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LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715) Roi de France : règne 1643-1715 Partie 11/14
Les flottes anglaise et hollandaise se présentèrent enfin ; Tourville et d'Estrées vinrent à leur rencontre avec 72 grands vaisseaux, et remportèrent une victoire complète : 17 vaisseaux ennemis furent détruits ou démâtés. Pendant ce temps une armée française, conduite par le Dauphin, faisait en Allemagne de rapides conquêtes ; le siège de Philisbourg, dirigé par Vauban, avait rappelé les sièges si glorieux de Lille et de Valenciennes. Manheim, Spire, Worms et plusieurs villes du Palatinat avaient ouvert leurs portes à l'armée victorieuse ; mais plût à Dieu que nos armées eussent été repoussées de ce Palatinat, qui devait être le théâtre d'une seconde barbarie de Louvois. L'électeur palatin n'était entré qu'à regret dans la ligue d'Augsbourg ; son peuple n'avait pris aucune part aux opérations militaires. On était au cœur de l'hiver, et voilà que Louis, malheureusement trop docile aux conseils de son ministre, signe l'ordre d'incendier l'un des pays les plus florissants de l'Europe : Manheim, Heidelberg, d'autres petites villes et plus de cinquante villages furent la proie des flammes. Louis XIV, par l'horreur qu'excita cette odieuse exécution, donna lui-même un lien de plus à la ligue formée contre lui. De nouveaux généraux, élèves de Turenne et de Condé, parurent sur la scène ; mais la France fut cette fois accablée d'un luxe de victoires stériles. Catinat était de tous ces généraux celui qui rappelait le plus le génie, la prudence et la modestie de Turenne ; le roi lui avait confié le soin de la guerre d'Italie. Les Français trouvèrent sur ce point un prince aussi habile à la guerre que versé dans tous les secrets d'une politique astucieuse : c'était Victor-Amédée, duc de Savoie. Catinat par son activité triompha de tous les efforts de ce prince, et le battit dans les deux journées de Staffarde et de Marseille ; mais tandis qu'il pénétrait en vainqueur dans le Piémont, Victor-Amédée se jeta sur le Dauphiné : cette diversion imprévue arrêta les progrès de Catinat. Le maréchal de Noailles ne se bornait point à une guerre défensive sur la frontière des Pyrénées ; après avoir remporté sur les Espagnols la bataille d'Outer, il prit Gironne. Mais son armée était trop faible pour s'engager dans de nouvelles conquêtes : les regards se portaient principalement sur la guerre des Pays-Bas, ou le maréchal de Luxembourg avait en tête le roi Guillaume. Ce dernier venait de se mesurer contre son beau-père dans les plaines de l'Irlande, avait remporté sur lui la victoire décisive de la Boyne, et pour la seconde fois l'avait forcé à la fuite. Jacques II, de retour en France, y trouva les mêmes égards que s'il y fût revenu victorieux et vengé. Louis XIV, malheureusement pour notre marine, n'avait point encore renoncé à l'espoir de faire rentrer les Anglais sous le joug de ce prince : la funeste bataille de la Hague fut le résultat de cette obstination. Tourville et d'Estrées, qui s'étaient si bien secondés jusque-là, furent séparés dans leurs opérations, soit par la fortune, soit par quelque secrète mésintelligence. L'amiral Russel, qui commandait les flottes anglaise et hollandaise, brûla 14 de nos vaisseaux, et mit en fuite tout le reste. L'amiral anglais ne mit pas notre flotte en déroute. Quarante vaisseaux français soutinrent pendant dix-sept heures le combat contre quatre-vingt-huit vaisseaux anglo-hollandais : à la fin de cette lutte prodigieuse, pas un vaisseau français n'était pris ou coulé, tandis que trois vaisseaux ennemis avaient été obligés d'amener leur pavillon. Jusque-là cette bataille était, bien qu'indécise dans ses résultats matériels, une grande victoire au point de vue de l'effet moral. Mais notre flotte avait beaucoup souffert, et nous n'avions pas un seul port sur la Manche où nos vaisseaux pussent se réfugier. Les treize vaisseaux les plus maltraités se retirèrent de la rade de la Hague et à Cherbourg, où, par la faute du maréchal de Bellefond et du roi Jacques II, qui ne firent aucune résistance, les Anglais vinrent brûler nos navires. Le reste de la flotte trouva un abri dans le port de Brest. La fortune sembla d'abord abandonner Guillaume dans les combats qu'il soutint