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PHILIPPE II Auguste
(né le 21 août 1165, mort le 14 juillet 1223) Roi de France : règne 1180-1223 Partie 2/4
Ces expéditions étaient alors dans leur plus grande ferveur. Philippe II ne pouvait plus s'y soustraire ; mais il en profita du moins pour imposer au clergé, sous le nom de dîme saladine, une contribution du dixième de tous les biens, à laquelle il eût été impossible de le soumettre sous d'autres prétextes. L'engagement fut signé entre les deux monarques de la manière suivante : « Moi Philippe, roi des Français, envers Richard, mon ami et mon fidèle vassal ; Moi Richard, roi des Anglais, envers Philippe, mon seigneur et mon ami. » Philippe laissa la régence à sa mère et à son oncle Guillaume de Champagne, cardinal et archevêque de Reims, l'un des hommes les plus éclairés et les plus vertueux de ce temps-là. Il alla prendre l'oriflamme à Saint-Denis, et conduisit son armée à Vézelay, qui avait été indiqué pour rendez-vous général ; là il se sépara de Richard pour s'embarquer à Gênes, tandis que l'armée anglaise s'embarquait à Marseille. L'un et l'autre abordèrent en Sicile, où les Français arrivèrent les premiers. D'abord fort bien accueillis par Tancrède, qui en était roi, ils y attendaient paisiblement que les vents devinssent favorables, lorsque l'impétueux Richard vint troubler, par des hostilités imprévues, cette heureuse harmonie. Philippe voulut d'abord n'y prendre aucune part ; mais, provoqué, insulté même à son tour par le monarque anglais, il se crut obligé de faire respecter sa puissance, sans s'écarter toutefois de la prudence et de la modération qui furent dans toutes les occasions les bases de son caractère. II vit avec calme son impétueux allié se livrer aux derniers emportements, sut repousser avec adresse les dangereuses suggestions du roi de Sicile, et après s'être réconcilié, au moins en apparence, avec Richard, ils mirent à la voile pour la Palestine, où Philippe arriva encore le premier. Ce fut devant Saint-Jean d'Acre ou Ptolémaïs qu'il débarqua. Déjà cette ville était assiégée depuis deux ans par une armée de chrétiens de toutes les nations, sous les ordres de Guy de Lusignan. Avec un aussi puissant renfort que celui qu'amenait le roi de France, le siège fut poussé très vigoureusement. Bientôt les brèches furent praticables, et la place pouvait être enlevée d'assaut ; mais par un ménagement que l'on a blâmé avec quelque raison, puisque les musulmans en profitèrent pour se fortifier, Philippe voulut attendre Richard, qui s'était arrêté dans l'île de Chypre. Lorsque ce prince fut arrivé, les assiégés ne purent tenir longtemps contre les efforts réunis de tout ce que l'Occident avait de plus braves guerriers, combattant sous les yeux de leurs souverains. Ptolémaïs tomba donc en leur pouvoir le 13 juillet 1191, et dès lors on dut croire que rien ne résisterait à cette puissante armée. Cependant tous les succès des croisés se bornèrent pour lors à cette conquête. La division s'introduisit encore une fois parmi eux, et leur armée, partagée entre Conrad de Montferrat et Lusignan, qui se disputaient le vain titre de roi de Jérusalem, ne songea pas même à s'emparer de la cité sainte. Philippe prit parti pour Conrad, Richard pour Lusignan, et plus d'une fois le camp des chrétiens fut près d'être ensanglanté par leurs propres mains. C'est vers le même temps que Philippe fut atteint d'une maladie si violente, qu'il perdit les cheveux, la barbe, les ongles, les sourcils, et que sa peau se renouvela tout entière. Cet événement ne pouvait manquer de donner lieu à des soupçons d'empoisonnement, et la mésintelligence dans laquelle vivaient les deux souverains ne rendait ces soupçons que trop vraisemblables. Cependant le caractère grand et généreux de Richard ne permet point