Biographies et portraits des reines, impératrices et régentes Notices biographiques sur les reines et épouses royales. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque reine et régente, impératrice, épouse de monarque, souverain. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer l'importance des reines, impératrices et régentes dans l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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Reines, impératrices, régentes
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RADEGONDE
(née en 519, morte le 13 août 587)
Épouse Clotaire Ier (alors roi de Soissons, Orléans,
Bourgogne en indivision, puis roi des Francs) en 538
Partie 1/3

Radegonde était fille de Berthaire, roi d'une partie de la Thuringe ou plutôt de Tongres. Lorsque Berthaire fut tué par son propre frère Hermanfroy (ou Hermanfred), soutenu des rois francs Théodoric et Clotaire Ier, les deux enfants qu'on épargna échurent, dans le partage des lots, à Clotaire : c'était Radegonde, âgée de huit ans, et son frère, qui en avait dix.

La jeune fille se vit destinée à devenir un jour la femme du meurtrier de tous ses proches. Clotaire la fit élever avec soin à la maison royale d'Athies en Vermandois, où elle reçut une éducation savante et polie à laquelle la trempe de son esprit lui fit prendre du goût. De longues heures d'étude passaient rapidement pour elle : elle lisait avec délices les manuscrits latins que lui donnaient ses maîtres ; instruite de la religion chrétienne, baptisée et pleine de ferveur, elle embrassait avec ardeur
Radegonde et son jeune frere faisant partie du butin
Radegonde et son jeune frère font partie du butin
les vérités de la foi ; les récits de la vie des saints la transportaient d'admiration ; elle souhaitait la mort des martyrs ; elle savourait les délices des saintes Écritures.

La plus grande partie de son temps s'écoulait entre la prière, la méditation et la lecture ; ce qui lui en restait, elle le donnait au soin des pauvres ; elle-même pansait leurs plaies ; en leur distribuant ses dons, elle savait les instruire et les consoler par des paroles fortes et touchantes.

Triste du souvenir de son pays et de l'image des massacres dont elle avait été témoin, elle ne pouvait supporter l'idée de devenir l'épouse de l'homme qui avait aidé à accomplir ces meurtres. Le temps vint cependant où il fallait qu'elle fût reine ; elle essaya de fuir, mais inutilement ; malgré ses résistances, malgré l'austérité de sa vie, elle avait plu à Clotaire. Il l'entoura de soins, la combla de richesses. Mais rien ne triomphait des répugnances de la nouvelle reine : la barbarie de la cour du roi lui était à dégoût, les entretiens du roi à charge ; mais si quelque évêque pieux, quelque savant de l'Italie ou de la Gaule, venait au palais, alors la vie de Radegonde s'animait ; elle puisait la science et la piété dans la conversation de ces hommes d'élite qui admiraient son génie ; elle les retenait, ne pouvait les quitter, et ne les laissait partir qu'après les avoir comblés de présents et leur avoir fait promettre de revenir.

Souvent l'heure des repas surprenait Radegonde au milieu de ses lectures ou de ses pieux exercices ; le roi la faisait prévenir et attendait ; la jeune reine, qui avait à essuyer les reproches de son époux, ne s'en préoccupait pas, et ne descendait que quand sa tâche était achevée. La nuit, par le froid et sur la pierre nue, elle s'agenouillait et se livrait aux pratiques d'une austère pénitence, et le roi disait : « Ce n'est pas une reine que j'ai là, c'est une nonne. »

Un nouvel acte de cruauté lui ferma à jamais le cœur de la reine ; il fit mourir son frère. Radegonde éclata ; le roi, lassé de ses reproches, lui permit de s'éloigner pour un temps. « Allez, lui dit-il, et revenez plus soumise et plus gaie. » Radegonde partit, mais avec d'autres projets. Accompagnée de quelques femmes et d'une jeune fille qu'elle avait attachée à sa personne, elle va à Noyon, où l'évêque Médard vivait en odeur de sainteté. Elle entre à l'église : saint Médard officiait à l'autel ; dès qu'elle se voit dans cet asile, elle joint les mains, et, avec un accent de détresse : « Très saint prêtre, dit-elle, je veux quitter le siècle et changer d'habit ! Je te supplie, très-saint prêtre, consacre-moi au Seigneur ! »

Saint Médard hésite : il craint de manquer à son devoir de pontife et d'éconduire une âme qui demande le salut ; il craint d'écouter une ferveur indiscrète et de rompre une alliance légitime. Les seigneurs et les guerriers qui, par l'ordre de Clotaire, ont suivi la reine, tirent leurs glaives et crient avec menaces : « Prêtre, ne t'avise pas de donner le voile à cette femme qui est unie au roi ; garde-toi d'enlever à Clotaire une reine qu'il a épousée solennellement. » Et ils entraînent le saint loin de l'autel, jusque dans la nef où sont réunis les fidèles.

