Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715)
Roi de France : règne 1643-1715
Partie 2/14

Mazarin sut habilement se servir des vertus naissantes et de l'esprit judicieux du jeune roi pour contenir son ardeur de gouverner. Louis XIV, attribuant au génie de son ministre l'heureux dénouement de la guerre civile, crut que l'autorité absolue dont il devait recueillir l'héritage avait été transmise par Richelieu à Mazarin. Il considéra celui-ci comme un père, à l'autorité duquel il ne pouvait succéder qu'après sa mort, et se prépara par des études secrètes aux grands devoirs qui lui seraient alors imposés. Mazarin voulut, à l'exemple de Richelieu, essayer de la gloire militaire. Il se rendit aux armées et s'y fit suivre par le monarque : mais c'étaient encore Turenne et Condé que l'on voyait en présence ; et l'Europe s'aperçut à peine du voyage militaire du cardinal et du roi.

Entre les deux illustres rivaux, la fortune semblait toujours s'attacher à celui qui soutenait la cause du devoir et de la patrie. Condé, général de l'armée espagnole, mais subordonné aux ordres d'un archiduc, fut réduit à la gloire de sauver quelquefois une armée qu'il ne pouvait rendre victorieuse. Il vit les lignes de son camp forcées par Turenne devant Arras, les Espagnols battus une seconde fois devant les Dunes (1654) ; et cependant il parvint un peu à balancer les avantages de la campagne. Le parlement de Paris, dans cet intervalle, avait manifesté le désir de se relever de l'humiliation où il était tombé. Il refusait l'enregistrement de quelques édits bursaux.

Louis, âgé de dix-sept ans, se chargea d'aller intimider des magistrats qui l'avaient si souvent réduit à la fuite. Il n'eut point recours à l'appareil des lits de justice. Soit qu'il suivît les instructions du cardinal, soit qu'il se livrât à l'emportement d'un jeune prince enivré de son pouvoir, il se rendit au parlement précédé de plusieurs compagnies de ses gardes, en équipage de chasse, un fouet à la main, et commanda l'enregistrement avec des paroles hautaines et menaçantes. Le parlement obéit et dévora en silence cet affront. Louis sut depuis s'abstenir de ces bravades despotiques.

Du reste, il se montrait ou paraissait encore entièrement livré aux goûts de son âge. Les filles d'honneur de la reine mère étaient les objets de ses intrigues galantes. La duchesse de Navailles, chargée de veiller sur
Mazarin
Le cardinal Mazarin
leur conduite, fit murer une porte par laquelle le roi avait été quelquefois furtivement introduit. Le respect filial le fit renoncer à des entreprises que la reine condamnait avec sévérité.

Mais bientôt un amour plus sérieux, et qui menaçait de plus près la dignité du trône, alarma cette reine fière et prudente. Marie Mancini, la seule des nièces du cardinal qui fût dépourvue d'attraits, toucha le cœur de Louis par une conversation vive, spirituelle, et par toute l'exaltation d'un esprit romanesque. Dans de fréquents entretiens, que le cardinal favorisait et dirigeait peut-être, elle réussit à subjuguer le roi, au point qu'il annonça, sinon la volonté, au moins le désir d'épouser la nièce du cardinal.

La reine mère fut indignée de voir jusqu'où s'était élevée l'ambition d'un ministre ingrat. Son imagination lui montra dans cette indigne alliance beaucoup de périls vraisemblables et un opprobre certain. La fermeté avec laquelle elle parla au cardinal fit réfléchir ce vieux courtisan. Il prit le parti de se donner auprès d'un monarque judicieux et reconnaissant le mérite d'avoir généreusement combattu sa passion. Ses remontrances obtinrent un succès plus prompt et plus facile qu'il ne l'avait espéré peut-être. Il ordonna lui-même l'exil de sa nièce. Marie Mancini eut la permission de voir encore une fois le roi dont elle se croyait tendrement aimée : elle lui laissa pour adieux ces mots touchants : « Vous êtes roi, vous pleurez, et cependant je pars. »

La paix des Pyrénées se conclut peu de temps après le dénouement de cette légère intrigue (1659). La France fut loin d'obtenir dans ce traité les avantages qui semblaient devoir être le résultat de tant de victoires éclatantes : elle garda le Roussillon et l'Artois, mais rendit ses conquêtes dans la Flandre. La clause la plus importante avait été le mariage du roi avec l'infante, fille de Philippe IV. Le cardinal Mazarin, dont on loua beaucoup depuis la haute prévoyance, avait regardé comme le chef-d'œuvre de la politique de transporter à la couronne de France des droits éventuels, soit sur la couronne d'Espagne, soit sur quelque partie de ses vastes Etats.

Ces droits existaient déjà par le mariage d'Anne d'Autriche avec Louis XIII. A la vérité, on exigeait une renonciation formelle de la part de l'infante et du roi ; mais la politique européenne, et surtout celle du cardinal, regardait ces renonciations comme la plus vaine des formalités diplomatiques. Un grand appareil avait eu lieu dans les conférences qui se tinrent pour cet objet à l'île des Faisans entre le cardinal et don Louis de Haro, qui gouvernait la monarchie espagnole. De plus grandes magnificences signalèrent la célébration du mariage. Louis, qui était allé chercher son épouse sur la frontière des Pyrénées, la conduisit avec le plus beau cortège. Pendant une grande partie de la route, on le vit suivre ou précéder la voiture de la nouvelle reine de France, à cheval, le chapeau bas.

