|
|
|
|
|
|||||||||||
LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715) Roi de France : règne 1643-1715 Partie 4/14
Louis regarda comme un témoignage des déprédations du surintendant l'étalage indiscret de son opulence. Après l'avoir fait arrêter par le capitaine de ses gardes, et transférer de prison en prison, il le poursuivit par des abus de pouvoir qui rappelaient le temps de Richelieu, le fit juger par une commission, non seulement pour les déprédations qu'il avait pu commettre, mais pour le délit chimérique d'une tentative de rébellion. Il montra dans cette circonstance, et devait montrer dans des circonstances plus grandes, combien la force d'une prévention reçue pouvait altérer la justesse de son esprit et l'équité de son caractère. On le vit avec surprise, peu de jours après la disgrâce de Fouquet, s'imposer à lui-même tout le travail d'un surintendant des finances. Il est vrai qu'il s'associa, pour cet emploi, Colbert, qu'il nomma contrôleur général ; mais s'il reçut de lui une instruction difficile, tout prouve qu'il étendit, par des conceptions hautes et judicieuses, l'esprit exact, habile et vigilant de l'intendant de Mazarin. Colbert, sous un prince indolent et dissipé, eût pu n'être qu'un homme à ressources ; inspiré par le grand cœur de Louis XIV, il fut un homme de génie. L'imagination s'étonne des travaux qu'ils accomplirent en quelques années de paix, et même au milieu de plusieurs guerres qu'il fallut soutenir contre la plupart des États de l'Europe. On vit l'impôt des tailles réduit successivement d'un cinquième, l'intérêt de la dette publique diminué de près de vingt millions, le revenu de l'État considérablement augmenté par la prospérité du commerce : ouvrage commun du roi et de son ministre. L'Europe vit avec étonnement l'industrie française, dès son premier essor, surpasser celle des Pays-Bas, des villes commerçantes d'Italie, et des villes hanséatiques. De nobles avances faites par Louis sollicitèrent d'abord l'activité des particuliers. Le luxe justifia toutes ces inventions en leur donnant un caractère de grandeur et de solidité. Les manufactures de draps d'Abbeville, de Sedan, de Louviers et d'Elbeuf, celles des étoffes de soie de Lyon et de Tours, furent dès leur naissance sans rivales en Europe. Les secrets des manufactures de glaces et de plusieurs autres genres d'industrie furent enlevés aux Vénitiens, aux Pisans, aux Génois. Les tapisseries des Gobelins se montrèrent dignes de retracer les faits d'un règne héroïque, et les tapis de la Savonnerie surpassèrent la magnificence du luxe oriental. Une foule de jeunes paysannes furent habilement dirigées dans le travail des dentelles. Des manufactures de chapeaux, de bas, d'étoffes communes, de divers ustensiles de fer et de cuir, l'invention de beaux carrosses substitués à des voitures grossières fournissaient encore plus aux riches exportations de la France. L'intérêt de l'argent diminua : les capitaux s'accrurent. On fut étonné du petit nombre de faillites parmi tant de nouveaux établissements. On eût dit qu'il était formé un Colbert dans chaque manufacture. L'agriculture reçut des soulagements par la diminution des tailles ; mais Colbert commit la faute de la subordonner trop aux besoins des manufactures en défendant presque toujours l'exportation des blés, qui avait produit tant de trésors sous l'administration de Henri IV et de Sully. L'esprit de règlement donna une impulsion et des règles communes à tant d'établissements qui naissaient à la fois ; et tout ce qui émana de Colbert joignit la rigueur du bon sens à une prévoyance étendue. Bordeaux, Nantes, Saint-Malo et Dunkerque firent connaître et respecter les vaisseaux français dans les Indes et le nouveau monde. Le commerce de Marseille s'étendit dans les échelles du Levant. Colbert reçut, comme un juste prix de ses soins, un nouveau département, celui de la marine, et il fut pour elle un admirable législateur. Bientôt