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RADEGONDE
(née en 519, morte le 13 août 587) Épouse Clotaire Ier (alors roi de Soissons, Orléans, Bourgogne en indivision, puis roi des Francs) en 538 Partie 2/3
Là devaient se terminer ses peines ; là devait commencer pour elle une vie de labeur et de repos, dans une retraite que sa ferveur rendit profitable à un grand nombre d'âmes, et où ses vertus, de jour en jour fortifiées, lui firent atteindre un haut degré de sainteté. Clotaire reconnut enfin sa consécration ; il lui permit de bâtir un monastère à Poitiers. Depuis, il se montra doux envers elle, et, sans la revoir jamais, il accueillit favorablement toutes les requêtes qu'elle put lui présenter. Elle se servit, pour le bien des peuples, d'un pouvoir plus grand peut-être qu'elle ne l'eût conservé à la cour barbare de Clothaire. Il était d'usage que l'épouse reçût un don chez les Francs de son mari le lendemain de son mariage ; ce don s'appelait morghen-gabe, présent du matin ; il était proportionné au rang de l'époux : un cheval tout équipé pour la femme d'un guerrier, appelée à le suivre dans ses voyages ; une ville, des joyaux pour l'épouse d'un chef. Selon cet usage apporté de Germanie en Gaule, Radegonde, dépouillée de tout dans son pays par Clotaire, avait reçu de lui un riche don du matin : elle en consacra le prix à la fondation de son monastère. Le goût romain présida avec une élégante simplicité à l'intérieur des bâtiments, des jardins, des fermes, des églises et des cloîtres ; mais Radegonde fit entourer l'extérieur de murs fermés par des portes épaisses et entourées de forteresses ; car, en ce temps de force brutale, il fallait prévenir le cas où la paisible enceinte d'une retraite de femmes pourrait être attaquée par les barbares. Selon les Récits des temps mérovingiens d'Augustin Thierry, ce ne fut que six ans après sa fuite de Noyon, que Radegonde put entrer dans ce monastère achevé par ses soins. Déjà elle était vénérée comme une sainte ; déjà de nombreuses filles soumises à sa direction attendaient avec impatience le moment d'entrer avec elle dans cet asile de la prière et de la religion que sa piété leur offrait. Le jour de l'entrée solennelle au monastère, la foule se pressa sur les pas de Radegonde et de ses filles ; leur marche si humble ressemblait à un triomphe. La reine avait formé la règle de son monastère sur celle d'un couvent fondé à Arles par Césaria, sœur de saint Césaire. Selon le goût éclairé de la sainte, l'esprit devait trouver un aliment dans son institut ; deux heures chaque jour étaient consacrées à l'étude ; les religieuses transcrivaient des livres utiles pour en multiplier les copies ; tandis qu'aux heures de réunion elles s'occupaient à coudre et à filer dans la salle commune, elles écoutaient la lecture faite à haute voix par l'une d'elles ; les livres saints formaient le texte de leurs méditations ; ainsi la prévoyance de leur fondatrice s'efforçait d'empêcher que l'ignorance qui commençait à envelopper la Gaule n'étendît ses ailes sombres sur l'institut qu'elle formait avec tant d'amour. Le progrès spirituel de ses filles, leur bien-être, leur joie, leur avancement dans la vie de la foi étaient l'objet de toute la sollicitude de Radegonde. Qui dira le bonheur de cette pieuse communauté, où la vénération
C'est ainsi qu'elle leur parlait, qu'elle soutenait leur zèle, qu'elle savait donner la vie à toute cette maison obéissante à ses lois. Cependant, quand elle eut tout réglé, son humilité ne lui permit pas de garder le rang de supérieure ; peut-être elle craignit, dans sa scrupuleuse modestie, de conserver sous le voile religieux une autorité trop semblable à l'autorité souveraine. Elle voulait servir, non être servie ; elle fit nommer abbesse une religieuse d'un grand mérite, cette jeune Agnès, de race gauloise et sénatoriale, qu'elle avait prise en affection dès son enfance, et qui, de la cour, l'avait suivie à Noyon, de Noyon à Tours, et dans tous ses troubles, dans toutes ses inquiétudes, avait été sa fidèle compagne. Cette élection faite, Radegonde, devenue simple religieuse avec ses sœurs, partagea leurs travaux comme elle partageait leurs prières, leurs jeûnes, leurs austérités. A son tour elle balayait, servait à la cuisine, portait le bois et l'eau, ouvrait la porte, gardait le silence, et trouvait ses délices dans tous ces exercices d'humilité où les saints savent mettre leur bonheur : sentiment semblable à celui qui plus tard fit dire à sainte Thérèse : « J'étais heureuse, en balayant le chœur, de penser que je préparais le lieu où se chantaient les louanges du Seigneur, et en faisant, à l'insu de mes sœurs, quelque office oublié par elles, que j'avais l'honneur de servir les servantes de Dieu ! » Ainsi la fille du roi de Thuringe ne conservait, du triple caractère de reine, de fondatrice et de supérieure, que l'ascendant que lui donnaient sa bonté et son génie. Sainte Radegonde n'avait pas fait de règles d'une sévérité rebutante. Aux heures de prière, aux exercices de pénitence, succédaient d'innocentes récréations. Ces femmes, qui toute l'année s'abstenaient de viandes et de vin, savaient offrir aux étrangers une généreuse hospitalité. Quand des évêques, des ecclésiastiques, des laïcs pieux visitaient le monastère, ils y étaient accueillis avec ce reste d'urbanité romaine qui distinguait les Gaules entre toutes les provinces de l'empire. L'abbesse faisait dresser pour eux des tables auxquelles présidait quelquefois sainte Radegonde. Augustin Thierry affirme que les règles les plus sévères prévenaient tout abus ; mais il n'y avait point d'étranger de distinction qui ne cherchât à connaître le monastère dont la renommée s'étendait au loin ; les parents venaient voir leurs filles ou leurs sœurs. Par cette sorte d'instinct qui rassemble les âmes d'élite, ajoute-t-il, les premières religieuses de Poitiers furent presque toutes des filles d'éducation polie et de race gauloise, car une grande ligne de démarcation séparait les habitudes, les penchants et les goûts des femmes de race franque, récemment amenées au christianisme, des femmes issues de race romaine. Presque tout ce que les Gaules renfermaient encore de familles distinguées, avait fourni au monastère de Poitiers une religieuse heureuse de vivre auprès de sainte Radegonde. Poitiers devint l'asile du malheur, et verra venir les filles des rois victimes des crimes de leurs pères (dont Galswinthe, persécutée par Frédégonde). :: Biographie de Radegonde - Partie 1/3 - Partie 3/3 |
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