Biographies et portraits des reines, impératrices et régentes Notices biographiques sur les reines et épouses royales. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque reine et régente, impératrice, épouse de monarque, souverain. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer l'importance des reines, impératrices et régentes dans l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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Reines, impératrices, régentes
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RADEGONDE
(née en 519, morte le 13 août 587)
Épouse Clotaire Ier (alors roi de Soissons, Orléans,
Bourgogne en indivision, puis roi des Francs) en 538
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Parmi les nombreuses visites faites au couvent, la reine reçut, vers 566, celle de Venantius Fortunatus (Fortunat), né en Italie, et que le goût des voyages avait attiré en Gaule. Fortunatus était doué d'un esprit aimable et conciliant, il aimait l'étude, et avait une remarquable facilité pour exprimer ses idées en vers ; aussi était-il recherché dans les banquets, qu'il amusait par les impromptus les plus heureux.

Clotaire était mort l'an 561. Ses fils Chilpéric, Sigebert, Caribert et Gontran lui avaient succédé en se partageant par lots à peu près équivalents les villes les plus fortes des Gaules. Ces événements n'avaient pas troublé la paix du monastère de Poitiers,
Sainte Radegonde
Sainte Radegonde. Gravure extraite
du Liber Chronicarum paru en 1493
qui dépendit tantôt du roi Sigebert Ier, tantôt du roi Chilpéric Ier ; mais ils avaient amené des incidents nouveaux. Chilpéric se piquait d'étudier la grammaire et les lettres ; il faisait même des vers latins « perclus de tous leurs pieds », dit son contemporain Grégoire de Tours, plus frappé des vices de ce prince, qui fut le tyran de son temps, que touché des efforts qu'il tentait pour s'immiscer à la science qui s'éteignait.

Sigebert s'alliait à une femme du midi, Brunehaut, élevée à la cour des rois visigoths (le mariage se déroula en 566). La venue d'un poète latin ne pouvait être plus opportune : Fortunat fit des vers pour le mariage de Brunehaut et de Sigebert ; il en fit pour tous les événements de guerre et de paix ; il louait en un seigneur franc, la noblesse des manières et la facilité de s'exprimer en latin ; en un évêque, la sagesse de son administration ; en un Gaulois, l'ancienne urbanité romaine ; il décrivait les maisons, les cités ; il nous a laissé la peinture des usages de ce temps, qui, sans lui, seraient perdus pour nous.

Mais Fortunat n'était pas seulement un poète heureux ; c'était un homme de mérite et de vertu, doué du talent de la négociation des affaires, pieux et parfaitement orthodoxe. Sainte Radegonde l'eut bientôt apprécié. Lui-même se sentit pénétré d'admiration pour cette reine savante et pieuse qui unissait tant de talents à une si haute vertu et à une sainteté éprouvée. Il était jeune encore (né entre 530 et 540) et sa vocation n'était pas déterminée. « Que n'embrassez-vous les ordres sacrés, lui dit un jour Radegonde, et que ne vous attachez-vous à l'église de Poitiers ? Vous resteriez près de nous ; votre présence protégerait cette maison. »

Le conseil de la reine éclaira Fortunat sur la manière dont il pouvait rendre sa vie utile et sainte. Il prit les ordres, et devint prêtre de l'église de Poitiers. De là il eut souvent des voyages à faire à la cour des rois francs ; mais nous ne dirons ici de Fortunat que ce qui a trait dans sa vie à celle de Radegonde. Des rapports journaliers qui existaient entre eux naquit une amitié profonde, un échange de soins
Fortunat
Fortunat
que la haute vertu de la reine ne pouvait laisser en rien interpréter à mal ; d'ailleurs Radegonde avait atteint l'âge de cinquante ans, et Fortunat ne lui donnait pas d'autre titre que celui de mère ; il prenait ses conseils et recevait les épanchements de sa confiance ; mais la jeune abbesse dont l'âge se rapprochait de celui de Fortunat avait, dans cette intimité, une part dont la malignité se saisit.