de les admettre, et il ne paraît pas même que Philippe en ait eu la pensée. Ses médecins le pressèrent d'aller respirer l'air natal, et voyant d'ailleurs qu'il ne pourrait pas toujours supporter les violences et l'impétuosité du roi d'Angleterre, ou plutôt sentant, par une politique plus habile, qu'il lui serait facile de profiter en Europe de l'absence de ce rival redoutable, il prit le parti d'y retourner, et, pour tranquilliser le roi d'Angleterre, il lui laissa un corps auxiliaire de dix mille hommes, et promit par serment de ne pas attaquer ses États pendant son absence. Cette promesse fut loin d'être sincère, et le monarque français, ayant passé par Rome, demanda pour toute grâce au pape de l'en relever ; mais le pontife s'y refusa, et Philippe rentra paisiblement dans ses États, qui avaient été parfaitement bien gouvernés pendant son absence. Ce fut dans ce temps-là qu'il créa, sous le nom de sergents d'armes, la première garde permanente qu'aient eue nos rois. Cette compagnie, composée de gentilshommes armés de massues d'airain, d'arcs et de carquois, ne quittait pas le prince et n'en laissait approcher aucun inconnu. Philippe l'institua pour se défendre des assassins que le Vieux de la Montagne (Hassan-Ben-Sabbah) avait, disait-on, envoyés pour l'immoler. On lui dit même que Richard avait conçu un pareil projet ; mais il est probable que ces bruits ne furent répandus que pour avoir un prétexte d'établir une garde, qui du reste était nécessaire, et que l'on a toujours conservée depuis. Richard ne quitta la Palestine qu'un an après Philippe, et il fut arrêté dans son chemin par les Allemands, qui le retinrent prisonnier. Dès que le roi de France en reçut la nouvelle, il eut une entrevue avec Jean Sans terre, et ces deux princes convinrent de se partager les dépouilles du roi prisonnier : le frère de Richard dut s'emparer du trône d'Angleterre, Philippe de la Normandie et de quelques autres provinces. II envoya même des ambassadeurs à l'empereur Henri VI, pour que le monarque mît en son pouvoir la personne de Richard. N'ayant pu l'obtenir, il entra en campagne, s'empara de plusieurs places dans la Normandie, essuya un échec devant Rouen et consentit à une trêve de six mois. Mais ne pouvant pas renoncer à ses projets d'ambition, et voulant acquérir un titre vieilli de domination sur l'Angleterre, il fit demander en mariage Ingelburge, princesse de Danemark, qui lui fut accordée ; mais Canut, son frère, refusa de faire la guerre à l'Angleterre, et c'est probablement au dépit que Philippe conçut de ce refus qu'on doit attribuer l'aversion qu'il ne cessa de témoigner à Ingelberge, dont la beauté et les vertus méritaient un meilleur sort. Forcé de renoncer au secours qu'il attendait du Danemark, il employa toute son activité à faire soulever les Anglais pour Jean Sans terre, prince fourbe et cruel, qui trahit à son tour Philippe, lorsqu'il voulut se rapprocher de Richard, sorti enfin de sa prison. On croit que ce fut d'accord avec ce dernier que Jean fit égorger traîtreusement trois cents Français de la garnison d'Evreux, dans un festin auquel il les avait invités. Outré de cette horrible trahison, Philippe se rendit à Evreux, où il fit massacrer tous les Anglais dont on put se saisir. Sa vengeance se porta jusque sur les églises, qu'il fit brûler, et cette guerre continua avec un caractère de fureur et de cruauté inouïes. On incendiait, on démolissait toutes les maisons et tous les édifices dans les villes, dans les bourgs, dans les villages, et l'on en égorgeait impitoyablement les habitants ; aucun prisonnier n'était épargné. On alla jusqu'à leur brûler les yeux pour les faire souffrir plus longtemps. :: Biographie de Philippe II Auguste - Partie 1/4 - Partie 3/4 - Partie 4/4 |
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