contre les Français pour la défense des Pays-Bas ; mais il sut tout réparer par la prodigieuse constance de son âme. Déjà, dans les campagnes précédentes, on avait remarqué les talents du maréchal de Luxembourg : mais, pendant la paix, il avait conspiré lui-même contre sa gloire par d'indignes liaisons et de déplorables faiblesses. On l'avait vu compromis dans des poursuites qui furent dirigées contre une devineresse nommée la Voisin, qu'on accusait de plusieurs crimes. Sur le bruit des accusations portées contre lui, il vint se présenter au roi, et demander que la Bastille lui fût ouverte. Le roi l'y laissa languir quelque temps ; mais enfin il sauva un des héros de l'armée française de l'ignominie d'être associé avec de vils malfaiteurs, fanfarons de sorcellerie. Luxembourg sentait vivement le besoin de se faire une gloire nouvelle. On ne vit jamais les troupes françaises conduites avec plus d'ardeur mais à peine cinq ou six villes furent-elles le prix des victoires tant célébrées de Fleurus, de Leuse, de Steinkerque et de Nerwinde : elles excitèrent vivement l'enthousiasme des Français, et ne prolongèrent que trop leur passion et celle de leur roi pour la guerre. A chacune de ces batailles Guillaume put se retirer en bon ordre ; et les Français étaient trop affaiblis par leurs victoires pour oser le poursuivre. Il n'y en eut point de plus disputée et de plus meurtrière que celle de Steinkerque. Cinq princes français y firent des prodiges de valeur. C'était Philippe, duc d'Orléans, depuis régent de France ; c'était Louis, duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé ; c'était le prince de Conti, le plus brillant, le plus spirituel et le plus aimé de tous ces jeunes héros ; c'étaient enfin deux petits-fils de Henri IV, le duc de Vendôme, destiné a une grande gloire militaire, et son frère, le grand prieur, voluptueux tous les deux, mais terribles dans un jour de bataille. On ne suffirait pas à nombrer les beaux faits d'armes de ces princes, et surtout ceux des maréchaux de Luxembourg et de Boufflers. L'ordre royal de Saint-Louis, institué en 1693, fut la récompense de la valeur. Les églises se tapissaient de drapeaux ; mais les armées de Guillaume n'avaient presque point changé de position. Louis XIV n'avait pas pris à cette guerre une part aussi active que dans les campagnes précédentes. Louvois avait arrangé, pour l'orgueil du roi, le siège de Namur. On réussit à prendre cette forteresse à la vue d'une armée ennemie ; mais, l'année suivante, Guillaume vint à bout de la reprendre, quoiqu'elle eût reçu des fortifications de Vauban. Cependant Louis, malgré des succès si peu décisifs, n'avait fait la guerre que sur le terrain ennemi. Il occupait encore beaucoup de places et de forteresses, quand l'intolérable fatigue des Français, la misère faisait d'affreux progrès dans le royaume, l'épuisement des finances et le poids d'une dette horriblement accrue, le décidèrent à signer la première paix qui n'ajouta rien à ses possessions (1697). On rendit à l'Espagne Mons, Ath, Courtrai ; à l'Empire, Fribourg, Brisach, Kehl, Philisbourg : précédemment, on avait rendu au duc de Savoie les villes conquises sur lui pour le détacher de la coalition. Tout le but de la plus puissante ligue que l'Europe eût vue jusque-là se trouvait manqué. Du reste, la puissance de Louis n'avait souffert aucun échec. La gloire du nom français était encore accrue par un nombre de victoires qui eussent suffi pour illustrer cinq ou six des règnes précédents : mais la France et l'Europe purent à peine respirer pendant près de trois années. Durant les négociations de la paix de Ryswyck, les puissances alliées ne s'étaient point fait scrupule de régler le partage des États d'un prince encore vivant et même encore jeune, du monarque le plus puissant qui fût à la tête de cette ligue, c'est-à-dire de Charles II, roi d'Espagne. Ce prince dépérissait lentement, et ne laissait aucun héritier dans la branche espagnole de l'Autriche. Le roi d'Angleterre, Guillaume, avait proposé un partage favorable à chacun des alliés, et surtout à la branche allemande d'Autriche, qui était appelée au trône de l'Espagne et des Indes occidentales. :: Biographie de Louis XIV le Roi-Soleil - Partie 1/14 - Partie 2/14 - Partie 3/14 |
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