Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715)
Roi de France : règne 1643-1715
Partie 7/14

Si ce grand siècle littéraire fut appelé le siècle de Louis XIV, c'est qu'il y eut une époque brillante où tout parut entrer dans la sphère de ce monarque. Notre imagination nous dit que Bossuet eût été moins sublime en foudroyant les grandeurs humaines, s'il ne les avait vues étalées dans la plus grande pompe quelles eussent jamais reçue ; que Racine, loin d'une telle cour, ne fût point parvenu à peindre avec un charme si puissant, ni Quinault avec une grâce si séduisante, les faiblesses du cœur ; que Massillon ne les eût pas pénétrées avec tant de profondeur, combattues avec tant d'onction ; que les fables de la Fontaine devaient s'écrire en même temps que les lettres de madame de Sévigné ; que le génie observateur de Molière dut être singulièrement secondé par le passage de mœurs encore incultes à des mœurs si polies.

Il n'est point d'homme d'un goût exercé qui ne sente que le canal qui joint les deux mers, la colonnade du Louvre, l'arc de triomphe de Saint-Denis, le dôme des Invalides, les beaux ouvrages sortis du ciseau de Girardon et de Puget, les tableaux de Lebrun et de Lesueur, les jardins de Lenôtre ; que tous ces monuments resplendissants de majesté devaient être contemporains des tragédies de Corneille et de Racine, des oraisons funèbres de Bossuet. Les vertus de Turenne élevaient l'esprit de Fléchier.

L'admiration pour Louis XIV fut un sentiment commun à tous ces hommes de génie. Presque tous furent récompensés par lui avec discernement, avec grâce, et quelques-uns avec magnificence. Ils s'entraidaient ; s'échauffaient par la simultanéité des merveilles qu'ils avaient à s'offrir, et semblaient, dans des genres si divers, puiser à une même source du beau. Le grand Condé, le duc de la Rochefoucauld, le maréchal de Vivonne, le président de Lamoignon, le duc de Montausier, partagèrent sans doute avec Louis le mérite d'avoir été les bienfaiteurs des lettres.

Mais n'a-t-il pas dû obtenir le premier rang, ce monarque qui protégea la représentation du Tartuffe contre les ressentiments des faux dévots et les scrupules de beaucoup d'âmes timorées ; qui permit à Molière de soumettre la cour elle-même à ses tableaux ; qui rendit le sort de Racine et de Boileau plus doux encore que n'avait été celui de Virgile et d'Horace ; qui, dans sa jeunesse, reçut si bien un avertissement sévère que lui donna l'auteur de Britannicus ; qui trouva bon que Boileau cassât ses arrêts en matière de goût ; enfin qui fut remercié avec tant de feu par Corneille vieillissant d'avoir ranimé l'enthousiasme du public et de la cour pour les anciens chefs-d'œuvre qu'allait proscrire l'inconstance de la mode ?

Il est vrai que ce même Corneille et que la Fontaine n'eurent qu'une part modique à ses libéralités ; mais les rois oublient facilement ceux qui ne s'offrent point à leurs regards, surtout quand ils ont le malheur d'être, comme Louis XIV, guerriers et conquérants. Cependant, les leçons des grands orateurs et des grands écrivains ne furent pas tout à fait perdues pour lui. Corneille, dans des vers composés pour un divertissement ; Boileau, dans ses belles épîtres ; Bossuet, dans quelques passages de ses oraisons funèbres et de ses sermons ; Racine, dans un mémoire dont le destin fut, comme on le sait, si fatal pour son auteur ; la Bruyère, dans quelques pages éloquentes ; Fénelon et Massillon, avec un zèle plus courageux que tous les autres, semblaient avoir conspiré pour sauver ce monarque de l'abîme presque inévitable où tombent les conquérants, et où ils entraînent leurs peuples.