s'élevèrent les magnifiques constructions des ports de Toulon, de Brest et de Rochefort. Louis, en même temps qu'il délivrait son peuple des concussions des traitants, s'occupait de mettre un frein aux vexations des gens de justice. En 1667 parut l'ordonnance sur la procédure civile dont la précision et la clarté, épouvantant le génie de la chicane, l'embarrassèrent longtemps, mais sans pouvoir le vaincre. Les grands actes de la législation se multiplièrent. En peu de temps parurent un Code pour le commerce (1673), un autre pour la marine (1681), un autre pour les eaux et forets (1669), où brille le génie de la conservation ; un autre pour les colonies, connu sous le nom de Code noir, et où perçaient quelques lueurs d'humanité. L'ordonnance pour l'instruction de la procédure criminelle (1670), est de tous ces codes celui qui a encouru les plus légitimes censures. On sait qu'un homme dur, Pussort, oncle de Colbert, réussit à conserver les principes d'une jurisprudence gothique et cruelle que Lamoignon voulut sagement modifier. A l'exception de ce dernier code, tous les autres, opérant des améliorations faciles, devaient un jour inviter les esprits à s'occuper d'améliorations plus importantes. Louis prenait beaucoup d'ombrage des innovations politiques ; et ce qu'il y eut d'étonnant, c'est que tous les Français partagèrent alors la même défiance. L'amour de l'ordre était devenu la passion du siècle ; mais on voulait un ordre plein de vigueur et de majesté, fécond en résultats, en créations ; et l'on trouva le secret d'être original sans bizarrerie et sans témérité. Il parut à la fois une foule d'excellents magistrats, d'hommes signalés par des vertus antiques dans ces mêmes parlements qui n'avaient pu éviter le ridicule en conduisant une guerre civile. Louis se gardait bien de montrer aucun ressentiment et cachait sa défiance sous des formes polies. Dans le progrès de son autorité absolue, il en vint jusqu'à supprimer le droit de remontrance ou du moins jusqu'à le rendre illusoire, en ne le permettant plus que huit jours après l'enregistrement des édits. Le clergé surpassait alors en éclat et en renommée l'honorable magistrature dont on a parlé. De grands exemples de piété brillaient dans la capitale : Saint-Vincent de Paul avait donné à son siècle la plus heureuse impulsion, et des établissements de charité et de bienfaisance s'étaient élevés de toutes parts à sa voix. De nouveaux Pères de l'Église, dignes rivaux par leurs talents des plus fameux orateurs de l'antiquité, animaient le zèle religieux dans un siècle poli. L'incrédulité naissante fut déconcertée à la vue de ces puissants athlètes de la foi, et se réfugia dans les plaisirs d'un indolent épicurisme ou dans les futilités du bel esprit. Les différentes sortes de la religion réformée trouvèrent de redoutables contradicteurs. Louis XIV, ennemi des innovations religieuses et les redoutant pour son autorité comme pour le repos de la France, montra de fortes préventions contre le jansénisme, que la reine sa mère avait déjà en aversion. Cependant les hommes religieux, austères, éloquents, qu'on désignait sous le nom de solitaires de Port-Royal, ont contribué à l'éclat de ce beau siècle de l'Église qui fut en même temps le beau siècle des lettres. L'auteur des Lettres provinciales, enlevé par une mort prématurée, avait laissé la sublime esquisse du plus grand ouvrage qui eût été entrepris pour la défense de la religion chrétienne. Le docteur Arnauld, trop ardent sur d'autres objets, défendait avec succès la religion catholique contre les attaques d'un puissant controversiste, Claude, ministre protestant. Les Bossuet, les Fléchier, les Fénelon, les Bourdaloue, faisaient des conversions auxquelles aidait parfois la sagesse de Louis XIV. :: Biographie de Louis XIV le Roi-Soleil - Partie 1/14 - Partie 2/14 - Partie 3/14 |
|
|
|
|||||||||||
|
:: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||||||