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HENRI IV
(né le 13 décembre 1553, mort le 14 mai 1610) Roi de France : règne 1589-1610 Partie 4/8
A huit heures du matin le canon tire ; Joyeuse avait disposé son artillerie sur un terrain peu favorable : celle du roi de Navarre, qui consistait en trois canons, fit de grands ravages dans les rangs ennemis. Joyeuse ordonne la charge ; ses jeunes compagnons déploient une valeur héroïque : l'avant-garde des protestants plie, mais parvient à se rallier. Le roi de Navarre s'élance avec ses deux cousins ; il aperçoit Joyeuse, et court à sa rencontre : « Écartez-vous, crie-t-il à ses compagnons, ne m'offusquez pas ; je veux paraître. » Il arrache de sa main un drapeau. Joyeuse, accablé de cette charge, ne peut se décider à la retraite. L'un de ses frères meurt à ses côtés. Emporté dans la mêlée, et séparé des siens, il reçoit le coup mortel. La victoire est certaine : « Plus de sang, s'écrie Henri ; ils sont braves, ils sont Français : recevez-les tous à merci. » La fureur des soldats s'arrête. Artillerie, drapeaux, bagages, tout restait au pouvoir des vainqueurs. Henri vint le soir souper au château de Coutras : les cadavres des deux Joyeuse étaient exposés nus ; quelqu'un osa plaisanter sur leur malheur : « Silence, messieurs, leur dit Henri avec sévérité ; ce moment est celui des larmes, même pour les vainqueurs. » Il ordonna que leurs restes fussent portés au roi ; et, avant de se coucher, il lui écrivit une lettre dont voici le début : « Sire, mon seigneur et frère, remerciez Dieu ; j'ai battu vos ennemis et votre armée » (1587). L'indiscipline se manifesta pour la première fois dans l'armée de Henri après la victoire de Coutras. Des gentilshommes, harassés de fatigue, reprirent le chemin de leurs châteaux. Henri ne put venir au-devant de l'armée protestante, qui s'avançait vers lui à travers la Champagne et la Bourgogne. Le duc de Guise battit en deux rencontres cette armée étrangère, qui, consumée par la faim, se rendit à discrétion. Mais la victoire de Coutras établit solidement Henri dans plusieurs provinces de l'Ouest et du Midi. Tout l'effort de la Ligue était maintenant dirigé contre Henri III. Guise, aidé d'une populace furieuse, l'assiégea dans le Louvre : le monarque s'échappa, en abandonnant aux chefs de la Ligue la capitale et ses provinces. Pour préparer sa vengeance il feignit une réconciliation avec le duc de Guise, entretint sa présomption et sa sécurité, et le fit assassiner, en 1588, au château de Blois, pendant la tenue des états. Ce meurtre, suivi de celui du cardinal de Guise, souleva tout le royaume. A peine sept villes restaient-elles fidèles au roi de France. La nécessité le força de recourir au roi de Navarre, qui, par la mort du duc d'Alençon, était l'héritier présomptif de la couronne. L'entrevue des deux monarques eut lieu au château du Plessis-lès-Tours : la cordialité l'enjouement et la confiance héroïque de Bourbon relevèrent l'âme abattue de Henri III. Bientôt on n'entendit plus parler que des exploits et des conquêtes de l'armée des deux rois. Crillon, Lenoue, d'Aumont, le maréchal de Biron, Châtillon fils de Coligny, réunis maintenant sous les mêmes étendards, combattirent avec une vigueur digne de celle de Bourbon. Les deux rois marchèrent sur Paris ; et déjà ils menaçaient cette ville des hauteurs de Saint-Cloud, lorsqu'un moine fanatique enfonça dans le cœur de Henri III, un couteau dont on croit que l'avait armé la duchesse de Montpensier, sœur du duc de Guise (1er août 1589). Les feux de joie allumés par les Parisiens, à la nouvelle de cet attentat, firent connaître à Bourbon, devenu roi de France par la mort de Henri III, qu'il lui faudrait livrer autant de combats pour conquérir sa couronne, qu'il en avait soutenu pour défendre sa liberté. Les catholiques royalistes, qui formaient la moitié de son armée, hésitaient à le reconnaître. Givri donna le signal de l'obéissance. « Ah ! sire, s'écria-t-il en tombant aux genoux du roi, vous êtes le roi des braves, et il n'y a que les poltrons qui vous quitteront. » Ces mots décidèrent plusieurs de ces nobles ; mais d'autres se retirèrent. Il n'était plus temps de peiner au siège de Paris. Cette ville, livrée au plus sombre délire, semblait toute peuplée de Jacques Clément. Aidée de l'or de l'Espagne, elle fournit bientôt au duc de Mayenne une armée puissante, qui se mit en campagne. Henri s'était dirigé vers Dieppe, pour y attendre un secours qui lui était envoyé par Élisabeth, reine d'Angleterre. L'armée de Mayenne était de 32 000 hommes : Henri n'en avait que 3 000 ; il fit halte et accepta le combat. Sa petite armée occupait des retranchements autour du château d'Arques, qu'il avait fait fortifier avec soin, et que défendait le maréchal de Biron, devenu l'un de ses plus zélés partisans. Mayenne, qui pouvait se confier au nombre, avait encore appelé la ruse à son secours. Des soldats allemands, soldés par la Ligue, quoiqu'ils fussent protestants, avaient pénétré dans le camp de Henri comme déserteur. Bientôt ils tombèrent sur ceux qui les recevaient en amis. On eut le temps de les exterminer avant que Mayenne