Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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CHARLES Ier le Grand ou CHARLEMAGNE
(né le 2 avril 742, mort le 28 janvier 814)
Roi des Francs : règne 768-800. Empereur d'Occident : règne 800-814
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Charlemagne avait amené d'Italie des maîtres de grammaire et d'arithmétique ; il les établit dans les principales villes de ses États, et fit ouvrir des écoles de théologie et d'humanités dans les cathédrales et dans les monastères. Il écrivit à Lulle, disciple de saint Boniface, apôtre de l'Allemagne, et son successeur sur le siège de Mayence : « Disposez-vous, vénérable père, à instruire vos enfants dans les arts libéraux, afin qu'en cela vous satisfassiez nos ardents désirs, etc. »

Alcuin, Paul Diacre et Pierre de Pise composaient des pièces de vers latins, de différents mètres et sur divers sujets, pour amuser ou instruire le monarque. Dans une de ces pièces en vers trochaïques, Charlemagne dit à Paul Warnefrid : « En grec, vous êtes un Homère ; en latin, un Virgile ; en hébreu, un Philon ; dans les arts, un Tertulle... nuit et jour vous vous occupez à m'enrichir l'esprit de littérature, tant latine que grecque. Nous vous faisons de grands remerciements de ce que vous entreprenez de former dans la science du grec ceux que nous vous avons confiés. C'est une gloire pour nos États : Nunc surrexit gloria. »

Lebeuf attribue cette pièce à Pierre le grammairien, et, si elle n'est pas de Charlemagne lui-même, on voit qu'elle a dû être écrite, en quelque sorte, sous sa dictée. Ce prince était en correspondance avec Paulin, patriarche d'Aquilée, qui lui dédia plusieurs de ses ouvrages. Il ne dédaignait pas de proposer ou de deviner des énigmes, selon l'usage de son temps.

On a de lui une lettre toute énigmatique, adressée à Paul Warnefrid. Cependant plusieurs historiens modernes ont avancé que Charlemagne, qui montra tant de goût pour les sciences, et qui parlait plusieurs langues, ne savait pas écrire, pas même signer son nom, et ils s'appuient de ce passage d'Eginhard : Tentabat et scribere, tabulasque et codicillos ad hoc in lectulo, sub cervicalibus, circumferre solebat, ut quum tempus vacuum esset, manum effingendis litteris assuefaceret. Mais suivant Ceillier, le texte d'Eginhard signifie seulement que Charlemagne essayait d'imiter les beaux caractères des manuscrits de sa bibliothèque, et qu'il ne put y réussir, s'étant exercé à ce travail dans un âge trop avancé.

Ce prince consacrait tous ses loisirs d'hiver à la lecture. Il faisait mettre sous le chevet de son lit la Cité de Dieu de saint Augustin. On lui lisait à table les ouvrages des Pères, ou les vies des rois, ses prédécesseurs. Toute la belle saison était consacrée à des voyages ou à des expéditions militaires.

Saint Grégoire avait réglé le chant religieux qui avait été introduit en Occident par saint Ambroise. En France, ce chant n'était qu'une psalmodie pesante et monotone. Charlemagne fit venir des chantres de Rome. Il y avait dès lors des notes pour le chant ; des écoles furent ouvertes, et un capitulaire ordonna que le chant grégorien serait reçu dans toutes les églises de France. Charlemagne voulu aussi introduire dans ses États la liturgie romaine. Le clergé qui tenait aux anciennes coutumes, montra quelque résistance. Plusieurs églises cédèrent à l'autorité du monarque ; d'autres firent un mélange des deux liturgies romaine et gallicane.

Charlemagne prescrivit, mais sans pouvoir l'établir, l'uniformité des poids et des mesures. C'est à lui qu'est due la manière de compter par livres, sous et deniers. Ce grand prince avait conçu le projet de joindre le Rhin au Danube, et l'Océan au Pont-Euxin. Ce projet ne paraissait pas d'une exécution bien difficile ; toute l'armée fut employée à creuser un canal. Les travaux avaient été conduits jusqu'à 2 000 pas, lorsque les pluies, l'éboulement des terres, et le défaut de connaissances qu'on a depuis acquises, firent d'abord interrompre, et ensuite abandonner cette noble entreprise.

Mais les arts, protégés par Charlemagne, élevèrent d'autres monuments. La ville d'Aix-la-Chapelle, devenue le siège de l'empire, dut à ce prince son origine et son éclat ; elle prit son nom d'une chapelle magnifique qu'il avait fait construire avec les plus beaux marbres transportée à grands frais de Rome et de Ravenne. Les portes de ce temple étaient de bronze, et son dôme surmonté d'un globe d'or massif.

Rien n'égalait, à celle époque, en grandeur et en magnificence, le palais de Charlemagne. On y voyait, disent Eginhard et le moine de Saint-Gall, d'immenses portiques, de superbes galeries, des salles pour les diètes des grands vassaux, pour la tenue des parlements, des conciles et des synodes ; des appartements pour tous les officiers de l'empire, pour les députés des provinces et les ambassadeurs : tout le palais était tellement disposé, que, de sa chambre, Charles pouvait voir tous ceux qui entraient dans les autres appartements.