Forte de sa propre résolution, Radegonde passe dans la sacristie par une porte qui ouvrait dans le chœur, elle jette sur son manteau royal un vêtement de recluse et rentre dans le sanctuaire, où les Francs avaient laissé remonter le pontife. Elle se présente debout devant le siège épiscopal. « Si tu tardes à me consacrer, dit-elle d'une voix haute, et que tu craignes plus les hommes que Dieu, tu auras à rendre compte, et le pasteur te redemandera l'âme de sa brebis ! - C'est la volonté de Dieu ! s'écrie l'évêque ».

De son autorité sacerdotale, il impose les mains sur la tête de la reine agenouillée, et la consacre diaconesse. Radegonde relève sa tête inclinée, marche à l'autel, arrache ses ornements royaux,
Sainte Radegonde se consacre au Seigneur
Sainte Radegonde se consacre au Seigneur
ses bijoux, ses bracelets, ses agrafes d'or et de pierreries ; elle en couvre la pierre consacrée ; elle coupe les franges tissées d'or et de soie qui bordent son vêtement ; elle brise la riche ceinture d'or massif qui serrait sa robe : « Je la donne aux pauvres », s'écrie-t-elle. Le peuple admire la résolution de la reine, les seigneurs francs eux-mêmes n'osent entraîner par la force une reine consacrée à Dieu ; ils sortent pour aller prévenir le roi, à qui seul il convient de prendre l'initiative.

Cependant, le grand acte accompli, il fallait que Radegonde songeât à fuir la colère de l'homme qu'elle outrageait comme roi et comme époux. Avec la promptitude que donne l'inspiration, confiante en la protection divine, elle gagne Orléans, s'embarque sur la Loire, et arrive heureusement jusqu'à Tours, où elle attend, dans un des nombreux asiles ouverts près du tombeau de saint Martin, ce que la Providence ordonnerait d'elle. En sûreté dans cet asile, elle écrivit au roi. Elle souhaitait avec ardeur que lui-même, dépris de ses charmes, donnât un libre consentement à la séparation. Ses lettres étaient tantôt suppliantes, tantôt pleines de reproches et de fierté.

Mais le roi se montra inflexible dans son ressentiment. Sa fureur s'exhala contre les évêques ; il attesta son mariage, la nullité des vœux de la reine ; il menaça de violer l'asile de saint Martin. Cependant le respect qu'on avait pour les femmes consacrées à Dieu le retenait ; il n'osait entreprendre tout ce dont il menaçait, et le temps s'écoulait ; des mois, puis des années. Radegonde, d'asile en asile, toujours tremblante si elle venait à quitter l'enceinte protectrice, recommandait sa cause à celui au service duquel elle s'était dévouée. Si elle quittait l'homme auquel la violence l'avait unie, elle renonçait au trône et à la puissance ; elle s'humiliait et devenait la servante des pauvres ; elle ne voulait que servir Dieu et prier pour tous. La ferveur de sa prière devait obtenir les grâces qu'elle demandait. Le cilice, le jeûne, la pénitence, remplissaient les heures inquiètes de ses nuits et de ses journées.

Quatre années se passèrent ainsi. Une fois, sous un prétexte de dévotion, venant jusqu'à Tours, Clotaire projeta d'enlever la reine et de la ramener dans son palais. Les instances de saint Germain, évêque de Paris, l'arrêtèrent. Le roi comprit qu'il ne pouvait vaincre une résistance si ferme, et, puisque le sacrifice était accompli, puisque Radegonde ne lui appartenait plus, il recula devant la pensée de violer à la fois l'asile d'un temple et les vœux d'une religieuse. Mais sainte Radegonde, effrayée du danger qu'elle avait couru, chercha à s'éloigner davantage ; et, de l'asile de saint Martin de Tours, elle alla à l'asile de saint Hilaire de Poitiers.

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