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LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715) Roi de France : règne 1643-1715 Partie 12/14
On consentit, dans le cours des négociations, à laisser Naples et la Sicile au fils de Louis XIV. Celui-ci semblait content de son partage ; il reprit cette négociation avec ardeur après la paix. Mais l'empereur, qui espérait pour son fils l'archiduc toute l'étendue de la succession, refusa de signer. Charles II mourut le 1er novembre 1700. Quel fut l'étonnement de l'Europe, quelles furent ses alarmes, en apprenant que ce roi, qui venait de soutenir deux guerres très vives contre la France, dont les ancêtres s'étaient montrés si avides d'envahir nos plus belles provinces, abandonnait, par son testament, la totalité de ses États au duc d'Anjou, second fils du Dauphin ! Le détail des intrigues qui amenèrent ce testament nous conduirait trop loin, et ne pourrait d'ailleurs nous amener à aucune certitude historique. Un si prodigieux coup de fortune étourdit Louis XIV, et ranima un orgueil qui n'avait pas encore plié, mais qui paraissait se modérer. Par la mort de Louvois, son maître s'était vu délivré d'un cruel instigateur de guerres. Ce ministre, qui avait travaillé avec un art si funeste à se rendre indispensable, s'était enfin rendu odieux au roi. Dans le cours de la guerre précédente, il avait osé lui proposer de renouveler dans le pays de Trèves l'exécrable exemple des deux incendies du Palatinat. Louis, dont le cœur était sans doute poursuivi par ce fatal souvenir, se leva furieux, et fut près de se livrer à la dernière violence contre son ministre. Louvois tomba malade, pendant un conseil où le roi lui avait adressé de sévères reproches, et mourut dans la nuit même. Louis XIV apprit sa mort, non avec des signes de joie, mais avec ceux d'une profonde indifférence. La France, malgré toutes les pompes de Versailles, était encore languissante, exténuée, à la suite des efforts héroïques qu'elle venait de soutenir contre toute l'Europe. La funeste passion des succès militaires dominait beaucoup moins à la cour. Un prélat, modèle de vertu, de génie et de piété tendre, attaquait, en chrétien autant qu'en homme d'État, la frénésie militaire : c'était Fénelon, archevêque de Cambrai, et précepteur du duc de Bourgogne. Par l'infidélité d'un de ses domestiques, le Télémaque avait paru ; et Fénelon expiait par un exil dans son diocèse et par une éternelle séparation d'avec son royal élève la composition de ce beau livre, où Louis XIV crut voir une satire de son gouvernement. Le duc de Bourgogne, dont les vertus naissantes et déjà fortes inspiraient du respect à son aïeul, se montrait attaché aux principes de la politique toute morale de son instituteur. Les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, le maréchal de Catinat, quoique heureux à la guerre, et quelques magistrats éclairés, inclinèrent fortement pour la paix, et proposèrent de renoncer au testament de Charles II, pour s'en tenir au traité de partage déjà consenti par le roi. Louis avait soixante-deux ans, et pouvait difficilement supporter les fatigues de la guerre. Madame de Maintenon, dans ses sollicitudes pour la santé du monarque, ne devait lui donner et ne lui donna sans doute que des conseils de paix. De toutes les fautes de Louis XIV, celle qui lui fut le plus entièrement personnelle, celle dont la France et lui-même portèrent le plus cruellement la peine, ce fut d'avoir repoussé tant de sages conseils, et de s'être exposé encore une fois aux chances de la fortune. Il accepta le testament de Charles II. L'Europe frémit, et s'arma. Louis parvint cette fois à s'assurer deux alliés, les électeurs de Bavière et de Cologne. Il comptait également sur le duc de Savoie, qui, un peu avant la paix de Ryswyck, avait marié l'une de ses filles au duc de Bourgogne, et qui scella