Ce fut ainsi qu'il lui fit faire son entrée à Paris. Tout dans cette fête brillait de grâce, de fraîcheur ; tout eût brillé d'espérance et de joie, si le cardinal Mazarin n'avait attristé les regards par la pompe insolente qu'il s'avisa de déployer. Entouré de ses gardes et d'une compagnie de mousquetaires, il semblait au bout de six ans, triompher encore de la Fronde et montrer aux Français les dépouilles que, depuis cette époque, il avait levées sur le royaume. Le moment du réveil de Louis n'était point encore arrivé.

Enfin, au commencement de l'année 1661, il vit dépérir ce ministre et montra une douleur exempte d'affectation. Le 9 mars 1661, jour de la mort du cardinal, les ministres s'approchèrent du roi et lui dirent avec assez de légèreté : « A qui nous adresserons-nous ? - A moi », reprit Louis XIV. Ce mot fut une révolution : la cour et le peuple également lassés du règne des favoris, regardèrent comme une sorte de liberté de ne plus recevoir des ordres que du monarque, et de n'être plus avilis par leur obéissance.

Cependant on se défiait encore des résolutions d'un jeune roi assailli de flatteurs, et fort susceptible des séductions de l'amour et de la volupté ; mais on le vit bientôt prendre des heures réglées et invariables pour le travail, lire toute requête avec une attention vraie, s'exprimer avec précision, énergie, démêler les affaires les plus difficiles, soumettre à l'ascendant de son caractère, encore plus qu'à son autorité absolue, des hommes éclatants de gloire, de talent et de génie ; vaincre toute pensée de rébellion, jusque dans le cœur des anciens héros de la Fronde et de ce grand Condé que la paix des Pyrénées lui avait rendu : on le vit noble et mesuré dans ses paroles, absolu dans ses ordres, sans rudesse et sans colère, obligeant dans son langage, fidèle à ses affections, à ses promesses ; plus heureux dans ses choix (et ce bonheur dura quarante années) que ne le fut jamais aucun prince souverain, aucun sénat ; exempt de superstition dans son zèle religieux, mais toujours rendant à la religion et à ses ministres l'hommage d'un chrétien soumis et d'un roi ; se jouant de toutes les fatigues, et les cherchant à plaisir, pour signaler l'ardeur de son âge et la force de son tempérament.

Amoureux des fêtes, sans en être ébloui ; plein de grâce dans tous les exercices, mais d'une grâce toujours royale, toujours auguste ; éminemment doué du talent d'unir les plus petits détails aux plus grandes vues de la politique ; sensible aux plus heureuses productions des belles-lettres et des beaux-arts, et les appréciant par des inspirations soudaines : que dirons-nous enfin ? Toujours roi, sans distraction, sans contrainte, sans fatigue ; tellement roi, que tout son caractère était entré dans son rôle.

Jeune et plein d'ambition, il maintint pendant six ans la paix qu'il trouva établie par le traité des Pyrénées ; et la vigueur de son administration prépara les succès militaires qu'il devait obtenir. On peut juger combien il les désirait par la manière dont il fit respecter l'honneur de sa couronne. Vers la fin de l'année 1661, le baron de Watteville, ambassadeur d'Espagne à la cour de Londres, disputa le pas au comte d'Estrade, ambassadeur de France, dans une cérémonie qui avait pour objet l'entrée d'un ambassadeur de Suède.

Ces deux ministres rivaux s'étaient préparés à cette lutte. D'Estrade avait réuni à son cortège cinq cents Français armés ; Watteville avait gagné la populace de Londres : le comte d'Estrade fut insulté, son cortège mis en fuite ; quelques Français furent blessés. L'Espagnol poursuivit sa marche, et jouit insolemment de celte lâche victoire. Louis XIV fit à l'instant sortir de ses États l'ambassadeur d'Espagne, rappela le sien, fit des préparatifs de guerre. L'Espagne, intimidée, se prêta aux satisfactions exigées par la France ; et le petit-fils de Philipe II céda le pas au petit-fils de Henri IV.

L'année suivante, Louis eut une autre occasion de venger l'honneur de sa couronne. Le duc de Créqui, ambassadeur à la cour de Rome, avait toléré la licence de ses gens, qui insultèrent et meurtrirent une compagnie corse de la garde du pape. La réparation d'un tel attentat n'eût pu être ni éludée ni différée par la cour de France ; mais le cardinal Chigi, frère du pontife régnant, voulut ou souffrit que les Corses se vengeassent par eux-mêmes. Ceux-ci se réunirent pour assaillir l'ambassadeur dans son hôtel ; ils tirèrent sur le carrosse de l'ambassadrice, tuèrent un page et blessèrent quelques domestiques. Le duc de Créqui se hâta de partir de Rome. Louis fit saisir le comtat d'Avignon, et écrivit au pape que son armée était prête à passer les Alpes, pour marcher sur Rome, s'il n'obtenait une réparation éclatante.

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