Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715)
Roi de France : règne 1643-1715
Partie 9/14

Quant à la prise de Valenciennes, exécutée également sous les yeux du roi, la bravoure française n'a point à citer un prodige plus éclatant. Après quelques jours de siège, on avait résolu d'attaquer le grand ouvrage à cornes ; il est enlevé : les mousquetaires cèdent à leur ardeur, poursuivent les assiégés de retranchement en retranchement, arrivent avec eux aux portes de la ville, baissent le pont-levis, gagnent du terrain de maison en maison, reçoivent des renforts, et font capituler trois mille hommes qui défendent l'une des plus fortes places de l'Europe.

Un peu après cet exploit, Monsieur, prince efféminé, timide à la cour, se montra dans les combats digne petit-fils de Henri IV, et il obtint à Mont-Cassel une victoire signalée sur le prince d'Orange. L'éclat en fut tel, que le roi résolut de ne plus laisser à son frère une telle occasion de gloire. En même temps les Espagnols se voyaient pressés par nos armées jusque dans la Sicile.

Pour que rien ne manquât à ce vaste développement de puissance, notre marine naissante, conduite par Duquesne, s'était mesurée avec avantage contre les flottes combinées des Anglais, des Hollandais et des Espagnols, commandées par Ruyter, que les Français eux-mêmes nommaient le Turenne des armées navales. Notre pavillon dominait sur les mers, tandis que sur le continent Louis accablait ses ennemis par des succès dignes des plus grands capitaines et des plus grands peuples de l'antiquité.

Il mit le comble à sa gloire en offrant la paix aux vaincus, et put se montrer à la fois superbe et généreux. Il rendit aux Hollandais l'importante place de Maëstricht ; aux Espagnols, un grand nombre de villes dans les Pays-Bas, en se réservant Condé, Bouchain, Ypres, Valenciennes, Cambrai, Maubeuge, Saint-Omer, Cassel, Charlemont et toute la Franche-Comté. De toutes ses conquêtes sur les Impériaux, il ne gardait que Fribourg. Il resta maître de la Lorraine, qui ne lui était point cédée, mais qu'il ne rendit pas.

Telle fut la glorieuse paix de Nimègue, signée le 10 août 1678. Ce fut alors que la France et l'Europe lui donnèrent à la fois le nom de Grand, surnom presque toujours fatal aux peuples qui le décernent et même aux princes auxquels il est décerné, parce qu'étant, par un malheureux préjugé, le prix des exploits guerriers, il en perpétue l'ivresse. Cette guerre n'avait point épuisé le trésor royal. Les bénéfices du commerce, soutenus par une marine puissante, avaient beaucoup augmenté les richesses de la France.

Magnifique pendant la guerre, Louis XIV le fut encore plus après la paix. Bientôt commencèrent les fastueuses constructions de Versailles, modeste château de Louis XIII, érigé dans l'une de ses façades en palais du soleil et conservant dans l'autre sa simplicité peu élégante ; de Trianon, dont un caprice royal fit un palais des fées ; des aqueducs de Maintenon, des rouages hydrauliques de Marly, défis splendides portés à la nature par l'orgueil du monarque ; de ces parcs, de ces jardins renfermant mille stériles richesses dans des enclos démesurés.

Ces dispendieuses merveilles pervertissaient un luxe jusque-là si grand et si judicieux, et cependant elles ne détournaient ni Louis ni ses sujets de travaux vraiment utiles. Riquet avait achevé le canal des deux mers, qui eût suffi pour immortaliser un règne. La navigation intérieure tirait un nouveau secours du canal de Briare. Toutes les villes principales étaient enrichies de monuments dont l'énumération serait immense.

