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LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715) Roi de France : règne 1643-1715 Partie 3/14
Le pape, après avoir vainement imploré les secours des princes de la chrétienté, fut obligé de se soumettre à d'humiliantes excuses, que le cardinal Chigi vint présenter lui-même. Une pyramide élevée dans Rome consacra le souvenir du plus sanglant affront qu'eut reçu le Vatican et que lui avait infligé le fils aîné de l'Église. Le courage des Français ne manqua point d'occupation pendant la paix. Louis envoya noblement du secours à l'empereur contre les Turcs, qui venaient de se répandre dans la Hongrie, et pouvaient mettre Vienne en danger. Six mille Français remplis d'une ardeur chevaleresque partirent sous les ordres du comte de Coligny. Ils eurent la gloire d'opérer la délivrance de l'Allemagne, et obtinrent le principal honneur dans la victoire de Saint-Gothard. En même temps, ce duc de Beaufort, qui, par sa popularité et sa valeur, bien plus que par ses talents, s'était rendu si dangereux à l'autorité royale dans la guerre civile de la Fronde, portait, par les ordres du roi, du secours aux Vénitiens, également menacés par les Turcs ; et, monté sur un petit nombre de galères royales, il réprimait les brigandages si longtemps impunis des Barbaresques. Louis s'était engagé, par la paix des Pyrénées, à ne pas prêter de secours à la maison de Bragance, qui, par la révolution de 1640, avait arraché le Portugal à la domination de l'Espagne, et qui, depuis ce temps, soutenait avec des succès une guerre d'indépendance. Comme les Espagnols n'avaient pas rempli scrupuleusement les conditions de ce traité, Louis n'eut aucun scrupule de l'éluder, et de faire éprouver à l'Espagne quelques représailles de la part odieuse qu'elle avait prise aux guerres civiles de la Ligue et de la Fronde. Au moment où les grands coups allaient se porter sur les frontières du Portugal, le comte de Schomberg, ami et élève de Turenne, s'embarqua pour Lisbonne, avec quatre mille Français qui passaient pour être uniquement à sa solde ; et nommé général de l'armée portugaise, il gagna la bataille de Villaviciosia, qui affranchit pour jamais le Portugal du joug de ses voisins. Mazarin avait tellement fait de l'intérêt de l'Etat la seule religion des traités, qu'il avait acheté l'alliance du régicide Cromwell, par la cession de Dunkerque. Il semblait que Louis XIV lui-même eût oublié le crime du Protecteur en faveur de l'autorité absolue que celui-ci exerçait sur un peuple révolté. Quand le repentir des Anglais, ou les dégoûts qu'ils montrèrent pour la domination peu ferme du fils de Cromwell, et ensuite pour la domination renaissante mais fort affaiblie du long parlement, eurent appelé Charles II sur un trône ensanglanté, Louis mit tous ses soins à discerner le caractère de ce monarque, sut profiter de ses embarras et de son naturel prodigue. Dans une négociation qu'il suivit avec autant d'activité que de mystère, il parvint à racheter la ville de Dunkerque pour une somme de quatre millions. Les Anglais s'indignèrent lorsqu'ils eurent connaissance du marché honteux souscrit par leur roi. En vain le parlement fit offrir à Charles II une somme équivalente à celle qu'il allait recevoir du roi de France. Le traité reçut son exécution, parce que Charles II essayait tous les moyens de dépendre moins de son parlement. La guerre s'alluma bientôt entre l'Angleterre et la Hollande. Louis, qui se livrait avec ardeur au projet de rendre enfin la France puissance maritime, vit avec intérêt le dommage qu'allaient se causer ces deux marines rivales. Son pavillon ne put d'abord se distinguer ni presque se faire apercevoir dans ce conflit entre deux puissances qui couvraient les mers de trois cents vaisseaux ; mais, en secourant les Hollandais contre un voisin inquiet, l'évêque de Munster, il parut montrer à ces républicains une amitié qui était loin de son cœur et qu'il devait bientôt cruellement démentir. Vers le même temps, il achetait de l'imprudent Charles IV, duc de Lorraine, Marsal, la meilleure des forteresses de cette province : il s'était même flatté d'avoir réuni la Lorraine à la couronne de France, par un testament qu'il dicta et qu'il paya à ce prince aventurier. L'agrandissement auquel visait Louis XIV pouvait se voiler par