Vers la dixième année de son règne, c'est-à-dire de l'époque où il régna par lui-même, Louis conçut la noble pensée d'écrire des instructions pour le Dauphin, en mettant sous les yeux de ce jeune prince le détail de ses plus importantes opérations, les secrets de sa politique et ceux de sa conscience comme roi. Cette occupation, qui lui rappelait des souvenirs glorieux, ennoblit ses loisirs pendant quelques années. Pour mettre en ordre les pensées qui lui échappaient, ou pour les rédiger avec plus de correction et d'élégance, il eut recours à la plume de Pélisson. Les ébauches de ce travail sont parvenues à la postérité ; rien n'est plus facile que d'y démêler ce qui appartient au royal écrivain, et ce qui a été embelli par l'habile rédacteur.

L'âme de Louis XIV s'y montre à découvert dans les épanchements mêmes de son orgueil. Il se propose toujours pour modèle à son fils : mais ce genre d'égoïsme n'a rien de repoussant, parce que le style a toujours de la simplicité, souvent de l'énergie, quelquefois de la profondeur, et surtout parce qu'on reconnaît dans une confession si superbe les sentiments d'un honnête homme, ceux d'une âme ardente et forte, plus ou moins altérés par les maximes de l'autorité absolue et par les séductions de la fortune.

Louis XIV donna un nouveau lustre à l'Académie française par des distinctions honorables. Il fonda, en peu d'années, l'Académie de peinture et de sculpture (1648), celle des inscriptions et belles-lettres (1663), celle des sciences (1666), l'Académie des élèves de Rome (1667), fit construire l'Observatoire de Paris, et s'occupa du Jardin de botanique ; magnifiques et solides établissements qui ont porté si loin la gloire du nom français.

Il donna des pensions à plusieurs savants étrangers, tels que Heinsius, Vossius, Huyghens, et depuis appela en France les Cassini, les Bernoulli, commanda les beaux voyages de Tournefort, fit mesurer la méridienne de Paris, fondement du plus beau travail géodésique connu dans l'histoire ; continua le Louvre sur un plan magnifique, et fit élever par le génie d'un Français, Charles Perrault, l'admirable façade du plus beau palais du monde.

Louis XIV ne pouvait pardonner aux Hollandais l'intervention par laquelle ils avaient borné ses conquêtes et modéré ses avantages dans la paix d'Aix-la-Chapelle, ni les bravades arrogantes de quelques-uns de leurs magistrats, ni les traits amers que les journaux de cette république lançaient contre lui. Surtout il brûlait du désir d'essayer encore une fois ses forces, et d'annoncer par un début éclatant la puissante marine qu'il venait de créer par les soins de Colbert.

Il s'unit avec le roi d'Angleterre, par l'entremise de Madame. Le prodigue Charles II reçut avec joie les subsides qui lui furent offerts. Louis n'eut point de peine à séduire par le même appât deux petits souverains, les évêques de Munster et de Cologne, animés de la haine la plus vive contre la république, leur voisine. Le dernier lui ouvrit le passage le plus commode pour frapper les Hollandais de coups aussi terribles qu'inattendus. Wesel, Rheinberg et d'autres petites villes sur le Rhin furent prises par le roi dès l'ouverture de la campagne.

Bientôt la fortune lui offrit l'occasion d'accomplir un de ces faits qui étonnent l'imagination des peuples, et qui ont un attrait tout particulier pour les Français. Le comte de Guiche annonça que la sécheresse de la saison avait formé un gué sur un bras du Rhin, et qu'en nageant pendant l'espace de vingt pas, la cavalerie française pourrait franchir un fleuve si renommé. Il était dans le génie du grand Condé de tenter un tel moyen ; il n'eut pas de peine à le faire goûter au roi.

Deux mille hommes, qui gardaient l'autre rive, furent interdits à la vue de cette cavalerie qui passait le fleuve. L'armée n'eut presque à regretter que le jeune duc de Longueville. Le grand Condé eut un poignet fracassé en détournant un pistolet qui lui fut tiré à bout portant. Louis, qui s'était exposé sur la tranchée dans quelques sièges, et particulièrement à celui de Lille, eut pourtant la prudence de passer le Rhin sur un pont de bateaux avec son infanterie. Cette circonstance diminuait un peu l'éclat de cette journée. Le talent d'un de nos premiers postes n'a pas peu contribué à rendre immortel ce passage du Rhin, que l'on comparait dans le temps à celui du Granique.

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