Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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LOUIS XV le Bien-Aimé
(né le 15 février 1710, mort le 10 mai 1774)
Roi de France : règne 1715-1774
Partie 1/7

Arrière-petit-fils de Louis XIV, et fils du vertueux élève de Fénelon, il naquit à Fontainebleau, le 15 février 1710 ; il porta d'abord le nom de duc de Bretagne, et fut déclaré roi le 1er septembre 1715.

Louis XV fut doué de tous les dons extérieurs : il surpassait son bisaïeul pour la beauté des traits et l'égalait presque en majesté. Des circonstances fatales à sa famille l'avaient rendu, dès ses plus tendres années, l'espoir et l'amour de la nation. Après la mort presque simultanée de sa mère, de son père, de son frère aîné, et la maladie dont lui-même avait été attaqué, on voulait voir une sorte de miracle dans sa conservation.

Quoique la vie de ce jeune prince semblât un témoignage suffisant pour confondre les atroces calomnies répandues contre le duc d'Orléans, les alarmes subsistèrent jusqu'à ce qu'il fût parvenu à l'âge de la majorité. Il y touchait, lorsqu'une nouvelle maladie l'atteignit encore et réveilla les soupçons, les terreurs. C'était à l'époque où une banqueroute de l'État venait de guérir
Roi Louis XV
Louis XV le Bien Aimé (1710-1774)
la nation de sa folle confiance dans les promesses de Law. La haine publique favorisait la calomnie. On désespérait ou l'on affectait de désespérer des jours du monarque enfant. Une saignée qu'ordonna courageusement le médecin Helvétius, malgré l'avis de ses confrères, sauva les jours de Louis.

Cette nouvelle fut reçue avec transport. Chacun voulait s'assurer par ses yeux de cette guérison. Le duc d'Orléans, heureux de voir la plus cruelle méchanceté encore une fois confondue, présenta le jeune roi au peuple assemblé. L'allégresse publique se manifesta pendant plusieurs jours, et fut signalée par des banquets de famille que chacun prenait devant sa porte, à la faveur des belles nuits d'été. Ces scènes cordiales disposèrent Louis à chérir un peuple dont il était si tendrement aimé. Quoique l'auteur de ses jours lui eût été si promptement enlevé, on peut croire que le duc de Bourgogne avait déjà déposé dans l'âme de son fils des semences de bonté que le précepteur de celui-ci, l'aimable et bienveillant évêque de Fréjus sut cultiver avec succès.

Louis dut tout ce que son règne offre de doux et de vraiment glorieux à sa tendre reconnaissance pour cet instituteur. L'esprit formaliste, le ton imposant, mystérieux et chagrin du maréchal de Villeroi, son gouverneur, ne firent pas naître en lui une si profonde affection. Un événement manifesta la différence qu'il avait mise entre ces deux instituteurs. Villeroi, après avoir bravé l'autorité du régent dans la personne de son ministre le cardinal Dubois, fut séparé de son élève et conduit en exil. L'évêque de Fréjus sembla se faire un point d'honneur de partager cette disgrâce et de se vouer lui-même à la retraite.

Le roi ne laissa éclater son désespoir que lorsqu'il se vit privé de la présence de l'évêque de Fleury. Il ne cessait de le redemander par ses pleurs, par ses cris. Le régent n'eut pas de peine à retirer ce prélat d'une retraite qu'il n'avait cherchée que par bienséance ; et le roi ne donna plus aucun regret à la disgrâce de son gouverneur. Les manières aimables du régent, le ton tout à la fois aisé et respectueux avec lequel il initiait son neveu aux affaires, en ayant l'air de les lui soumettre, semblaient le flatter agréablement.

Ce fut peut-être à cette école que Louis prit un tour d'esprit vif et piquant, que la froide dignité du trône contenait souvent, mais qui échappa plus d'une fois par des saillies originales. Malheureusement personne n'enseignait à Louis un secret plus précieux, celui de vouloir avec fermeté. Le régent, qui était tombé sous le joug du plus méprisable de ses familiers, connaissait trop peu lui-même un tel secret, et se fût bien gardé d'en donner des leçons à son royal pupille.

