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LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715) Roi de France : règne 1643-1715 Partie 5/14
Heureux ce monarque, s'il eût pris plus de confiance dans le zèle et le talent de ces redoutables adversaires de l'hérésie, et s'il n'eût voulu depuis avancer les œuvres de la foi par la force de l'autorité ! Les dignités ecclésiastiques ne furent jamais conférées avec plus de scrupule. Aucun évêque n'osa sortir de la sphère de ses devoirs, et jamais l'épiscopat ne fut plus illustré. On ne vit point, comme dans les cinquante années précédentes, les prélats gouverner l'empire, commander les armées en personne ou marcher à la tête des factions. Il n'y eut que le métier de courtisan auquel tous les évêques ne renoncèrent pas. Pendant la première moitié de ce règne, ce clergé, qui élevait de nouveaux boulevards autour de la religion catholique, se montra plein de zèle à défendre les libertés de l'Église gallicane et à repousser les prétentions ultramontaines. Louis XIV, dans sa fierté royale, donnait cette impulsion que Bossuet secondait par son éloquence, par l'étendue et la pureté de sa doctrine. La cour de Rome s'étonna et s'irrita d'une résistance habile, respectueuse et ferme, qui produisit en 1682 les quatre fameuses propositions du clergé, lesquelles ont été depuis désavouées par un clergé devenu ultramontain. Car Louis maintint mal son ouvrage ; le clergé changea de principes : le parlement seul conserva les siens. La condition des nobles déchut sans qu'ils s'en aperçussent. Il n'y eut plus de ces grands seigneurs qui, soit à la cour soit dans leur gouvernement, rappelaient les grands vassaux d'autrefois, levaient des armées et marchaient toujours entourés de trois ou quatre cents gentilshommes. Le titre de gouverneur perdit beaucoup de son autorité ; elle fut transférée en partie à des commandants moins dangereux par leur crédit et leur naissance. Ce que Louis XI et le cardinal de Richelieu avaient opéré avec des échafauds, Louis XIV sut le consommer avec des pensions, des rubans, avec des regards bienveillants ou sévères, avec des paroles flatteuses, presque toujours brillantes d'à-propos, de grâce et de justesse, avec les étiquettes de son palais, avec le privilège des grandes et des petites entrées, avec la compagnie qu'il nommait pour le suivre à l'armée ou dans ses voyages de Marly, de Compiègne, de Fontainebleau ; enfin avec tous ces signes commodes et variés qui annoncent la faveur, en excitent le désir et font servir la jalousie des grands à la sécurité et au pouvoir du prince. Ce genre de prestige était nouveau : Louis XIII n'eût jamais pu le créer avec son caractère sombre et sauvage. Henri IV, dans sa grandeur et sa bonté, avait une manière plus vive et plus impétueuse de déclarer ses sentiments. Cet art était tout fait pour le caractère, l'esprit et la situation de Louis XIV. Il put s'amuser longtemps de ces petites inventions qui opéraient de grands résultats ; mais quand ce régime fut établi dans toute son uniformité, il n'en éprouva plus que la contrainte et l'ennui. Né en quelque sorte sur le trône, il n'eut pas comme son aïeul le bonheur de connaître l'amitié, mais il se conduisait envers ses courtisans comme l'ami le plus judicieux. Arbitre de leurs discordes, il était aussi le confident de leurs peines domestiques. Souvent il sut prévenir de grands désordres, étouffer d'horribles scandales. La cour ne se ressentait que trop des souillures des mœurs italiennes contractées sous la régence des deux Médicis. Louis lui rendit des mœurs françaises, c'est-à-dire des mœurs plus aimables que régulières. De jeunes courtisans qui avaient bravé les lois et le mépris public, juste et faible châtiment de leurs excès, furent enfin contenus par les sévères remontrances du prince et par la crainte d'une disgrâce éternelle. L'adultère, trop encouragé par les exemples du monarque, fut souvent expié par des repentirs profonds ; et le