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LOUIS XIV le Grand ou le Roi-Soleil
(né le 5 septembre 1638, mort le 1er septembre 1715) Roi de France : règne 1643-1715 Partie 10/14
Tandis que le roi au sein d'une paix trop agitée commettait des fautes que deux ligues successives, et surtout la dernière, devaient lui faire cruellement expier, il couvrait nos frontières et nos ports de ces admirables fortifications, où Vauban déploya toute l'étendue de son génie, et Louis toute l'étendue de sa prévoyance royale. La triple enceinte de places fortes élevées ou réparées sur la frontière du nord, et qui se prolongeaient sur celle de l'est, semblait annoncer que Louis XIV, en assurant ses conquêtes, consentait à imposer des limites. Mais l'Europe, choquée de son orgueil, ne crut pas à ce signe de modération. De toutes les grandes constructions de ce prince il n'en est point qui doive rendre sa mémoire plus chère et plus respectable aux Français. Cependant la mort de Colbert venait d'augmenter le crédit de Louvois. Ce ministre obsédait Louis de projets despotiques, et se rendait plus dangereux pour lui que n'eût pu l'être tout un peuple de flatteurs. Le roi, quoique encore éloigné de la vieillesse, commençait à montrer une régularité sévère dans ses mœurs. Sa cour, plus splendide que jamais, ne retraçait presque plus rien de la gaieté brillante des premières années de ce règne. On ne savait si l'on devait bénir ou accuser madame de Maintenon d'une réforme trop chagrine. Le monarque ne se plaisait plus qu'auprès d'elle. Une tendre amitié lui fit faire ce que jamais la passion n'eût obtenu de lui : peu de temps après la mort de la reine il épousa madame de Maintenon. Son orgueil cependant ne put admettre qu'un mariage clandestin, dont l'existence n'est pas douteuse, mais dont l'époque est restée incertaine. Mais Louis compromit toute la gloire de son règne et en affaiblit les plus puissants ressorts par la révocation de l'édit de Nantes, ou plutôt par les violences qu'on exerça en son nom dans l'exécution de cette mesure. Louvois haïssait dans les protestants les protégés de Colbert : tandis que la France jouissait du plus brillant essor de leur industrie, il leur faisait un crime de leurs richesses, et ne tenait aucun compte de l'esprit de paix auquel ils avaient été amenés par le travail, encore plus que par le malheur. Le roi, dès le commencement de son règne, s'était proposé de les exclure de tous les emplois. Cette précaution, secondée par le zèle de plusieurs prélats, avait déjà détaché de cette religion tous les nobles qui lui avaient prêté autrefois un si redoutable appui. Que pouvait-on craindre des protestants, lorsqu'ils perdaient par cette défection toute ombre de puissance politique et militaire ? Louvois chercha tous les moyens de les irriter, afin de leur arracher quelques murmures dont le roi fût offensé. Depuis 1670, tous les ans il paraissait quelque édit qui restreignait la tolérance. Des soldats et surtout des dragons se répandirent dans les provinces où le protestantisme était encore professé ; ils appuyaient par leurs armes les prédications des évêques, des curés et les menaces des intendants. Les protestants, troublés perpétuellement dans leur asile, rançonnés et ne pouvant défendre leurs femmes et leurs filles de l'insolente soldatesque, cédaient pour la plupart à l'orage. On vit partout des conversions subites et promptement rétractées. Par ces mesures, Louvois n'avait fait que préparer le coup le plus cruel et le plus aveugle du despotisme : Louis se résolut à le frapper (octobre 1685). Le culte de l'Église réformée fut interdit dans toutes les provinces, excepté en Alsace, où il était protégé par une capitulation récente. Les ministres de cette religion reçurent l'ordre de sortir du royaume sous peine de mort : quinze mille familles protestantes qui les suivirent en exil se vengèrent de leur ingrate patrie, ou plutôt de leur cruel gouvernement, en répandant en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, les secrets les plus précieux de nos manufactures. La persécution n'en fut que plus implacable contre ceux auxquels leur misère