Quant à Fleury, une domination paisible lui était promise par l'attachement sans bornes du monarque ; et il aiguillonnait faiblement une timidité, une indolence, appuis et garants de son pouvoir prochain. L'humeur du roi parut s'attrister lorsque, peu de temps après sa majorité, une mort subite lui enleva le régent, devenu son premier ministre, et qu'il se vit forcé de confier le même emploi au duc de Bourbon, prince aussi faible qu'altier.

Les cris du peuple, des remontrances sévères que le parlement porta jusqu'au trône, enfin des révoltes fréquentes, apprirent à Louis XV que son parent n'était point aimé, et vinrent dissiper ces rêves de bonheur qui s'offrent facilement à l'imagination d'un jeune monarque. Il en gémissait avec le seul confident de ses pensées, l'évêque de Fréjus. Celui-ci attendait pour se déclarer contre le prince du sang que le signal lui en fût donné par la haine publique.

Cependant le roi fournit une grande preuve de docilité, en recevant une épouse des mains d'un parent et d'un ministre qu'il n'aimait pas. Le duc d'Orléans, longtemps brouillé avec la cour d'Espagne, avait scellé sa réconciliation avec ce gouvernement en arrêtant le mariage du roi avec une infante. La princesse n'avait alors que quatre ans. Cette union restait donc en projet. L'infante n'en fut pas moins envoyée à la cour de France (janvier 1722). Louis, parvenu à l'adolescence, se sentit humilié d'être associé aux jeux d'une enfant. Le duc de Bourbon, soit pour complaire aux vœux secrets de son jeune maître, soit pour s'assurer dans l'épouse du roi un appui permanent pour sa puissance, prit le parti d'une rupture avec la cour d Espagne, et osa lui renvoyer l'infante (avril 1725).

Après beaucoup d'hésitations sur le choix entre plusieurs princesses de l'Europe, il se détermina pour la fille d'un roi détrôné, fugitif et proscrit, de Stanislas Leczinski, roi de Pologne. Marie Leczinska avait près de vingt ans ; le roi n'en comptait que quinze. L'extérieur de cette princesse était agréable, sans être séduisant. Le plus grand charme de sa figure était de reproduire toute la bonté de son âme, et d'exprimer des vertus qu'elle devait au malheur ainsi qu'à la religion. Le roi la reçut avec transport, et parut fait pour goûter sur le trône tout le bonheur de la vie domestique. Les intrigues des courtisans les plus corrompus et de toutes les ambitieuses coquettes de la cour échouaient devant la pureté calme de cet amour conjugal.

Six ans après son mariage, le roi avait encore l'habitude, lorsqu'on lui vantait à dessein la beauté de quelque dame, de répondre par cette adroite et noble question : « Est-elle plus belle que la reine ? » Cependant, elle ne put, malgré la sincérité de sa reconnaissance, vaincre la répugnance de Louis pour le duc de Bourbon, ni affaiblir son attachement pour l'évêque de Fréjus. L'État dépérissait sous une administration désordonnée. Il tardait à Fleury d'appliquer à ce corps languissant les remèdes que sa sagesse avait conçus.

Le duc de Bourbon voyait avec épouvante s'augmenter le crédit et percer l'ambition d'un prélat septuagénaire. Il entreprit de séparer le roi de son tuteur, et ne souffrit plus que ce dernier assistât au travail sur les affaires de l'État. Fleury recommença l'épreuve d'une retraite simulée. Louis XV montra du désespoir et quelque emportement. Le duc de Bourbon fut obligé d'aller chercher lui-même son heureux rival à Issy, maison de campagne des sulpiciens, et de le ramener à la cour.

Le modeste Fleury sembla se soustraire à l'éclat d'un triomphe ; mais il en assurait chaque jour la réalité. Malheureusement il l'acheta en donnant à son élève de funestes conseils de dissimulation. Le roi était parti pour Rambouillet et il avait dit au duc de Bourbon : « Prenez garde de vous faire attendre ». Tandis que le premier ministre, charmé d'un retour apparent d'affection, préparait son départ, il reçut du souverain cette lettre foudroyante : « Je vous ordonne, sous peine de désobéissance, de vous rendre à Chantilly et d'y demeurer jusqu'à nouvel ordre. » La reine en même temps recevait cette lettre sévère : « Je vous prie, madame, et, s'il le faut, je vous l'ordonne, de faire tout ce que l'évêque de Fréjus vous dira de ma part, comme si c'était moi-même. »

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