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PHILIPPE II Auguste
(né le 21 août 1165, mort le 14 juillet 1223) Roi de France : règne 1180-1223 Partie 4/4
Cette courte harangue électrisa tous les esprits ; les troupes prêtèrent serment à genoux : elles reçurent dans cette attitude la bénédiction royale et ce fut dans d'aussi bonnes dispositions que Philippe les conduisit à la mémorable bataille de Bouvines qui fut livrée le 27 juillet 1214, entre Lille et Tournai, sur les bords de la Marcke. Le monarque français commandait lui-même le centre ; il avait donné la droite au duc de Bourgogne et le gauche au comte de Dreux et de Ponthieu. Othon, qui avait juré de le prendre mort ou vif, dirigea contre lui tous les efforts de son armée. Après avoir résisté à trois attaques des plus furieuses, Philippe, environné, pressé de toutes parts, avait été renversé et foulé aux pieds des chevaux. Il allait périr, lorsque Montigny, qui portail l'étendard royal, se mit à le hausser et à le baisser, pour avertir du danger où se trouvait le roi, et, se plaçant au-devant de sa personne, il le couvrit de son corps, écartant à coups d'épée tous ceux qui osaient l'approcher. Une foule de chevaliers accoururent bientôt à la défense de Philippe, qui parvint à remonter sur son cheval et, se précipitant contre l'ennemi, entraîna après lui cette foule de braves chevaliers, et culbuta le centre de l'armée impériale. Othon, à son tour, fut près de tomber dans les mains des Français ; il n'échappa que par une fuite précipitée. La déroute de son armée fut complète, et trente mille de ses soldats restèrent sur le champ de bataille. Cette grande victoire, l'une des plus importantes qui aient été remportées par les armées françaises, fut principalement due au courage du roi et aux bonnes dispositions faites par Guérin, ancien chevalier du Temple, qui s'était distingué dans les guerres d'Orient, et qui venait d'être créé évêque de Senlis, où Philippe fonda, en mémoire de cet événement, l'abbaye de la Victoire. L'évêque de Beauvais s'y distingua aussi par une bravoure extraordinaire. On cessa à cette bataille de battre tumultueusement, comme on l'avait fait dans les guerres précédentes, et ce fut la première fois qu'on vit les troupes se mouvoir avec une espèce d'ordre et de discipline. Le comte de Boulogne, resté prisonnier de guerre, fut enfermé à la citadelle de Péronne ; le comte de Flandre, qui eut le même sort, fut conduit à Paris les fers aux pieds et aux mains, et suivit en cet état le char du vainqueur, comme lors des triomphes des Romains. Dans le même temps (quelques auteurs disent que ce fut le même jour), le fils de Philippe-Auguste remporta aussi une victoire signalée près de Chinon, contre Jean Sans terre, qui avait cherché à faire, vers la Loire, une diversion en faveur d'Othon, son oncle. La nouvelle de succès si importants, si inespérés, combla de joie toute la France, et le retour de Philippe offrit véritablement le spectacle d'une marche triomphale. Partout les habitants des campagnes accoururent sur son passage et le saluèrent comme leur libérateur. Des arcs de triomphe furent élevés dans toutes les villes : les chemins étaient jonchés de fleurs, et partout l'air retentissait des plus flatteuses acclamations. A Paris, toute la population se précipita au-devant du monarque, et pendant sept jours entiers l'allégresse publique ne cessa de se manifester par des illuminations, des danses et des fêtes de tous les genres. Dès lors, aussi redouté de ses ennemis que chéri de ses sujets, Philippe-Auguste n'eut plus à s'occuper que du bonheur des Français. Déjà il avait refusé de faire partie de la quatrième croisade, et l'on sait que, lors de la précédente, entraîné dans une lutte difficile avec des vassaux trop puissants, ou tout entier à ses projets contre l'Angleterre, il avait tiré grand parti de l'absence de ses ennemis. Ce fut vraisemblablement par les mêmes motifs qu'il refusa longtemps de prendre part à la malheureuse guerre des Albigeois : il se contenta d'y envoyer son fils dans les derniers moments, et lorsqu'il ne s'agit plus que de profiter des événements. Dès le commencement de son règne, une croisade s'était formée contre ces novateurs menaçant de troubler toute la chrétienté, et