|
|
|
|
|
|||||||||||
HENRI IV
(né le 13 décembre 1553, mort le 14 mai 1610) Roi de France : règne 1589-1610 Partie 6/8
Les Espagnols n'avaient osé opposer de la résistance que dans un seul poste : une de leurs compagnies avait été taillée en pièces. Le roi fit signifier au duc de Feria, leur chef, qu'il était libre de se retirer à Laon, auprès du duc de Mayenne. Ils sortirent : les ligueurs les plus forcenés se cachèrent dans leurs rangs ; d'autres suivirent le cardinal légat (1591). Henri, maître de sa capitale, ne l'était point encore de tout son royaume. Des négociations que Rosny suivit avec Villars, gouverneur de Rouen, lui soumirent cette ville et toute la Normandie. La Picardie offrait de grands obstacles ; Mayenne y dominait, soutenu par l'armée espagnole des Pays-Bas. Le roi vint l'assiéger à Laon ; Mayenne se hâta d'en sortir : mais pendant que le roi pressait le siège de cette ville, Mayenne revint sur ses pas avec une armée espagnole, et eut recours à mille stratagèmes pour porter du secours dans la place. Henri, aussi actif que s'il avait eu à commencer sa renommée, battit trois fois les Espagnols, s'empara de Laon, puis d'Amiens, et de presque toute la Picardie. La Champagne restait à soumettre. Cette province était devenue comme un apanage de la maison de Guise. Henri IV avait eu la magnanimité, le jour même de son entrée à Paris, de faire rassurer la duchesse de Montpensier. Il avait traité avec les plus grands égards la veuve du duc de Guise, tué à Blois : celle-ci engagea son fils à se soumettre au roi, qui lui offrait les conditions les plus favorables. La Champagne rentra d'elle-même dans le devoir ; mais le roi n'en tint pas moins toutes les conditions du traité qu'il avait conclu avec la maison de Guise. Plusieurs traités de ce genre, faits avec divers gouverneurs de provinces ou de citadelles, accroissaient beaucoup la détresse du trésor. Les malheurs du peuple n'en furent pas moins allégés. Henri s'imposait gaiement les privations les plus dures. Son équipage était celui d'un pauvre gentilhomme ; toutes ses paroles et ses actions étaient celles d'un grand roi. Quelque temps après son entrée dans Paris, plusieurs ordres de religieux refusaient de réciter pour lui les prières nominales et publiques. Quand on lui parlait de les punir : « Il faut attendre, dit Henri ; ils sont encore fâchés. » Le crime d'un jeune et atroce fanatique faillit d'enlever aux Français le prince qui les rendait à la paix, à la raison, à l'honneur. Le 27 septembre 1594, vers sept heures du soir, le roi, au milieu de sa cour, recevait deux gentilshommes qui venaient à ses pieds abjurer leurs erreurs. Comme il se baissait pour les embrasser, il se sentit frapper à la bouche d'un coup de couteau qui lui cassa une dent. On découvrit bientôt que l'assassin était un jeune homme de dix-huit ans. Celui-ci avoua son crime, et déclara qu'il se nommait Jean Chatel, qu'il était fils d'un marchand de draps de Paris, et qu'il avait fait ses études chez la jésuites. Deux de ces pères furent gravement compromis dans l'Instruction du procès. Le parlement de Paris prononça l'expulsion de cette société hors du royaume. Jean Chatel fut condamné au supplice des régicides. Deux ans auparavant un autre scélérat, nommé Jean Barrière, avait tenté le même crime ; mais il fut arrêté et jugé d'après la déposition d'un dominicain, son confesseur. Philippe II, encore secondé par plusieurs milliers de Français rebelles, continuait la guerre, comme entraîné par l'habitude du mal. Au commencement de l'année 1595, une armée espagnole descendait des Alpes, entrait dans la Franche-Comté, et se préparait à pénétrer dans la Bourgogne. Cette province était encore sous le joug des ligueurs. Mayenne, qui en était gouverneur, y commandait en roi. Henri se mit en marche pour aller combatte l'armée espagnole. Avant son arrivée, trois villes importantes, Beaune, Autun et Dijon, venaient de secouer le joug de la Ligue par une conspiration généreuse. Ces rapides succès animèrent Henri. Il ne voulut pas laisser aux troupes de Mayenne le temps de se replier sur l'armée espagnole ; il les poursuivit à la tête de cent cinquante chevaux et d'un même nombre d'arquebusiers ; mais le connétable de Castille, général des Espagnols, avait marché au secours de Mayenne. Le roi, arrivé au village de Fontaine-Française, découvrit des troupes qui se formaient sur les hauteurs, la