Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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CHARLES VI le Fou ou le Bien-Aimé
(né le 3 décembre 1368, mort le 21 octobre 1422)
Roi de France : règne 1380-1422
Partie 1/2

Surnommé le Bien-Aimé, il est le fils de Charles V et naquit à Paris le 3 décembre 1368. Son père lui donna le Dauphiné en apanage, et il fut ainsi le premier des enfants de France qui porta le titre de dauphin en naissant. Il succéda à son père le 16 septembre 1380, n'ayant pas encore treize ans accomplis. Les ducs d'Anjou, de Bourgogne et de Berri, ses oncles paternels, et le duc de Bourbon, son oncle maternel, se disputèrent l'autorité, et arrêtèrent, par leurs divisions, le mouvement que Charles V avait imprimé à la monarchie.

Le duc de Berry songeait bien plus à augmenter ses apanages qu'a gouverner ; le duc d'Anjou, avare, hautain, ambitieux, voulait s'emparer seul du pouvoir, et, comme l'aîné, se croyait des droits que le duc de Bourgogne lui disputait avec autant de chaleur que d'adresse ; le duc de Bourbon, véritablement attaché à la France, tenait la balance entre eux, et, par
Roi Charles VI le Fou ou le Bien-Aime
Charles VI le Fou (1380-1422)
l'estime dont il jouissait généralement, les forçait quelquefois a soumettre leurs prétentions à des arbitres.

Mais les chefs du gouvernement ne se divisent jamais sans que le parti le plus faible n'appelle la nation à son secours, et, dès que les factions populaires sont formées, elle entraînent ceux qui ont cru s'en faire un appui. Le peuple se livra avec joie à la guerre civile, non pour assurer son indépendance, mais pour servir des grands, dont l'ambition, la vengeance lui faisaient horreur. Se rangeant sous des chefs qu'il abandonnait et reprenait tour à tour, il ne montra de constance que dans la révolte, et finit par livrer la couronne à un étranger, sans croire manquer à la fidélité qu'il devait à son roi.

L'établissement des troupes de ligne rendait l'augmentation des impôts nécessaire, et, suivant les anciens usages, le roi ne pouvait en créer sans le consentement des ordres de l'Etat, qui ne les accordaient que pour un temps déterminé ; mais la cour allait presque toujours au delà des concessions qui lui étaient faites, même sans être prodigue, parce que les besoins étaient plus grands que les ressources qu'on mettait à sa disposition.

En voyant, à cette époque de l'histoire, des troubles continuels pour les impôts, il ne faut pas en conclure que les impôts étaient excessifs, mais que la nation persistait à vouloir que les rois se contentassent de leurs domaines, des taxes anciennement accordées, sans réfléchir que les changements introduits dans l'organisation de l'armée exigeaient des changements dans l'administration des finances. Charles V avait amassé un trésor considérable ; il crut, à l'article de la mort, pouvoir abolir toutes les taxes nouvelles.

Le duc d'Anjou, qui prit en main le maniement des finances, après la retraite du cardinal Lagrange, ne s'était pas montré moins avide ; il s'empara des richesses immenses qui appartenaient à l'héritier du trône, et cette spoliation honteuse fut la cause des premiers troubles ; car le gouvernement nouveau s'obstinant à percevoir des taxes, le peuple se révolta pour ne point les payer.

Depuis 1380 jusqu'en 1382, le conseil du roi fit diverses tentatives qui furent repoussées vigoureusement. La ville de Rouen parut vouloir se soustraire à l'autorité royale, tandis qu'à Paris on assommait les financiers avec des maillets de fer ; ce qui fit donner aux révoltés le nom de maillotins. Les mêmes désordres avaient lieu en Angleterre, sous un roi qui était aussi mineur ; ce qui décida les deux nations à conclure une trêve.

De leur côté, les Flamands avaient repris les armes, suivant toujours le projet d'anéantir la noblesse, de chasser leur comte, et de se former un gouvernement à leur guise. Charles VI, âgé de quatorze ans, marcha coutre eux à la tête d'une armée considérable, dirigée par le connétable de Clisson, et gagna la bataille de Rosebecq, date laquelle ils perdirent leur chef Arlevelle et 25 000 hommes (quelques historiens disent 40 000).

Cette victoire fit rentrer les villes rebelles dans la soumission, à l'exception de Gand. Les Parisiens n'approuvèrent pas cette guerre, peut-être parce qu'elle était dans les intérêts du duc de Bourgogne, héritier du comte de Flandre, peut-être aussi parce qu'ils avaient des intelligences secrètes avec les révoltés flamands. Charles VI, vainqueur, après avoir traité sévèrement la ville de Rouen, fit une telle frayeur aux Parisiens, qu'ils se trouvèrent trop heureux d'obtenir leur grâce en payant plus que la cour ne leur avait d'abord demandé ; ce qui ne l'empêcha de se venger contre quelques chefs de la révolte, et même de sacrifier au ressentiment des princes des hommes vertueux.

