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HENRI IV
(né le 13 décembre 1553, mort le 14 mai 1610) Roi de France : règne 1589-1610 Partie 2/8
L'aspect de ce monarque était terrible : agité de toutes les convulsions du crime, il leur raconta, d'un air de triomphe, tous les massacres exécutés par ses ordres, leur apprit, avec un rire féroce, la mort de Coligny, que la veille ils l'avaient vu tous deux presser dans ses bras. « Je veux, ajouta le roi, qu'il ne reste plus en France aucun rebelle, aucun hérétique ; ma bonté, un reste de pitié pour votre âge, me force à vous épargner ; mais il faut rentrer, sur-le-champ, dans le sein de l'Église ou mourir. » Les deux princes cédèrent à la force, mais ne songèrent qu'au moyen d'échapper aux bourreaux de leurs amis. Charles IX, après la Saint-Barthélemy, était effrayé de sa cour, de ses complices et de lui-même. La vue du roi de Navarre semblait lui rendre quelque calme ; il en était réduit à se féliciter de n'avoir pas commis un fratricide. Quelquefois il entraînait ce prince dans des débauches et des courses nocturnes, par lesquelles il cherchait à s'étourdir. D'un autre côté, Catherine de Médicis tendait au jeune Bourbon tous les pièges de la corruption dont elle tenait école. Elle voulait avilir celui dont elle n'avait pu résoudre ou obtenir la mort. Henri ménageait ses tyrans ; mais il méditait sa fuite, et il était venu à bout d'engager dans ses projets le duc d'Alençon, troisième frère du roi. La cour était à Saint-Germain. Un officier, nommé Guitri, dévoué au roi de Navarre, se tenait prêt, avec cinquante hommes, à recevoir dans la forêt les deux princes fugitifs ; mais le duc d'Alençon, effrayé de cette entreprise hardie, vient lui-même, auprès de sa mère, se rendre le dénonciateur de tous ses compagnons. Les deux princes sont arrêtés, ramenés à Paris, et gardés à vue dans leur appartement, dont on fait une prison. La cruauté de Charles IX était assouvie : atteint d'une langueur mortelle, en proie à la défiance, et surtout aux remords, il gémit de ce qu'on ne le laissait pas mourir en paix. Deux compagnons du duc d'Alençon, Lamôle et Coconas, eurent la tête tranchée. Le procès du roi de Navarre s'instruisit : un parlement que la terreur avait forcé de remercier le roi à la suite des massacres de la Saint-Barthélemy, était chargé de juger un prince qu'on s'étonnait d'avoir épargné. Le chancelier Birague se présenta pour l'interroger, accompagné de plusieurs commissaires. « Je suis roi, leur répondit Henri, je n'ai rien à vous répondre, je ne souillerai point le nom de roi en subissant un interrogatoire. Mes amis ont été égorgés sous mes yeux, j'ai voulu fuir ; je n'ai point de complices : je donne des ordres à mes serviteurs ; je ne séduis, je ne trahis personne. Continuez vos procédures ; je n'y prends aucune part. Le parlement de Paris doit réfléchir avant d'instruire le procès d'un roi. » Birague, Italien pervers, qui avait conseillé la Saint-Barthélemy, fut ébranlé par cette fermeté inattendue. Catherine de Médicis parut incertaine. Cependant Charles IX mourait en rendant le sang par tous les pores ; il ne donnait plus aucun ordre. On fut surpris de le voir demander, à ses derniers instants, le prince qu'il tenait dans les fers. Henri, qui s'attendait à de nouvelles fureurs du monarque, fut confondu de s'entendre adresser par lui des paroles pleines d'amitié. Charles IX lui confiait ses derniers vœux, ses intérêts les plus chers, et pourtant le laissait livré à ce qu'il plairait à la reine d'ordonner de son sort. Il mourut le 30 mai 1575. Le duc d'Anjou, fameux par les deux victoires de Jarnac et de Moncontour, héritier du trône de France, occupait alors le trône électif de Pologne. Catherine de Médicis, une troisième fois régente, épargna le roi de Navarre. Son autorité n'était point assez affermie pour qu'elle osât se permettre de la signaler par le meurtre juridique d'un roi. Les protestants avaient repris les armes : l'indignation leur redonnait plus de force qu'un effroyable massacre ne leur en avait fait perdre. Une quatrième paix que Charles IX lui-même avait été forcé de signer avec eux, était déjà enfreinte. Henri III s'échappa, comme un déserteur, de la Pologne, qui l'avait élu sur la foi de sa renommée, et il marqua son long voyage par les prodigalités et les caprices extravagants qui allaient remplir tout son règne. La reine mère vint le trouver au Pont de Beauvoisin, frontière du royaume en Dauphiné ; elle était accompagnée du roi de Navarre, et du duc d'Alençon, qui, malgré son repentir, restait encore prisonnier. Catherine intercéda pour eux : le roi, qui leur avait fait d'abord un accueil sévère, finit par les embrasser, et voulut le lendemain communier avec eux. Le roi de Navarre, libre, mais surveillé avec soin, parut avoir