cloître ne cessa de s'ouvrir à d'illustres pécheresses. Toutes les passions, assujetties à des bienséances qui n'étaient point encore de l'hypocrisie, eurent plus de profondeur et plus de délicatesse. Partout le langage devint plus noble parce que les sentiments l'étaient davantage, et fut en même temps naturel parce que les grandes choses et les grandes idées devenaient plus familières. La vertu sans tache obtenait des honneurs constants dans une cour galante. Quel sort plus heureux l'imagination peut-elle souhaiter à des femmes brillantes d'esprit, d'agrément et distinguées davantage encore par les qualités du cœur, que le sort de mesdames de Sévigné, de la Fayette, du Grignan, de Villars, et que celui même de madame de Maintenon, si elle ne fût devenue reine ? Nul héros des temps anciens ne surpasse Turenne en modestie, en désintéressement, en délicatesse. Le duc de Montausier, gouverneur du Dauphin, ne fut point un inutile censeur des mœurs de son temps : il fut égalé dans ses vertus par les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, les amis de Fénelon. La sévérité des ordonnances de Louis contre les duels ne put abolir, mais diminua beaucoup cet usage barbare. Pour qu'on ne nous reproche pas de laisser rien d'idéal dans un tel tableau, nous avouerons que ceux des courtisans qui persévéraient dans des mœurs dissolues se livraient à plusieurs genres d'excès ou de turpitude devenus bien plus rares dans le XVIIIe siècle même chez des hommes corrompus, tels que les friponneries au jeu, divers genres d'escroqueries, les sociétés de prétendus devins et les plus grossiers excès de la table. Nous avouerons encore qu'il y eut des empoisonnements présumés, d'autres constatés ; mais quelques exemples d'immoralité et de scélératesse n'ont jamais rien prouvé contre l'esprit général d'une nation, d'une société, d'une cour. Louis XIV ne sépara jamais son estime de sa faveur. Le maréchal de Vivonne s'en montra digne par de brillants succès sur terre et sur mer, par sa probité délicate et par son goût pour les lettres. Le duc de la Feuillade avait déployé des qualités chevaleresques dans la brillante expédition des Français envoyés au secours de l'empereur contre les Turcs. Il fit ériger à ses frais le monument trop fastueux de la place des Victoires : ce fut un tort à Louis de le souffrir ; mais on ne voit pas que la vanité de ce monarque ait reconnu un si brillant et si dangereux hommage par d'immenses largesses. Lauzun avait séduit le roi par l'ingénieuse vivacité et l'air passionné qu'il portait dans son rôle de courtisan ; mais il dut vivement l'irriter par son arrogance, par des incartades irrespectueuses et par le trop heureux succès de ses artifices auprès de Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans. On sait qu'un jour où il avait poussé le roi à bout par une indiscrétion impardonnable, Louis jeta sa canne par les fenêtres en disant : « Dieu me préserve du malheur de frapper un gentilhomme ! » Il était beau d'exprimer et de réprimer ainsi sa colère ; mais Louis usa moins modérément de son autorité despotique en faisant enfermer pendant dix ans à Pignerol ce même duc de Lauzun devenu, par un mariage secret, l'époux de Mademoiselle. Par une bizarrerie qui dénote les vices de son caractère, le duc se conduisit au sortir de cette prison comme le tyran de la princesse qu'il avait subjuguée et comme l'adorateur le plus passionné du roi, qui lui avait témoigné un si long et si cruel ressentiment. Le duc de la Rochefoucauld, fils de l'auteur des Maximes, fut le plus discret de tous les favoris. La faveur du maréchal de Villeroi devint, beaucoup plus tard, fatale aux armes françaises : c'était cependant un guerrier plein d'honneur et de vaillance, mais d'un talent médiocre et d'un caractère faible, qu'il tâchait de rehausser par des dehors glorieux. :: Biographie de Louis XIV le Roi-Soleil - Partie 1/14 - Partie 2/14 - Partie 3/14 |
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