l'intérêt commun que prenait encore l'Europe à l'apaisement de la maison d'Autriche. La plupart de ces petites entreprises offraient quelque chose de chevaleresque, puisque leur but était de porter du secours aux faibles. Louis occupait ainsi au dehors une noblesse inquiète et cette foule d'aventuriers mercenaires qu'avait dû multiplier soit la guerre civile, soit la mauvaise administration intérieure du cardinal Mazarin. Mais il voulait des conquêtes. La mort de Philippe IV, son beau-père, lui en fournit l'occasion et le prétexte. Puissant, ambitieux, muni d'un bon trésor, soutenu par une armée longtemps victorieuse que commandaient encore Turenne et Condé, il ne fut point arrêté par le scrupule de respecter les droits de Charles II, faible enfant qui montait sur le trône d'Espagne. En échange d'une dot de 500 000 francs promise à la reine son épouse, que la cour d'Espagne avait négligé de payer, et que celle de France s'était bien gardée de réclamer, il demanda la Flandre et la Franche-Comté. Après quelques délais, commandés par la nécessité de former d'amples magasins, il marcha sur la Flandre, emmenant avec lui Turenne, Louvois et Vauban, la meilleure infanterie, les plus habiles ingénieurs et la plus redoutable artillerie de l'Europe. Point de place renommée qui ne tombât devant lui. Lille elle-même ne lui demanda que neuf jours de siège. Il lui suffit de se présenter devant Douai, Armentières, Charleroi, Tournai, Courtrai et vingt autres places. L'armée espagnole n'osait porter du secours à aucune de ces forteresses. La conquête de la Franche-Comté fut encore plus facile : les villes ouvraient leurs portes au grand Condé presque à la première sommation ; la soumission de plusieurs commandants et de plusieurs magistrats avait été payée par l'or de la France. Quelque diligence que fît Louis pour trouver encore quelque occasion de gloire dans cette province, il n'arriva que pour presser le siège de Dôle, qui seule osa se défendre pendant quatre jours. L'Autriche allemande s'était tenue immobile pendant ces coups portés à l'Autriche espagnole. On vit avec étonnement la Hollande venir au secours du petit-fils de Philippe II. Le grand pensionnaire de Witt craignit pour son pays un voisin plus dangereux que l'Espagne affaiblie : il fallut négocier. Louis, irrité de cette intervention inattendue, mais cachant alors son ressentiment, prit le parti de rendre une de ces deux conquêtes pour s'assurer l'autre. Il restitua la Franche-Comté, bien déterminé à la reprendre à la première occasion, et se fit céder, par le traité d'Aix-la-Chapelle (1668), plusieurs de ces villes florissantes qui forment aujourd'hui la Flandre française. Il est temps de le suivre dans des travaux d'une gloire plus pure et d'un ordre encore plus imposant. Un sens exquis lui avait suggéré comme le premier de ses devoirs celui de travailler à la réforme de l'administration, et les succès qu'il avait obtenus se manifestent par les négociations diverses où nous venons de le voir, l'or à la main, dicter ses lois à des gouvernements obérés. Soit que le cardinal Mazarin rougît de son immense fortune de quarante millions, soit qu'il tentât sur le cœur du roi une épreuve dont il se tenait assuré, il lui en fit une entière donation, que
Mais tout trésor qu'on se fait par l'économie vaut mieux que celui qu'on a reçu en héritage. Louis le prouva par son exemple ; il montra une ardeur sans égale pour s'initier dans les secrets de l'administration. Il y avait, sous Mazarin, comme deux ministres des finances : l'un qui présidait aux siennes, c'était Colbert, son intendant ; l'autre, à celles de l'État, c'était Fouquet. Les premières étant aussi florissantes que les secondes étaient désordonnées, Mazarin vantait Colbert au roi, et lui faisait peut-être soupçonner Fouquet, afin de n'être pas soupçonné lui-même. A la mort du cardinal, Fouquet crut pouvoir continuer des désordres que son faste rendait manifestes. Cependant Louis observait son surintendant. Irrité d'avoir vu que cet opulent séducteur des plus belles personnes de la cour avait osé porter ses vues jusque sur mademoiselle de la Vallière, il se sentit animé contre lui d'une haine que Colbert enflamma. :: Biographie de Louis XIV le Roi-Soleil - Partie 1/14 - Partie 2/14 - Partie 4/14 |
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