Fortunat et sainte Radegonde s'en indignèrent. Ces soupçons n'eurent pas de consistance, et jusqu'à la mort de Fortunat, sainte Radegonde trouva en lui un ami dévoué, un appui constant, un guide plein d'intelligence. Elle le récompensa par une confiance sans bornes. Avec lui, elle s'entretenait de tout ce qui lui avait été cher. Le temps n'avait point effacé les impressions douloureuses de son enlèvement et du massacre de sa famille ; elle ne cessait pas de voir sa patrie dans la Thuringe conquise ; elle rappelait avec larmes le nom de ses parents ; elle écrivait des lettres pleines de tendresse à des princes qu'elle ne connaissait pas, au fils d'un de ses oncles, réfugié à Constantinople et élevé dans l'exil.

Fortunat met dans la bouche de sainte Radegonde des plaintes qu'il exprime en vers, et qui, si elles ne sont pas (comme on l'a cru) l'œuvre même de cette reine, portent l'empreinte de ses pensées, et se revêtent d'une couleur germanique qui ne se rencontre que dans cette partie des œuvres latines de Fortunat. Quoi de plus touchant que cette complainte extraite du cinquième des Récits des temps mérovingiens :

« J'ai vu les femmes traînées en esclavage, les mains liées et les cheveux épars : l'une marchait nu-pieds dans le sang de son mari ; l'autre passait sur le cadavre de son frère ; chacun a eu son sujet de larmes, et moi j'ai pleuré pour tous. J'ai pleuré mes parents morts, et il faut aussi que je pleure ceux qui sont restés en vie. Quand mes larmes cessent de couler, quand mes soupirs se taisent, mon chagrin ne se tait pas. Lorsque le vent murmure, j'écoute s'il m'apporte quelque nouvelle ; mais l'ombre d'aucun de mes proches ne se présente à moi. Tout un monde me sépare de ceux que j'aime le plus. En quels lieux sont-ils ? Je le demande au vent qui souffle ; je le demande aux nuages qui passent ; je voudrais que quelque oiseau vînt me donner de leurs nouvelles.

« Ah ! si je n'étais retenue par la clôture sacrée de ce monastère, ils me verraient arriver près d'eux au moment où ils m'attendraient le moins. Je m'embarquerais par le gros temps ; je voguerais avec joie dans la tempête ; les matelots trembleraient, et moi je n'aurais aucune peur. Si le vaisseau se brisait, je m'attacherais à une planche, et je continuerais ma route ; et, si je ne pouvais saisir aucun débris, j'irais jusqu'à eux en nageant. »

Toujours ce souvenir de sa captivité se retraçait à son esprit : « Je suis une pauvre femme enlevée », disait-elle quand on voulait la louer. Tout cependant pour Radegonde n'était pas empreint de cette tristesse. Elle avait de doux moments de gaîté qu'elle consacrait à ses amis ; Fortunat en a retracé le souvenir dans des descriptions de festins, d'échange de présents, de fleurs, de fruits, que lui-même envoyait au monastère dans des corbeilles tressées de ses mains. Mais l'esprit de prière et l'austérité de la règle n'étaient jamais troublés par ces récréations, qui venaient en leur temps. Le carême tout entier, les temps de jeûne, d'avent et de retraite, étaient inviolablement gardés par la sainte reine, et par ses filles.

La vie de Radegonde, inscrite au livre de la Vie des Saints, fut pleine de bonnes œuvres : par une rare distinction elle peut servir de modèle à tous les esprits ; science, piété, douceur, charme de la plus angélique bonté, sagesse, discernement, prudence, cette intelligence offre tout : mélange admirable des qualités les plus fortes et de la sensibilité la plus exquise ; noble image dans un temps de barbarie, pureté admirable à côté des mœurs grossières ; le bien que sainte Radegonde a fait à Poitiers a laissé des traces ineffaçables. Les restes de la fondatrice du monastère de Poitiers reposent sous les marbres de l'église de cette ville, et la légende affirme que l'on obtient des guérisons miraculeuses sur son tombeau.

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