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HENRI IV
(né le 13 décembre 1553, mort le 14 mai 1610) Roi de France : règne 1589-1610 Partie 1/8
Henri IV est un des princes dont la vie est le mieux connue ; et pourtant on ne se lasse point de l'entendre raconter. Malheureusement nous n'avons à présenter ici qu'un abrégé ; et sur un tel sujet, il est difficile d'être précis sans encourir un reproche de sécheresse. Ferdinand le Catholique avait, par la fraude et la violence, envahi la plus grande partie du royaume de Navarre, sur le faible Jean d'Albret, qui devait la possession de cet État à sa femme Catherine, héritière de la maison de Foix. Henri d'Albret, petit-fils de ce malheureux prince, avait consumé sa vie dans d'inutiles soins pour rentrer dans son héritage. En épousant la sœur chérie de François Ier, Marguerite, veuve du duc d'Alençon, il s'était ménagé un allié puissant ; mais François Ier avait déjà trop éprouvé les rigueurs de la fortune, pour prendre ardemment la cause d'un prince qui, sans le secours d'une armée, réclamait les droits les plus légitimes. Le roi de Navarre n'eut de ce mariage qu'une fille, Jeanne d'Albret, qui, dans sa jeunesse, retraçait les grâces, l'esprit vif et enjoué de sa mère, qui, depuis, montra la vigueur du plus grand caractère. Elle fut mariée au duc de Vendôme, Antoine de Bourbon, issu en ligne masculine et directe du comte de Clermont, cinquième fils de Saint-Louis. Deux fils, fruit de cette union, avaient péri dans leur bas âge. Le troisième, qui fut Henri IV, naquit à Pau le 13 décembre 1553. Henri d'Albret vivait
Henri d'Albret mourut dix-sept mois après la naissance de son petit-fils. Sa fille fut fidèle à toutes les instructions qu'il lui avait données pour l'éducation du prince de Béarn. Ses goûts n'étaient plus les mêmes ; elle devint appliquée, sérieuse, ne compta plus sur son mari, qu'elle voyait emporté par des penchants volages, et plaça toutes ses espérances dans son fils. Elle s'applaudissait de le voir rivaliser d'adresse et d'audace avec les jeunes Basques : elle le conduisait dans les chaumières, et assistait aux leçons qu'il recevait de son précepteur Florent Chrétien, l'un des hommes les plus instruits et les plus judicieux de ce temps. Mais, au milieu de tels soins, elle se livrait à tout ce que l'esprit de secte peut avoir de plus ardent. Passionnée pour la réforme de Calvin, elle se plaçait, par son rare savoir, au rang des docteurs de cette école. Elle fit partager ses opinions à son mari ; et ce fut le seul sacrifice qu'elle en obtint jamais. Ce prince changeait de religion et de parti, presque avec la même facilité qu'il passait d'une maîtresse à une autre. Après avoir conspiré contre le roi François II, pour perdre les Guise, il aida les Guise à s'emparer de la personne du roi Charles IX, et ne cessa plus ni de les envier ni de leur obéir. En 1562, il fut tué au siège de Rouen : la reine de Navarre, sa veuve, crut ne pouvoir trop réparer les rigueurs dont il avait usé envers un parti excité et fortifié par lui-même. Cette princesse, objet de la haine commune de Philippe II et de la régente Catherine de Médicis, avait sans cesse à craindre d'être enlevée par les émissaires de l'un ou de l'autre. Elle ne fut jamais moins tranquille que lorsque Catherine de Médicis, accompagnée du roi son fils, vint la visiter dans le Béarn ; c'était dans l'intervalle de la première guerre civile à la seconde (1565). Catherine, en partant, emmena le jeune Henri, prince de Béarn, et, paraissant charmée de l'esprit et des grâces de cet enfant, elle voulut qu'il fût élevé à la cour de France. La reine de Navarre ne respira que lorsqu'elle eut ramené son fils dans le Béarn. L'esprit du prince se développait, et s'enrichissait de connaissances utiles et agréables. Il lisait avec avidité les Vies de Plutarque, traduites par Amyot ; et ce beau livre, inutilement entrepris pour élever l'âme des fils de Henri II, développa les grandes qualités d'un autre prince que la Providence appelait à régner sur les Français. Les protestants, fatigués d'une paix dans laquelle ils étaient décimés, avaient renouvelé leurs agressions. La seconde guerre civile n'eut que de faibles résultats. Au commencement de la troisième, les protestants avaient été surpris : le prince de Condé, heureux d'avoir pu gagner la Rochelle, y languissait sans secours, et ne savait comment soudoyer un parti dont la valeur et la fureur même étaient enchantées par le dénuement. La reine de Navarre descendit des Pyrénées avec son fils, protégée par une escorte de deux cents gentilshommes, et portant avec elle un trésor, prix de ses domaines engagés et de ses joyaux vendus. Le prince de Condé reconnut son chef dans le fils de son frère aîné. Cet acte de déférence de la part de ce prince ambitieux n'était point un sacrifice réel, puisque le jeune Henri, âgé de quatorze ans, ne