Mais ce qu'on admirait le plus était le riche portique qui conduisait du palais à la basilique. L'art y déploya toute son industrie, et le prince toute sa magnificence. Charlemagne fit aussi construire des thermes, ouvrage admirable de la nature et de l'art. Ils étaient si spacieux et si abondants en eaux chaudes, que plus de cent personnes pouvaient y nager ensemble. C'était l'un des exercices les plus ordinaires du monarque ; il le prenait, non seulement avec les rois ses enfants, mais souvent avec ses officiers et les seigneurs de sa cour ; quelquefois même avec ses soldats, et l'auteur de sa vie remarque qu'il y excellait par-dessus tous.

Il avait aussi à Seltz, en Alsace, un palais non moins magnifique, et ce fut là qu'il reçut les ambassadeurs de Nicéphore avec un appareil dont les Orientaux eux-mêmes n'avaient point d'exemple. Ce fut à Charlemagne que la France dut ses premiers progrès dans la marine. Il releva le phare de Boulogne, et fit creuser plusieurs ports ; il favorisa l'agriculture, et s'immortalisa par la sagesse de ses lois.

Sa renommée remplissait l'Orient. Il recevait les députés du patriarche de Jérusalem, les ambassadeurs des empereurs Nicéphore et Michel, et les deux ambassades que lui envoya Aaron Al-Rachyd, le plus célèbre des califes abbassides. Il assemblait des conciles, des parlements, publiait les Capitulaires, les Livres Carolins, et faisait admirer en lui le conquérant et le législateur.

Son empire comprenait toute la France, la plus grande partie de la Catalogne, la Navarre et l'Aragon ; la Flandre, la Hollande et la Frise ; les provinces de la Westphalie et de la Saxe jusqu'à l'Elbe ; la Franconie, la Souabe, la Thuringe et la Suisse ; les deux Pannonies, c'est-à-dire l'Autriche et la Hongrie, la Dacie, la Bohême, l'Istrie, la Liburnie, la Dalmatie, et différents cantons de l'Escalvonie ; enfin toute l'Italie jusqu'à la Calabre inférieure ; car Charlemagne ne s'était pas dépouillé de ses droits sur la ville et sur le duché de Rome, sur l'exarchat de Ravenne et sur les autres provinces de l'ancien État ecclésiastique.

Ces diverses provinces étaient divisées en duchés et comtés ; chacune de ces divisions territoriales avait des magistrats sédentaires. Les provinces étaient surveillées par des légats voyageurs (missi dominici), commissaires impériaux qui étendaient sur tous les points de ce vaste empire l'influence directe du maître.

Les ouvrages de Charlemagne sont :
 Ses Capitulaires, recueillis par Ansegise, abbé de Saint-Wandrille, mort en 822, et par Benoît le lévite, ou diacre de Mayence, mort en 845. Ces Capitulaires furent dressés, pour la plupart, à Aix-la-Chapelle, en 805 et 806. Ils sont remarquables en ce que plusieurs ont été renouvelés par Louis XIV.
 Des lettres ; nous citerons : celle qu'il écrivit ad Frastradam reginam de victoria Avarica, anno 791 : elle est dans le recueil des historiens de Duchesne, et celle qu'il adressa à Pepin, son fils, roi d'Italie ; la Lettre à Élipand et aux autres évêques d'Espagne : Charlemagne les conjure de s'en tenir à la foi de l'Eglise catholique, et de ne pas se croire plus savants qu'elle ; la Lettre à Alcuin : cette lettre prouve que Charlemagne connaissait bien les rites ecclésiastiques.
 Une Grammaire.
 Son testament.
 On attribue à Charlemagne quelques poésies latines, telles que l'Épitaphe du pape Adrien, le Chant de Roland, etc.
 Les Livres Carolins ; Charlemagne n'en est point l'auteur, mais il permit qu'on les publiât sous son nom ; ils furent composés contre le second concile de Nicée, qui décida la question des images.

Charlemagne fut mis au nombre des saints par l'antipape Pascal III, l'an 1165 ou 1166. Le décret de sa canonisation n'ayant point été rapporté par les papes légitimes, et aucune réclamation ne s'étant élevé contre lui, plusieurs églises d'Allemagne honorent la mémoire de cet empereur ; mais ce culte n'a jamais été consacré par l'autorité de l'église universelle. Louis XI fixa sa fête au 28 janvier. L'université de Paris le choisit pour son patron, en 1661, sans le désigner cependant sous le nom de saint, et l'église de Metz, au lieu de le reconnaître en cette qualité, célébrait tous les ans un service pour le repos de son âme. Il est appelé saint Charles dans toutes les cérémonies de l'élection de Maximilien, roi des Romains, et dans celles de son couronnement.

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