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LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715) Roi de France : règne 1643-1715 Partie 6/14
Louis XIV fut encore moins dominé par ses maîtresses que par ses favoris. Ce monarque n'affranchit point sa famille des lois de l'étiquette qu'il imposait à tous ses courtisans : il rendit cependant tous les soins d'un fils tendre et respectueux à la reine Anne d'Autriche, qui mourut en 1666 après une maladie longue et douloureuse. Il parut prendre un soin continuel d'intimider, mais sans rudesse et sans emportement, son frère, Monsieur, qui, livré comme Gaston d'Orléans, à des favoris tracassiers et pervers, eût pu, étant moins surveillé, renouveler les troubles du règne de Louis XIII. L'épouse de ce prince, immortalisée par l'éloquence et les regrets pathétiques de Bossuet, avait paru inspirer au roi, son beau-père, des sentiments que le public et la cour même n'auraient vus qu'avec horreur. Louis eut la force de faire taire une passion naissante. La mort subite et prématurée de cette princesse aimable frappa les esprits du soupçon d'un grand crime : le roi, dans sa douleur, sut s'abstenir de commencer des recherches odieuses, et de sacrifier la sûreté de l'État et la paix de sa famille à des bruits populaires. Plusieurs lettres de Louis indiquent qu'il aimait tendrement le Dauphin ; mais peut-être fit-il trop souvent sentir à son fils la froide autorité du monarque. Ce prince, timide et inappliqué, répondait faiblement aux espérances qu'avaient fait concevoir deux instituteurs tels que le duc de Montausier et Bossuet. L'épouse de Louis XIV, modeste, réservée, constante et douce dans sa piété, semblait se faire une crainte égale de déplaire à Dieu ou de déplaire à son époux. Louis, en l'environnant de respects et de quelques témoignages d'affection, n'exerça que trop la patience de la pieuse reine par l'éclat et la multiplicité de ses amours adultères. D'abord il parut se les reprocher, en rougir, et ne céder qu'à le force de la passion ; mais dès qu'il se crut assez grand pour se faire pardonner un genre de fautes que la nation française a toujours trop faiblement reproché à ses rois, il déclara sans contrainte et avec une sorte de faste les liaisons les plus coupables. Accessible aux remords avant d'avoir atteint l'âge qui émousse les désirs, il parut, dès sa quarante-deuxième année, préférer des sentiments épurés à des plaisirs enivrants qui troublaient sa conscience. La Vallière, dans le secret d'une passion qu'elle s'efforça vainement de combattre et se reprocha sans cesse, craignait des honneurs indices de sa faiblesse ; elle les reçut en rougissant, adora toutes les volontés de Louis, lui sacrifia deux fois un repentir ou de justes alarmes qui la portaient à la retraite, trembla toujours de l'affliger, et, après l'avoir vu inconstant, attendit avec la crédulité des âmes tendres que sa patience et la sincérité de son amour lui ramenassent un roi dont les passions voulaient être irritées par les obstacles. Ses longues douleurs furent respectées par les courtisans. On sentait que le cœur du monarque ne pouvait subir un plus aimable et plus doux esclavage. Bientôt elle se créa des droits à l'estime et à la vénération des personnes les plus austères, Il n'y en eut aucune qui ne la suivît de ses pleurs au couvent des Carmélites, dans le moment solennel où, sous les yeux de la reine, elle consomma un religieux sacrifice auquel l'éloquence de Bossuet prêtait encore plus d'intérêt et de pompe. Madame de Montespan, douée d'une beauté éblouissante, armée d'un esprit vif et piquant, régna par des artifices et des défauts qui eussent peut-être prolongé l'empire de sa rivale. D'abord, elle s'inquiéta, ou parut s'inquiéter des premiers hommages du roi, et engagea son mari de l'emmener loin de la cour : celui-ci ne crut pas alors devoir faire le sacrifice de son ambition personnelle à des craintes qui pouvaient être chimériques ; mais son épouse lui fit cruellement expier son incrédulité. Elle plaça bientôt son orgueil dans un scandale éclatant, rechercha les indignes honneurs d'une maîtresse déclarée, et livra un mari qui l'obsédait de ses plaintes, quelquefois de ses fureurs, à la colère du roi. Louis, en sacrifiant mademoiselle de la Vallière à cette maîtresse arrogante, perdit ce bonheur si rarement goûté des rois, celui d'être aimé pour lui-même : mais s'il soumit à madame de Montespan une cour qu'il avait pliée à toutes les formes de l'idolâtrie, il se garda bien de lui soumettre aucune opération de son cabinet. L'esprit de madame de Montespan était d'ailleurs peu fait pour de tels soins, et ne se manifestait que par des saillies malignes et mordantes. Louis y souriait gravement, et quoique dominé par ses sens, quoique réveillé dans sa passion par des orages perpétuels et toutes les contrariétés d'un caractère hautain et capricieux, il sentait le besoin d'entretiens plus solides, plus calmes, d'un commerce plus doux et plus mêlé de confiance. Ces entretiens, il les trouva bientôt auprès de la veuve de Scarron, à qui son indigence avait fait accepter l'emploi de gouvernante des enfants que le roi avait eus de madame de Montespan. D'abord, il avait craint en elle, et fort mal à propos, cette espèce de gêne que fait souvent éprouver le bel esprit ; mais chaque jour il sentit mieux l'aimable ascendant d'un esprit naturel, mêlé de mille agréments que rehaussaient toujours le bon sens, la vertu, la piété modeste. Madame Scarron, qu'il faut dès à présent nommer madame de Maintenon, était belle encore ; mais elle se garda bien de compter sur ses attraits pour balancer ou pour ruiner l'empire de madame de Montespan.
L'un et l'autre crurent souvent avoir vaincu la faiblesse du roi, mais ne firent que procurer à madame de Montespan la joie et le triomphe d'une réconciliation passionnée. Cependant Louis lui donna pour rivale mademoiselle de Fontanges, regardée à la cour comme un prodige de beauté, mais de beauté seulement. Le règne si court de cette favorite ne servit qu'à éteindre l'amour du monarque pour madame de Montespan, et lui fit sentir encore mieux le charme plus puissant et plus durable des entretiens de madame de Maintenon. Lorsque celle-ci régna seule sur le cœur du roi, elle n'obtint, et ne rechercha peut-être qu'une influence très restreinte sur les résolutions politiques. Il faut maintenant parler de la direction que Louis XIV donna aux sciences, aux lettres, aux beaux-arts. Descartes n'était plus : mais ce philosophe régnait, après sa mort, par la clarté et la nouveauté hardie de sa méthode, la noblesse sévère de son style, l'étendue de ses découvertes, l'ensemble et l'audace de ses hypothèses. Le premier des modernes, il avait remplacé Aristote dans une sorte de monarchie universelle sur le monde savant, surtout le monde penseur. C'était principalement par ses méditations métaphysiques qu'il semblait avoir soufflé aux esprits quelque chose de divin que l'on reconnaît dans l'éloquence de Bossuet, dans les hautes pensées de Pascal, dans la doctrine d'Arnauld, dans celle de Bourdaloue, dans la philosophie aussi élevée que tendre de Fénelon, dans la philosophie fière et mesurée de la Bruyère, dans cette philosophie si profonde, que Malebranche, le continuateur de Descartes, exprima d'un style si limpide. :: Biographie de Louis XIV le Roi-Soleil - Partie 1/14 - Partie 2/14 - Partie 3/14 |
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