interdisait ce douloureux exil ; le désespoir fit prendre les armes à de malheureux paysans des Cévennes, qui s'aguerrirent au point de pouvoir vingt ans plus tard se défendre avec quelque succès contre les armes de deux maréchaux de France. La plupart des évêques du royaume crurent devoir applaudir au résultat d'une mesure qu'aucun d'eux n'avait provoquée ; les magistrats, les courtisans et même les gens de lettres célébrèrent l'exil de soixante mille Français. Les protestants fugitifs allèrent partout réveiller contre Louis XIV des haines que l'éclat de sa gloire avait au moins rendues muettes. Le prince d'Orange se flatta pour cette fois de diriger avec plus de succès une ligue qui depuis la paix de Nimègue lui reprochait ses pertes et ses humiliations. Les liens de cette ligue étaient déjà resserrés, lorsqu'une nouvelle révolution, excitée ou du moins secondée par lui-même en Angleterre, précipita du trône l'imprudent frère du prodigue Charles II. Louis XIV n'eut que trop à se reprocher les malheurs de Jacques II, dont il n'avait cessé d'exciter les volontés despotiques, qui ne firent que révolter les esprits tout disposés à éclater quand le prince d'Orange, gendre de Jacques II, entreprit son expédition parricide. A peine sa puissante flotte fut-elle signalée sur les côtes d'Angleterre, que la conspiration se déclara. Le roi Jacques, malgré sa bravoure personnelle, ne put tenter la fortune d'un combat : trahi par les siens jusque dans sa fuite, il fut ramené à Londres. Mais Guillaume craignit de joindre au nom d'usurpateur un nom plus odieux encore : il fut permis à Jacques II de se rendre avec sa famille à la cour de France. L'Europe ne vit jamais une scène plus auguste d'hospitalité : le roi vint au-devant des illustres fugitifs, leur tint le langage le plus noble, le plus touchant ; voulut que Jacques II jouît à Saint-Germain de tous les honneurs que dans des jours plus prospères il eût pu recevoir dans ses propres États ; il lui donna une partie de ses gardes, pourvut à ses dépenses par une pension de 800 000 francs, et embellit ses présents multipliés par une délicatesse dont la cour de France offrait seule encore le modèle. Il ne se bornait pas à ces soins magnifiques : un armement formidable était destiné à faire remonter Jacques II sur le trône ; c'était à qui briguerait l'honneur de monter sur les vaisseaux chargés d'une si honorable mission. Les Français avaient été révoltés de l'action de Guillaume et de son épouse ; son crime était éloquemment dénoncé par nos grands écrivains. Louis, quoiqu'il eût commis la plupart des fautes auxquelles on doit imputer les malheurs du déclin de son règne, était encore aimé. La douleur avait été presque universelle dans le royaume, lorsque dans l'année 1686 on apprit que sa santé était altérée et qu'il avait subi l'opération, dangereuse alors, de la fistule. Dès qu'on fut assuré de sa guérison, les églises et toutes les assemblées publiques retentirent d'actions de grâces qui étaient répétées même dans l'intérieur des familles. On ne fut saisi d'aucune épouvante lorsque l'on vit l'année 1688, l'Espagne, le duc de Savoie, plusieurs autres princes d'Italie, l'Angleterre, la Hollande, l'Autriche, la plupart des princes et villes de l'Allemagne, enfin jusqu'au roi de Suède, déclarer la guerre à la France. L'esprit militaire de la cour entraînait encore la nation ; la grandeur du monarque semblait augmenter par le nombre de ses ennemis : il était encore aidé par Louvois, mais non plus par ce Colbert qui avait trouvé le secret de rendre la France florissante au milieu de guerres vives et prolongées. Ses flottes et cinq armées de terre, tout fut prêt à la fois, tout s'émut avec de brillantes espérances de victoire. Le début de la campagne maritime surpassa tous les exploits par lesquels nos armées navales s'étaient annoncées : nos vaisseaux portèrent Jacques II sur les côtes de l'Irlande, où il débarqua, secondé par un parti assez puissant, et lui firent parvenir successivement divers renforts. :: Biographie de Louis XIV le Roi-Soleil - Partie 1/14 - Partie 2/14 - Partie 3/14 |
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