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LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715) Roi de France : règne 1643-1715 Partie 8/14
La Hollande était surprise ; une terreur panique avait saisi tous ses chefs militaires. Les forts les plus vantés se rendaient après quelques jours de siège, et souvent à la première sommation. Les bras de mer n'étaient plus que des barrières inutiles. Le roi aidait au prestige et à la facilité de cette conquête par l'excellente discipline qu'il faisait observer à ses troupes. On eût dit qu'il prenait possession de l'une de ses provinces. Celles d'Utrecht, d'Over-Yssel et de Gueldre étaient soumises. Amsterdam n'avait presque plus pour défense que le désespoir de ses habitants et le souvenir des longs et glorieux combats soutenus autrefois pour la liberté. Quelques historiens prétendent que Louis XIV, avec plus d'audace et de célérité, eût pu prévenir le réveil de ce peuple ; mais des républiques animées de l'esprit qui a présidé à leur naissance ne succombent pas ainsi d'un seul coup. On peut présumer que ce prince eut un juste pressentiment du nouveau genre d'obstacles que susciterait contre lui le patriotisme républicain. Sur le chemin d'Amsterdam, il quitta son armée pour reprendre celui de la capitale : peut-être aussi voulait-il être plus à portée de surveiller les mouvements politiques des cabinets que la jalousie et l'inquiétude allaient armer contre lui. L'ivresse des Français était au comble ; elle éclata dans un triomphe que Louis eut la faiblesse de se décerner à lui-même. Les fêtes n'en avaient point encore cessé, quand on apprit que la Hollande était sauvée de sa ruine, qu'une révolution avait éclaté à Amsterdam ; que le prince d'Orange, âgé de vingt-deux ans, venait dans le péril de la patrie de se créer une sorte de dictature ; qu'il avait excité les fureurs de la populace contre le grand pensionnaire de Witt, contre le frère de cet illustre républicain, et quelques autres magistrats coupables à ses yeux du tort d'avoir voulu réprimer les projets de son ambition, coupables aux yeux du peuple des torts de la fortune ; que les cruautés commises sur leurs cadavres avaient été le prétexte d'un terrible engagement pour les auteurs de cette révolution à la fois féroce et patriotique ; que les ordres du stathouder avaient fait percer des digues et environner d'une mer nouvelle Amsterdam, Leyde et leurs environs ; enfin qu'une victoire remportée par l'amiral Ruyter sur les escadres combinées d'Angleterre et de France avait mis les côtes de la Hollande à l'abri de toute invasion. On vit avec étonnement l'Empire et l'Espagne s'armer pour la défense d'une république si longtemps ennemie de la maison d'Autriche. Le roi d'Angleterre était désavoué dans ses entreprises par son parlement, par le cri de la nation. Le prince d'Orange remuait tout contre Louis XIV, et lui faisait expier l'injustice de son agression, le stérile éclat de ses victoires et l'orgueil indiscret de ses triomphes. Toute l'Europe insultait à la grandeur théâtrale du nouveau conquérant ; mais bientôt il la força d'admirer la grandeur véritable d'un roi. L'armée française tint peu dans la Hollande ; cependant, comme l'hiver avait glacé les inondations, le maréchal de Luxembourg lança sur cette mer de glace douze mille Français : ils avancèrent avec intrépidité ; mais un dégel qui survint les obligea de repasser à la hâte sur une digue étroite et fangeuse ; beaucoup y périrent ; tous étaient perdus si le commandant d'un fort avait inquiété leur retraite. Ils l'achevèrent et la souillèrent par d'indignes cruautés. Mais bientôt le roi changea le théâtre de ses opérations ; et se portant sur la Franche-Comté, il soumit cette province, non pas tout à fait avec autant de rapidité que la première fois, mais avec plus de gloire. Rien ne put tenir devant le génie de Vauban et l'audace des troupes que Louis enflammait par sa présence, quelquefois par ses périls. Pendant ce temps Turenne défendait l'Alsace avec vingt-quatre mille hommes, contre une armée de soixante-dix mille Impériaux. On ne vit jamais une campagne défensive conduite avec un savoir plus profond, avec plus d'éclat et de succès. Les troupes allemandes ne purent se prévaloir de leur immense supériorité. Le génie d'un seul homme semblait avoir triplé le nombre de ses soldats. L'armée victorieuse n'éprouvait que des pertes légères ; et le soldat français aimait des marches pénibles et savantes, dont il devinait le but avec une sagacité qu'il tenait de son général et de ses victoires. Malheureusement, cette campagne, où l'art de la guerre obtenait son plus beau résultat, celui de sauver les frontières du royaume en ménageant le sang de ses défenseurs, fut souillée par l'incendie de deux villes et de vingt-cinq beaux villages du Palatinat ; rigueur barbare, indigne des temps modernes et d'un siècle à la fois éclairé et chrétien. Cette dévastation n'avait pas pour excuse la nécessité, puisqu'elle ne couvrait qu'un médiocre espace de terrain, et ne succédait point à un grand revers. Turenne, sans doute, obéissait à des ordres de Louvois. Mais il devait être assez grand pour désobéir, même au risque d'une disgrâce. Dans la campagne suivante, les Impériaux opposèrent à Turenne un tacticien renommé, Montecuculli. L'habileté de leurs campements et de leurs manœuvres balança l'admiration de l'Europe. On s'attendait à une action décisive, lorsqu'un coup de canon enleva Turenne au moment où il marquait la place pour une batterie. Que dirons-nous sur les regrets que la France donna à la perte de Turenne ? L'éloquence naïve de madame de Sévigné nous l'apprend encore mieux que la haute éloquence de Fléchier. Louis ordonna que les restes du héros fussent déposés avec ceux des rois : pendant quinze ans il l'avait défendu contre la haine de Louvois. La mort de ce grand homme de guerre était une cruelle épreuve pour la fortune du roi. Les événements accrurent encore de si justes regrets. Le maréchal de Créqui fut battu à Consarbrück, avec le reste de cette même armée que Turenne avait rendue si redoutable. Forcé de se retirer dans Trèves avec de faibles débris, Créqui se préparait à une belle défense ; mais une trahison livra la ville, le général et l'armée. Le prince de Condé venait de remporter dans la Flandre une victoire inutile et meurtrière. Louis le fit partir pour l'Alsace ; et l'habile Montecuculli se vit arrêté dans ses progrès, et forcé de lever le siège de Haguenau. Peu de temps après, le maréchal de Créqui, racheté de sa prison, répara son imprudence et son malheur par une suite d'avantages obtenus sur les deux rives du Rhin, de concert avec le maréchal de Lorges. Des succès plus brillants et plus utiles étaient réservés à Louis dans la Flandre. Aidé de Vauban, il prit en personne Condé, Bouchain, Cambrai, après des sièges mémorables qui laissaient les Français sans rivaux dans cet art. :: Biographie de Louis XIV le Roi-Soleil - Partie 1/14 - Partie 2/14 - Partie 3/14 |
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