bientôt un nouveau lien avec la France par l'union de sa seconde fille avec ce même duc d'Anjou, appelé au trône de l'Espagne. Mais le duc de Savoie fut un des premiers à entrer dans la ligue opposée, en calculant d'avance les avantages que la cour de France lui ferait pour l'en détacher. De toutes les possessions de Charles II il n'y eut que l'Espagne où les Français furent reçus avec quelque faveur. Dans la plupart des provinces de ce royaume, la noblesse et le clergé s'étaient déclarés pour le petit-fils de Louis XIV. Le nouveau roi, Philippe V, dut sans doute cet avantage aux admirables instructions écrites que lui donna son aïeul. Elles nous ont été conservées et l'on peut y voir la profondeur et l'habileté de sa politique. Le style en est plein de noblesse et de fermeté. Louis en avait su renfermer tout le fonds dans une parole sublime, que l'histoire répétera toujours : « Partez, mon fils ; il n'y a plus de Pyrénées ». La Catalogne, jalouse de recouvrer des privilèges depuis longtemps envahis par l'autorité despotique des rois d'Espagne, annonçait seule un mouvement contraire aux vues de Louis XIV et aux intérêts de son petit-fils ; mouvement redoutable, puisqu'il avait la liberté pour mobile. L'Italie se souvenait trop de nos anciens combats pour recevoir les Français sans défiance. Durant trois années, les événements militaires parurent encore assez dignes de l'ancienne gloire de Louis XIV. A la vérité, le maréchal de Villeroi se laissa surprendre et faire prisonnier dans Crémone ; mais les Français, indignés, repoussèrent l'ennemi et restèrent maîtres de la place, sans pouvoir délivrer leur général. Louis dut certainement regarder comme le plus heureux présage pour cette guerre la mort de Guillaume, roi d'Angleterre, et stathouder de Hollande, de cet ennemi opiniâtre et froidement intrépide. Mais la fortune lui suscitait deux ennemis plus dangereux encore, dont les talents avaient plus d'éclat et la haine plus de profondeur : c'étaient le prince Eugène et Marlborough. Le premier était, par sa mère, petit-neveu du cardinal Mazarin. Déjà il s'était distingué dans les guerres de l'Autriche contre les Turcs ; il s'annonça en Italie par le savant passage de l'Oglio et la victoire de Chiari. Le duc de Vendôme ne se montra point indigne d'un si puissant adversaire. Pendant deux ans, ils se firent une guerre savante et peu décisive. Marlborough était animé d'une haine encore plus vive contre la France. Courtisan de Jacques II, il avait abandonné ce prince dans son malheur, et s'était rangé parmi ses plus implacables ennemis. Il sentait le besoin de couvrir le tort de cette défection par une grande démonstration de zèle pour la liberté, et surtout par la gloire. On le voyait à la fois diriger par ses intrigues les deux chambres du parlement d'Angleterre, la cour aimable et polie de la reine Anne, et les cabinets de l'Europe. Bientôt il sut conduire des armées, et suppléer, par sa bravoure, par son impétuosité et la vivacité de son coup d'œil, à l'étude profonde de l'art militaire. Les Français venaient de célébrer trois victoires nouvelles, celles de Friedlingen et de Hochstett, dues au maréchal de Villars, et celle de Spire, due au maréchal de Tallard. De la Bavière qui leur était ouverte, ils étaient prêts à s'élancer sur l'Autriche, lorsque Eugène et Marlborough vinrent se concerter pour la défense de l'empereur. Les Français n'étaient plus commandés par Villars, et se trouvaient dans la même ville d'Hochstett, que ce général avait illustrée par une victoire. Ils combattaient avec les Bavarois : mais l'armée de Marlborough et Eugène parvint par ses manœuvres à les séparer de leurs auxiliaires. Tallard ne sut se défendre qu'avec un aveugle courage. :: Biographie de Louis XIV le Roi-Soleil - Partie 1/14 - Partie 2/14 - Partie 3/14 |
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