Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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PHILIPPE II Auguste
(né le 21 août 1165, mort le 14 juillet 1223)
Roi de France : règne 1180-1223
Partie 3/4

Philippe manqua d'être pris dans une embuscade entre Blois et Fréteval, où il perdit son bagage, son trésor et les archives de la couronne, que, suivant l'usage de ces temps-là, les rois faisaient porter à leur suite. Ce fut une perte difficile à réparer. Richard ne voulut pas en rendre la moindre partie, et il y découvrit des secrets d'État d'une grande importance.

Les troupes françaises eurent l'avantage dans d'autres occasions, et le roi y donna de grandes preuves de valeur, surtout à Gisors, où, marchant à la tête d'un faible corps de cavalerie, il tomba sur l'armée anglaise tout entière. La prudence lui prescrivait de se retirer ; mais, entraîné par son ardeur, il s'élança en s'écriant : « Non, Je ne fuirai pas devant mon vassal. » Enfonçant tout ce qui se trouvait devant lui, il allait entrer dans la place, lorsque le pont de l'Epte se rompit sous ses pas, et le précipita dans le fleuve, où il aurait infailliblement péri s'il n'eût eu assez de vigueur et de présence d'esprit pour rester ferme sur son cheval.

La guerre continua ainsi avec une alternative de revers et de succès, et surtout avec une atrocité digne des nations sauvages. Le pape intervint souvent pour amener les deux rivaux à la paix mais ses légats ne purent obtenir que des trêves qui se prolongeaient rarement jusqu'à l'époque convenue. Enfin, le bonheur de Philippe voulut que Richard fût blessé à mort au siège d'un petit château près de Limoges (1199).

N'ayant plus affaire qu'à Jean, prince cruel, mais inhabile, et sur lequel les seigneurs anglais se vengeaient de la soumission où les avaient tenus Richard, le roi de France se vit en état d'accomplir ses projets. Cependant il se mit de lui-même dans un grand embarras en répudiant la reine Ingelburge, pour épouser Agnès de Méranie. Le roi de Danemark s'adressa au pape, qui déclara nul ce nouveau mariage.

Philippe se révolta contre cette sentence : le royaume fut mis en interdit. En vain le roi s'emporta contre ceux qui obéissaient au pape ; en vain il fit saisir le temporel du clergé : plus il usait de rigueur, plus le peuple, privé de sacrements, murmurait contre lui. Enfin, prévoyant qu'il ne pourrait pas éviter d'être condamné par le concile auquel cette affaire avait été renvoyée, il reprit de lui-même la reine Ingelburge, déclara qu'il la reconnaissait pour sa femme légitime, et se sépara d'Agnès de Méranie, qui mourut de chagrin dans la même année.

Libre alors de toute inquiétude dans ses propres États, le roi de France ne s'occupa plus que des moyens d'enlever aux Anglais les provinces qu'ils possédaient sur le continent. Après quelques alternatives de paix et de guerre avec le roi Jean, ce prince fut cité, en 1203, à la cour des pairs de France, pour y rendre compte de la mort d'Arthus de Bretagne, son neveu.

N'ayant pas comparu, il fut condamné à perdre la vie, et ses domaines sur le continent furent confisqués au profit de la couronne. Philippe parcourut aussitôt la Normandie en vainqueur, et il réunit cette province à son royaume, trois siècles après qu'elle en avait été séparée. Il soumit également, dans l'espace de deux ans, le Maine, la Touraine, l'Anjou et le Poitou.

La Guyenne seule se défendit opiniâtrement, et resta sous la domination anglaise. Ce fut ainsi que le roi Jean, chassé de ses possessions en France, abandonné par les Anglais, excommunié par le pape, reprit le nom de Jean Sans terre, qu'on lui avait donné dans sa jeunesse, parce qu'il n'avait rien eu dans l'héritage de son père. Son royaume d'Angleterre fut offert au roi de France par le pape Innocent III, et Philippe, qui avait résisté avec beaucoup de fermeté à l'excommunication lancée contre lui par le souverain pontife, se garda bien, en ce moment, de contester le droit que ce dernier s'attribuait d'ôter et de donner des royaumes.

Il fit d'immenses préparatifs pour mettre à profit cette faveur du pontife, et l'on porte à dix-sept cents le nombre des bâtiments qui furent construits pour transporter son armée en Angleterre. Mais Jean Sans terre, réduit au désespoir, prit une résolution qui prouve qu'il ne manquait pas toujours d'habileté et de prévoyance.

Tout excommunié qu'il était, il mit son royaume sous la protection de Saint-Pierre, et se déclara vassal et tributaire de Rome. Le légat du pape qui était venu à Londres pour recevoir son serment repassa aussitôt en France pour ordonner à Philippe de cesser ses préparatifs, et de renoncer à ses projets d'invasion. Ce prince, outré de colère, s'y refusa avec beaucoup de force, disant qu'il n'avait commencé cette guerre qu'à la sollicitation du pontife, et qu'il ne pouvait y renoncer sans être indemnisé de ses dépenses (ces dépenses étaient évaluées à soixante mille livres sterling, somme très considérable pour ce temps-là).

N'osant cependant plus tenter une invasion en Angleterre, Philippe voulut que ses préparatifs ne fussent pas entièrement perdus, et il s'en servit contre Ferrand, comte de Flandre, avec lequel il avait d'anciens sujets de plainte ; il lui prit diverses places, et brûla quelques bâtiments dans les ports des Pays-Bas.

Ce seigneur se défendit avec beaucoup de courage et d'activité, et il prit sa revanche dans plusieurs occasions, notamment à Boulogne où, de concert avec les Anglais, il parvint à incendier une grande partie de la flotte française, et réduisit Philippe à brûler le reste, de peur qu'elle ne tombât dans les mains de ses ennemis. Ferrand, encouragé par cet avantage, ne s'occupa plus que de chercher des alliés contre le roi de France, et s'étant adressé à Othon IV, qu'il savait être son ennemi personnel, il parvint à l'entraîner dans une des plus formidables coalitions qu'on eût encore vues en Occident.

On y remarquait les comtes de Boulogne, de Bar, de Namur, le duc de Brabant, tous parents, alliés ou sujets de Philippe, dont ils se partagèrent d'avance les dépouilles dans un congrès qu'ils tinrent à Valenciennes. Ce prince réunit à la hâte toutes les troupes dont il put disposer, et il marcha à leur rencontre avec une armée de cinquante mille hommes.

C'était à peine le tiers des forces de l'ennemi, et encore ne pouvait-il pas compter également sur tous les siens. Ce fut sans doute pour prévenir une défection qu'il avait lieu de craindre que, dans une cérémonie des plus solennelles, il déposa sa couronne en présence de toute l'armée, et s'écria : « S'il en est un parmi vous qui soit plus capable que moi de porter ce diadème, qu'il se présente : je jure de lui obéir ; si au contraire vous pensez que j'en sois le plus digne, jurez, à la face du ciel, de le défendre, de combattre pour votre roi, pour votre patrie ; jurez de vaincre les excommuniés ou de mourir. »

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