retraite lui paraissait dangereuse ; une compagnie qu'il avait envoyée à la découverte revenait en désordre, vivement chargée par les cavaliers espagnols. Le roi avait à ses côtés le second maréchal de Biron, qui avait succédé au titre, à la renommée et au courage de son père. Il lui donne la moitié de sa cavalerie, s'élance avec le reste : tous deux étaient sans casque ; les officiers et les soldats n'étaient qu'imparfaitement armés. Henri, avec quatre-vingts chevaux, attaque trois gros escadrons, rompt le premier, et passe à travers le second pour aller culbuter le troisième. Biron, quoique blessé, obtient les mêmes succès. Henri poursuit les Espagnols ; mais arrivé au pied d'une colline il voit se déployer 15 000 hommes d'infanterie : il se retire sans souffrir que l'ennemi l'approche de trop près, regagne au petit pas le village de Fontaine-Française, et a le bonheur d'y rencontrer 2 000 Français qui étaient accourus au bruit de son danger. Le connétable de Castille, étourdi du merveilleux exploit qui venait de s'accomplir sous ses yeux, n'osa engager une action générale. La soumission de la Bourgogne et la conquête d'une partie de la Franche-Comté furent le fruit du combat de Fontaine-Française (1595) : mais les lieutenants de Henri n'avaient point été heureux dans la Picardie. Le comte de Fuentes les avait complètement battus auprès de Dourlens. Henri vint promptement réparer leurs revers et leurs fautes, et termina cette campagne avec honneur, par la prise de La Fère. Dans cette même année, Lyon avait reconnu son autorité. Marseille, dernier rempart de la Ligue, avait été délivrée de ses oppresseurs par le courage et l'habileté de ce jeune duc de Guise envers qui le roi venait de signaler sa clémence. Le duc de Mayenne s'était soumis lui-même : Rome enfin avait reçu l'abjuration de Henri. L'empressement que le pape Clément VIII mit à seconder les projets pacifiques du roi dédommagea ce monarque de quelques conditions pénible auxquelles sa réconciliation avait été attachée. Philippe II, livré à des infirmités cruelles, commençait à se lasser de faire le malheur du monde ; mais un de ses officiers, par son ambition et par son audace, retarda la paix générale, et mit de nouveau en péril la fortune du roi de France. Il se nommait Hernando Tello, gouverneur de la citadelle de Dourlens : il parvint à surprendre la ville d'Amiens, qui se tenait mal sur ses gardes. Cette ville avait réclamé le privilège de ne point avoir de garnison. Des Espagnols déguisés en paysans amusèrent un corps de garde en ouvrant un sac de noix : Hernando, pendant ce temps, entra dans Amiens avec sa troupe embusquée, et par d'impitoyables rigueurs fit presque un désert de cette cité. Une bataille perdue n'aurait pas été plus fatale pour Henri que l'inconcevable succès du stratagème des Espagnols. Le roi sentit la nécessité d'enflammer vivement le patriotisme des Français ; ils répondirent à son appel. Les villes, les provinces, les seigneurs, et Mayenne à leur tête, offrirent à leur roi des dons volontaires. Henri avec 5 000 hommes assiégea dans Amiens une garnison qui comptait le même nombre de combattants. Son armée s'étant ensuite accrue, il attendit de pied ferme une armée espagnole qui se mettait en route pour secourir Hernando Tello. Il en battit l'avant-garde de manière à décider la retraite de cette armée, et recouvra bientôt après la capitale de la Picardie. De là il vint fondre sur la Bretagne, où tenait encore le duc de Mercœur, l'un des princes de la maison de Lorraine. Toutes les villes ouvraient leurs portes à l'approche de Henri. Le duc de Mercœur n'en réussit pas moins, comme tous ses parents, à rendre sa soumission lucrative. Des conférences pour la paix générale se tenaient à Vervins, entre les envoyés de France et d'Espagne. Philippe II rendit Calais, qui restait encore en son pouvoir, et reconnut l'intégrité d'un royaume que cinq ans auparavant il regardait comme sa conquête et comme le salaire de tous les crimes de sa politique (1598). Dans cette année si heureuse, Henri accorda à ses sujets la liberté de conscience par l'édit de Nantes, et obtint de ses parlements l'enregistrement de cet édit, tant par l'énergie de son caractère que par la male et naïve éloquence de ses discours. :: Biographie de Henri IV - Partie 1/8 - Partie 2/8 - Partie 3/8 |
|
|
|
|||||||||||
|
:: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||||||