se présentât pour seconder leur attaque. Un brouillard épais avait gêné les mouvements des deux armées : des qu'il fut dissipé, Henri se retira un peu sur le flanc pour attirer l'armée de Mayenne sous le feu des batteries du château. Pendant que Biron foudroyait l'armée de la Ligue, Henri en rompait les lignes par des attaques furieuses. La victoire fut complète. Le soir de cette journée il écrivit ces mots à Crillon : « Pends-toi, brave Crillon, nous avons combattu à Arques, et tu n'y étais pas. Adieu, brave Crillon, je vous aime à tort et à travers ». Le roi se rendit à Dieppe, et entra dans ce port au moment où l'on y signalait les voiles de la flotte anglaise. Sa petite armée fut ainsi accrue de 5 000 hommes. Reprenant bientôt l'offensive, il reconduisit le duc de Mayenne jusque sous les murs de Paris, observa cette ville, et désespéra de l'emporter avec 8 000 hommes ; mais pour y laisser la terreur de son nom, il permit à ses troupes d'y faire une incursion qui les mena jusqu'au pont Neuf. Différents sièges occupèrent Henri. Nous ne pouvons le suivre dans ces entreprises secondaires, où il déployait la même bravoure et la même activité que dans les actions importantes. Une armée espagnole, commandée par le comte d'Egmont, avait ranimé les espérances de la Ligue. Mayenne voulait encore une fois défier Henri IV. Les armées se rencontrèrent dans les plaines d'Ivry, sur les bords de l'Eure. Henri, prêt à faire sonner la charge, dit à ses soldats : « Mes compagnons, vous êtes Français, voici l'ennemi. Si vous perdez vos enseignes, ne perdez pas de vue mon panache, vous le verrez toujours dans le chemin de l'honneur. » Il avait, la veille, blessé par un mot dur un de ses meilleurs officiers, le colonel Schomberg ; il vient à lui en présence de toute l'armée : « Colonel !, lui dit-il, nous voici dans l'occasion ; il peut se faire que j'y meure : il ne serait pas juste que j'emportasse l'honneur d'un brave gentilhomme comme vous ; je déclare donc que je vous reconnais comme un homme de bien, et incapable de faire une lâcheté : embrassez-moi. - Ah ! sire, répondit Schomberg, Votre Majesté m'avait blessé hier ; mais elle me tue aujourd'hui : car elle m'impose l'obligation de mourir pour son service. » Ce brave officier tint parole ; il commença le choc, et mourut couvert de blessures. Le combat s'engagea corps à corps. Henri tua de sa main l'écuyer du comte d'Egmont ; et, presque au même moment, le général flamand tomba sous d'autres coups. Un accident compromit la victoire. Un cornette revenait blessé ; à son panache on le prit pour le roi : l'armée saisie de douleur ne retrouvait plus son courage. Henri, instruit de la méprise qui faisait plier les siens, s'écria d'une voix forte : « Tournez vos visages, je suis plein de vie, soyez pleins d'honneur. » Une réserve amenée par Biron rétablit le combat, et rendit la victoire décisive. Le roi criait dans les rangs : « Épargnez les Français » (1590). Mais les prédicateurs de Paris réparaient bientôt l'effet des défaites de Mayenne, et fournissaient des aliments toujours nouveaux au fanatisme. L'ambassadeur d'Espagne, le légat du pape, les princes lorrains, les Seize, magistrats sanguinaires formés par l'anarchie, une foule de délateurs, opprimaient la ville rebelle, et défendaient le repentir sous peine de mort. Henri IV, après sa victoire d'Ivry, avait cru devoir s'assurer de toutes les villes qui servaient à l'approvisionnement de la capitale. Mais pendant qu'il exécutait cette entreprise, le duc de Nemours, gouverneur de Paris, avait donné à la défense de cette ville l'aspect le plus formidable : soixante-quinze canons en bordaient les remparts ; la rivière était fermée par d'énormes chaînes. Les moines étaient devenus des combattants ; ils paraissaient en armes aux processions ; on courait du sermon au rempart. La famine commençait à se faire sentir à ces furieux, lorsque Henri se présenta sur les hauteurs de Montmartre. Le duc de Nemours se hâta de faire sortir les bouches inutiles. Henri avait d'abord résolu de ne point recevoir cette foule de malheureux, que la ville rejetait ; mais à l'aspect de leur misère : « Qu'on les laisse passer, dit-il ; il y a pour eux des vivres dans mon camp. » Les jardins des faubourgs fournissaient encore quelques aliments à la ville. Henri a résolu d'emporter les faubourgs en une seule nuit. Son armée, presque toute composée de protestants, reçoit cet ordre avec joie ; elle croit qu'il lui sera permis de pénétrer dans le centre de Paris, et s'apprête à venger les massacres de la Saint-Barthélemy. Dix corps d'armée ont commencé l'attaque à la fois. Les bombes pleuvent de tous côtés : les Parisiens, furieux mais interdits, ne savent où porter la défense. Les dix faubourgs sont enlevés. On venait annoncer successivement au roi la nouvelle de ces succès. Il contemplait du haut de l'abbaye de Montmartre un spectacle qui navrait son cœur. D'épais tourbillons de flamme lui faisaient craindre la destruction de Paris ; il tremblait pour la ville assiégée. :: Biographie de Henri IV - Partie 1/8 - Partie 2/8 - Partie 3/8 |
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