurent aucun succès. Le duc de Lancastre et le comte Robert d'Artois conduisirent de nouvelles armées en Guyenne. Le premier prit quelques petites places et mourut de maladie à Bayonne. Le second, quoiqu'il fût le premier homme de guerre de son temps, n'obtint que de faibles succès. Philippe fit avec plus de bonheur la guerre contre le comte de Flandre. Ce prince avait osé déclarer que, cessant d'être vassal du roi de France, il ne le reconnaissait plus pour son souverain. Philippe envoya l'archevêque de Reims et l'évêque de Senlis jeter l'interdit sur le comté de Flandre (1297). Il y eut appel au pape, qui évoqua l'affaire devant le Saint-Siège : mais Philippe indigné fit mander au pontife qu'il ne lui appartenait pas de se mêler des affaires de son royaume ; que la cour des pairs était en possession de juger ces sortes de différends et qu'il ne devait qu'à Dieu compte de sa conduite en cette matière. Boniface VIII n'osa pas aller plus avant. Philippe réunit une armée à Compiègne, marcha en Flandre et apprit que ce même Adolphe, roi des Romains, qu'il avait traité avec tant de mépris, conduisait un corps de troupes au secours de ses ennemis. Il reconnut alors que l'orgueil peut être une faute dans la politique des rois. Il envoya à Châtillon acheter à prix d'argent la retraite du roi des Romains, et en même temps, il donna une grosse somme à Albert d'Autriche pour qu'il occupât ce prince en Allemagne. La campagne s'ouvrit sous d'heureux auspices : Lille capitula ; Béthune fut emportée, le comte de Flandre défait aux environs de Furnes ; Douai et Courtrai se rendirent et Bruges ouvrit ses portes. Déjà Philippe marchait sur Gand lorsque le roi d'Angleterre qui était venu joindre ses armes à celles du comte de Flandre, n'ayant pu arrêter les progrès de Philippe, lui demanda une suspension d'armes : elle fut accordée et fut bientôt suivie d'une trêve conclue le 9 octobre 1297 à Fismes, en Champagne, pour quelques mois, et ensuite à Tournai pour deux ans. :: Biographie de Philippe IV le Bel - Partie 1/8 - Partie 3/8 |
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