pouvait rien régler par lui-même. On reprit l'espérance, on marcha ; et l'on ne rencontra que trop tôt, dans les plaines de Jarnac, l'armée royale commandée par le duc d'Anjou, frère du roi. Cette armée était remplie d'une noblesse ardente, d'officiers éprouvés, et surpassait, presque de moitié, celle des protestants. Le prince de Béarn ne put obtenir de son oncle la permission de combattre. Il vit le prince de Condé, le bras en écharpe et la jambe fracassée, donner le signal d'une troisième charge : il eut la douleur de ne pouvoir s'élancer avec lui, et bientôt celle d'apprendre la mort ou plutôt le meurtre d'un prince dont la valeur avait été aussi brillante que fatale à sa patrie. Le duc d'Anjou profita mal de sa victoire. Coligny et la reine de Navarre réunirent leurs efforts pour lui en ravir les fruits. L'armée protestante, qui n'avait perdu que le champ de bataille, s'anima d'une nouvelle ardeur, quand la reine de Navarre entra dans le camp, suivie du prince de Béarn et du jeune prince de Condé, et prononçant ces mots : « Voilà, mes amis, deux nouveaux chefs que Dieu vous donne, et deux orphelins que je vous confie. » Coligny devint, pour le jeune Henri, un nouvel instituteur et un nouveau père. Le brave Lanoue lui enseignait, par son exemple, toutes les vertus du chevalier. Tout paraissait désespéré pour les protestants après la bataille de Moncontour : ils avaient à rougir de ce combat mal engagé et si mal soutenu ; et la perte énorme qu'ils avaient essuyée semblait avoir dissous leur parti. En quelques mois, Coligny parvint à les rendre maîtres du tiers du royaume. Il marchait sur Paris ; une maladie grave le força à quitter le commandement. Henri, auquel il le confia, prouva en toute occasion combien il avait profité à l'école de ce grand capitaine. Coligny, rendu à l'armée, permit au jeune prince de se livrer à toute son ardeur dans le combat d'Arnay-le-Duc, et Bourbon contribua beaucoup à la victoire. On parla de paix. Les protestants obtinrent d'immenses avantages. La cour ne semblait plus occupée qu'à leur complaire il s'agissait d'attirer tous les chefs à Paris. Charles IX, qui avait si longtemps tremblé devant Philippe II, se montrait résolu à lui ravir les Pays-Bas, armés depuis plusieurs années contre son oppression. On faisait des préparatifs par terre et par mer ; les généraux étaient nommés : Coligny ne sortait point encore de la Rochelle. La cour proposa le mariage du prince de Béard avec Marguerite, sœur du roi. La reine de Navarre se rendit à la cour ; et Charles IX la reçut avec une déférence filiale. Coligny suivit l'exemple de la reine, et fut accueilli avec la plus tendre vénération : on lui promettait toute la puissance d'un premier ministre. Les protestants affluaient dans la capitale, où leurs têtes avaient été si souvent mises à prix. La reine de Navarre gémissait pourtant du sacrifice que commandait la paix générale. Les mœurs de la cour révoltaient son austérité. Comme elle revenait de faire des emplettes pour les noces prochaines de son fils, elle fut atteinte subitement d'une maladie violente, et succomba, au bout de cinq jours, aux douleurs les plus aiguës. Des bruits d'empoisonnement se répandirent : Coligny refusa d'y croire. Le nouveau roi de Navarre, navré de la plus profonde douleur, n'obtint que peu de temps pour s'y livrer. On continuait les préparatifs de son mariage. La magnificence en fut peu commune ; les jeux en furent sinistres. On avait arrangé un bizarre tournoi, dans lequel Henri se présentait pour disputer l'entrée du Paradis, et était repoussé dans l'Enfer : Mercure et l'Amour venaient l'en délivrer. De quelle horreur ce prince ne fut-il pas pénétré lorsqu'il apprit, trois jours après, que l'amiral de Coligny, revenant à pied du conseil, avait été blessé dangereusement d'un coup d'arquebuse ! Le soir, les protestants s'assemblèrent chez le roi de Navarre. Plusieurs d'entre eux parlaient de quitter en armes une ville où tout leur annonçait un massacre prochain. Les plus magnanimes furent les plus confiants : ils avaient été témoins de l'alarme du roi, lorsqu'il connut cet attentat ; on commençait des poursuites rigoureuses contre les meurtriers. Toutefois le calme des Guise paraissait suspect. Le lendemain, les seigneurs protestants étaient réunis au Louvre auprès de Bourbon, et proposaient des avis divers. Un coup de pistolet, et, bientôt après, le son du tocsin, frappent leurs oreilles. Des gardes viennent saisir le roi de Navarre et le prince de Condé. On les enferme : leurs compagnons sont massacrés dans le palais du roi. Henri entendait les gémissements, les cris d'horreur de ses amis mourants, et s'attendait à partager leur sort, lorsqu'au point du jour il est conduit, avec son cousin, devant Charles IX. :: Biographie de Henri IV - Partie 2/8 - Partie 3/8 - Partie 4/8 |
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