renoncé à tous projets politiques. Henri III, qui semblait l'aimer, lui fit pourtant, un jour, la proposition la plus insidieuse et la plus atroce. Il s'était persuadé que le duc d'Alençon avait voulu l'empoisonner après s'en être plaint au roi de Navarre, il le conjura de tuer ce prince dans le Louvre même, et lui offrit ses propres gardes pour l'aider dans cet attentat. Henri de Bourbon rejeta une telle proposition avec horreur, et justifia vivement le duc dont il était envié et haï. Les protestants croyaient Henri perdu pour eux ; ses amis les plus fidèles gémissaient de la mollesse a laquelle il paraissait s'abandonner. Une nuit, d'Aubigné, l'un de ses gentilshommes, l'entendit soupirer, en récitant quelques versets d'un psaume dans lequel David déplore la dispersion de ses amis. D'Aubigné, reconnaissant à ces paroles, qu'Henri sentait toute l'amertume de sa position, tira les rideaux de son lit, et lui tint le discours le plus véhément pour l'engager à la fuite. Henri se plaignit d'avoir été mal jugé par ses amis, et apprit à d'Aubigné qu'il touchait au moment de tenter encore une fois sa délivrance. En effet plusieurs seigneurs catholiques, jaloux des préférences scandaleuses que Henri III accordait à ses mignons, avaient promis au roi de Navarre de l'aider, et même de l'accompagner dans sa fuite. Fervaques, l'un d'eux, ayant commis une indiscrétion, fut trahi par sa maîtresse. Henri de Bourbon était sorti de Paris sous prétexte d'une partie de chasse, et attendait à Saint-Germain les gentilshommes qui devaient venir le joindre. Le même soir, le roi, averti du complot, interrogea sévèrement Fervaques, dont il tira beaucoup d'aveux. Cependant, ce seigneur, que le roi laissait libre, donna l'alarme à ses compagnons ; et dans cette même nuit, ils partirent pour Saint-Germain. Le roi de Navarre avait auprès de lui deux gentilshommes, dont la reine mère avait fait ses surveillants : on proposait de les tuer ; Henri s'opposa fortement à ce meurtre, et les chargea d'aller annoncer au roi qu'il se mettait en route pour te justifier. Débarrassé de ses deux surveillants, il s'échappe ; sa troupe le suit. Comme il était arrivé à Poissy, un bateau, qui avait été commandé, se fit longtemps attendre. L'irrésolution et bientôt le repentir se manifestèrent dans la troupe : Henri déclara qu'il mourrait plutôt que de revenir sur ses pas. Le bateau se présente après avoir traversé la Seine, on s'enfonce dans une foret épaisse ; le surlendemain on gagne Alençon, ville de l'apanage du frère du roi, et l'on s'y crut en sûreté. Le duc d'Alençon ne tarda pas à s'évader lui-même : une partie de la noblesse se prononça pour lui. A la faveur de ces nouveaux troubles, Henri passa d'Alençon à la Rochelle, et il rentra parmi ses frères les protestants. Il lui tardait de reconquérir le Béarn ; à peine y parut-il, suivi de quelques gentilshommes, que ses anciens sujets volèrent au-devant de leur prince chéri, et lui aidèrent à conquérir par les armes une partie de la Guyenne. Cependant la reine mère négociait avec son fils rebelle. Henri III et son frère signèrent une paix honteuse. Le duc d'Alençon, tout occupé de ses avantages personnels, avait peu stipulé ceux du roi de Navarre. Cette paix avait rendu Henri III méprisable à ses sujets. Henri de Guise se mit à la tête des catholiques mécontents. Les états de Blois, qui s'assemblèrent, devinrent les organes de ses plaintes et les instruments de son ambition. On prêta de nouveaux serments de haine et d'extermination contre les protestants : la Ligue se forma. Henri III crut avoir fait tout ce que la politique a de plus habile, en se déclarant chef de cette ligue, afin d'en ravir l'empire au duc de Guise : mais il obéit à une partie de ses sujets armée contre l'autre ; et lorsqu'il essaya de briser le joug qu'il s'était imposé, ses sujets le traitèrent comme un rebelle. Le roi de Navarre n'avait plus à compter que sur ses propres forces ; elles consistaient dans le secours de 4 à 500 gentilshommes ou soldats, les uns catholiques, les autres protestants. Il maintint leur union, excita leur zèle ; et par la rapidité de ses courses, par l'audace de ses attaques, il prévint les grands préparatifs qui se formaient contre lui. Jamais il ne consultait le nombre de ses ennemis. Il chargeait le premier, à la tête d'un escadron, qui faisait presque toute son armée, épargnait les villes soumises, et celles même qui lui avaient opposé une longue résistance. Il y eut un jour un soulèvement général contre lui dans une ville où il entrait en vainqueur ; on criait de tous côtés : Tirez en panache blanc. Bourbon, qui avait tenu tête à cette multitude, fut secouru par un renfort. :: Biographie de Henri IV - Partie 1/8 - Partie 3/8 - Partie 4/8 |
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