leur patrie était devenue le théâtre de cruautés inouïes : plus de trois cent mille de ces malheureux périrent dans les supplices ou par le fer des croisés, dans des expéditions dont le pape Innocent III fut le principal instigateur, Simon de Montfort le chef, et Raimond VI, comte de Toulouse, la plus illustre victime. Le monarque français tira encore avantage de ces tristes événements pour affermir dans ses provinces l'autorité royale, qui depuis Charlemagne y était presque entièrement méconnue ; mais il refusa avec autant de grandeur que de générosité les États du comte Raimond, son parent, injustement dépouillé, qui lui furent offerts par les croisés. Ce ne fut que sous le règne suivant que la France prit part à cette guerre. Après la mort d'Amauri, roi de Jérusalem, les seigneurs et barons de la Palestine envoyèrent à Philippe des députés pour le prier de leur donner un roi. Philippe leur désigna Jean de Brienne, qui devint roi de Jérusalem, puis empereur de Constantinople. Philippe-Auguste donna souvent des secours aux colonies chrétiennes d'Orient, et, par son testament, il laissa une somme considérable qui devait être employée à l'entretien des défenseurs de la terre sainte. Ce prince, craignant les foudres du Vatican, et ne voulant pas troubler la paix de son royaume, refusa d'aider son fils, du moins ostensiblement, dans son expédition en Angleterre, et tandis que le jeune Louis était excommunié à Rome et couronné à Londres, tandis qu'il soutenait un siège dans cette capitale, la France fut calme et heureuse. Philippe s'en servit habilement pour assurer de plus en plus sa prospérité. Peu de princes ont été plus appliqués aux soins du gouvernement. Sa prévoyance et son activité s'étendirent à tout ce qui pouvait embellir son royaume, comme à tout ce qui devait assurer sa puissance. Pour diminuer l'autorité des seigneurs, il établit des baillis, juges des cas royaux, dans toutes les principales villes. Aucun de ses prédécesseurs n'avait su aussi bien que lui tirer des sommes considérables de ses vassaux, des juifs et de tous ceux auxquels il accordait des grâces et des faveurs, et les impôts n'avaient pas encore été soumis avant lui à l'ordre et à la fixité qu'il leur donna. Ce fut par là qu'il parvint à fortifier un grand nombre de places, à créer et solder une armée permanente. C'est par ce moyen qu'il imprima à l'autorité royale un caractère de force et de grandeur inconnu des Français depuis la chute des Carolingiens, et qui n'a fait que s'accroître sous ses successeurs. Il créa les maréchaux de France. De nouvelles communications furent ouvertes, et la plupart des villes furent entourées de murs. C'est sous son règne qu'on vit s'élever les églises d'Amiens, de Saint-Remi de Reims, et surtout de Notre-Dame de Paris, commencée sous son prédécesseur, et terminée sous Philippe le Hardi. Protecteur des lettres, Philippe II fit beaucoup pour l'université, et ce corps acquit un crédit et une influence considérables ; enfin, la conquête du Maine, de la Normandie, celle de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou, l'acquisition des comtés d'Auvergne, de l'Artois, de la Picardie et d'un grand nombre de places et de seigneuries, tels sont les faits qui méritèrent à Philippe II les titres de Conquérant, de Magnanime et d'Auguste. Il mourut à Mantes le 14 juillet 1223, à l'âge de 59 ans. Ce prince n'eut de sa première femme qu'un fils, qui lui succéda sous le nom de Louis VIII. Ingelburge ne lui donna pas d'enfants : il eut un fils et une fille d'Agnès de Méranie, et il obtint du pape qu'ils fussent légitimés. Comme la postérité de Louis VIII fut très nombreuse, les difficultés qui auraient pu résulter de cette légitimation ne se présentèrent pas. La taille de Philippe-Auguste était moyenne, et sa constitution affaiblie par un empoisonnement soupçonné, ou par le climat de la Syrie. L'un de ses yeux était obscurci par une tache blanche. Il aimait les sciences, les arts, et pouvait être considéré comme l'un des hommes les plus instruits de son temps. Les écrivains originaux de l'histoire de ce règne sont Rigord et Guillaume le Breton. :: Biographie de Philippe II Auguste - Partie 1/4 - Partie 2/4 - Partie 3/4 |
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