La victoire de Rosebecq n'avait pas changé les dispositions séditieuses des Gantois. Informé qu'ils avaient appelé les Anglais, et les avaient aidés à s'emparer de plusieurs places, Charles marcha contre eux une seconde fois, en 1383, accompagné du duc de Bourgogne, qui devait, comme héritier présomptif de la Flandre, recueillir tout le fruit de cette expédition. Les révoltés furent aussitôt soumis, et les Anglais obligés de se rembarquer. Ces hostilités avaient décidé le roi à aller châtier les Anglais jusque dans leur île.

En 1385, l'amiral de Vienne fit en Ecosse une descente qui n'eut aucun succès, et en 1386, Charles fit équiper la flotte la plus considérable qu'il y eût eue en France depuis Charlemagne : elle était composée de 1287 vaisseaux, « et il y en avait assez, dit Froissard, pour faire un pont de Calais à Douvres ». Le roi se rendit à l'Ecluse, d'où la flotte devait partir ; mais l'expédition fut arrêtée par les retards du duc de Berri, qui se fit attendre jusqu'au mois de septembre, temps où la mer n'était plus tenable. L'affaire fut remise à l'année suivante ; mais, pendant l'hiver, une partie de la flotte fut brûlée, et l'autre enlevée par les Anglais.

Le 17 juillet 1385, Charles épousa à Amiens Isabelle, fille du duc de Bavière, suivant les dernières volontés de Charles V, qui lui avait recommandé de se marier dans quelque puissante maison d'Allemagne. Jamais alliance n'entraîna des suites plus funestes. Ayant atteint sa vingtième année en 1388, Charles prit l'administration de ses Etats, accorda toute sa confiance au duc d'Orléans son frère, se forma un conseil étranger aux factions, et montra, par cette conduite, qui lui attira l'amour des Français, qu'il était loin d'approuver la régence de ses oncles. Le duc de Bourgogne se retira dans ses domaines ; le duc d'Anjou était parti depuis longtemps pour conquérir le royaume de Naples, expédition dans laquelle il dépensa les trésors qu'il avait amassés en France, sans en tirer d'autre avantage que de laisser à ses héritiers des prétentions à taire valoir.

La France jouissait de quelque tranquillité sous un jeune monarque estimé par sa valeur, d'un caractère doux, auquel on ne pouvait reprocher qu'un penchant vif pour les plaisirs, défaut que notre nation pardonne aisément, lorsque la guerre s'étant rallumée avec l'Angleterre, Charles VI se mit à la tête de ses troupes, en 1392, et se dirigea sur la Bretagne, dont le duc avait donné asile à Pierre de Craon, assassin du connétable de Clisson.

On avait déjà remarqué de l'affaiblissement dans la raison du roi ; la frayeur que lui causa un homme d'une figure hideuse, qui, sortant d'un buisson dans un bois près du Mans, saisit son cheval par la bride, et lui cria : « Roi, ne passe pas outre ; tu es trahi ; » les grandes chaleurs du mois d'août et les fatigues de la route dérangèrent entièrement son cerveau. Dans un accès, il tira son épée, et ôta la vie aux quatre premières personnes qu'il rencontra.

Ses oncles reprirent la régence ; les animosités, les désordres recommencèrent ; le peuple conçut pour le duc d'Orléans une haine violente, parce qu'il vivait trop familièrement avec la reine, et accusa la duchesse sa femme de la démence du roi, parce que ce prince infortuné était sensible aux soins qu'elle lui prodiguait. Le conseil que Charles VI s'était formé fut en butte aux vengeances des grands ; l'esprit de division et d'intrigue se glissa dans toutes les classes, et les partis déjà formés, n'attendirent, pour éclater, que le signal des chefs.

Richard II, roi d'Angleterre, plus malheureux encore que Charles VI, crut devoir s'appuyer de la France contre les partis qui l'entouraient ; il signa une trêve pour vingt-huit ans, et épousa une fille du roi, qui n'était âgée que de sept ans, alliance qui ne l'empêcha point d'être détrôné quelques années plus tard, sans que les Français essayassent de venger sa mort, malgré l'intérêt qu'ils avaient à s'opposer à l'élévation de Henri IV, père de Henri V, dont l'ambition ne pouvait que leur être fatale.

:: Biographie de Charles VI le Fou - Partie 2/2


 

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