Enfin, le grand cœur de Louis XIV respirait dans le magnifique établissement des Invalides, où sont empreints tous les plus beaux sentiments de l'homme, c'est-à-dire la piété, la reconnaissance, le respect pour la vieillesse, pour le malheur et la bravoure. Colbert gémissait des dépenses qui n'avaient pas cette utilité pour objet ; mais timide dans ses remontrances, il était faiblement écouté. L'ascendant de Louvois prévalut. Ce ministre, qui s'attribuait le principal honneur d'une guerre si heureusement conduite et terminée, rendait la paix pleine de menaces et d'agressions contre divers États.

Par ses conseils, le roi n'avait presque rien retranché de son état militaire ; tandis que les puissances vaincues, cédant à la nécessité, s'empressaient de licencier leurs troupes. Louis se vit ainsi dans une position fatale, celle où l'on croit pouvoir tout oser. Strasbourg, après la conquête de l'Alsace, avait conservé l'existence d'une ville libre impériale. L'or de la France suscitait depuis longtemps des troubles dans cette petite république. Les magistrats étaient inquiétés par des menaces séditieuses. La crainte, la vengeance et la cupidité les portèrent à livrer leur patrie.

Bientôt on eut à se plaindre de quelques retards apportés par les Espagnols à l'exécution du dernier traité. On s'empara de la formidable place de Luxembourg, après un long blocus et un bombardement. Mais ce qui rendait cette conquête odieuse, c'est que l'Empire, dont Louis XIV envahissait les possessions, était alors exposé à une nouvelle invasion des Turcs. L'empereur Léopold appelait à son secours tous les princes de la chrétienté.

L'Autriche espagnole, que le roi venait d'accabler encore par la prise de Trèves, de Courtrai et de Dixmude, ne put envoyer de secours à l'Autriche allemande. Mais deux héros, Sobieski, roi de Pologne, et le prince Charles de Lorraine, dépouillé de ses états, méritèrent toutes les louanges et toutes les bénédictions de l'Europe, en délivrant Vienne et en repoussant les Turcs jusque sur leur frontière. Le monarque français fut arrêté par des scrupules tardifs. Il ne donna plus de suite à la facile invasion de la Flandre.

La paix de Nimègue fut convertie en une trêve de vingt ans, et Louis se fit payer d'une modération suspecte en gardant la possession de Luxembourg. Lui-même, une année auparavant, s'était présenté comme un vengeur de la chrétienté. Les puissances barbaresques ayant fait d'indignes outrages à son pavillon, le roi irrité envoya contre ces pirates le héros de la marine française. Duquesne, avec une flotte puissante. Alger, bombardé deux fois, Tunis et Tripoli, qui craignirent le même sort, se soumirent à toutes les réparations qu'exigea l'impérieux monarque. Il reprocha aux Génois d'avoir vendu quelques secours aux Algériens.

Pour punir ces républicains de cette déloyale avidité, il les soumit au même châtiment qu'il venait d'infliger à des barbares. Gênes la magnifique fut foudroyée par les galères du roi de France, et des palais de marbre enrichis des plus précieuses productions des beaux-arts s'écroulèrent sous des bombes. Gênes témoigna son repentir par les plus humbles soumissions. Le doge et quatre principaux sénateurs vinrent à Versailles demander grâce pour leur république.

Cette excessive fierté du roi lui nuisait encore plus que son ambition. Il n'était ni assez insensé, ni assez inhumain pour aspirer à la monarchie universelle : néanmoins l'Europe le crut capable d'un tel dessein, parce que son orgueil semblait arriver au même point que s'il l'eût obtenue. L'ambassade qu'imagina d'envoyer un usurpateur du trône de Siam à ce prince, qui ne possédait qu'un comptoir dans les Indes, flatta singulièrement la vanité des Français en amusant leur curiosité ; mais les puissances maritimes dont le pavillon dominait sur les mers sourirent d'une pompe si vaine, des projets chimériques qu'elle enfanta, et du mauvais succès d'une expédition chargée à la fois de secourir le roi de Siam et de convertir le peuple indien.

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