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MARGUERITE de Provence
(née en 1221, morte le 21 décembre 1295) Épouse Louis IX le 27 mai 1234 Partie 1/4
En 1234 le roi Saint-Louis, fils de Blanche de Castille, avait presque vingt ans ; aucune faute n'était échappée à ses jeunes années ; on citait les traits de sa charité, son aptitude à étudier tout ce qui est utile à un roi ; le temps était venu où il allait tenir les rênes du gouvernement. Pourtant des accusateurs calomnieux lui prêtaient des maîtresses, l'accusant « de s'abandonner avec elles aux plaisirs les plus criminels », écrit dom Bévy dans son Histoire des inaugurations des rois. Quelques personnes se prétendant bien renseignées fournirent amples détails, déclenchant un scandale, tout Paris ne parlant que des orgies du roi. On raconta que Blanche, non seulement approuvait ces désordres, mais encore en était l'instigatrice. Un religieux faisant de vives réprimandes à la reine à ce sujet, s'entendit répondre qu'elle aimerait mieux voir mourir son fils, malgré
Blanche résolut de marier son fils, et envoya des religieux à la recherche de princesses nubiles qui devaient, écrit Guy Breton, remplir deux conditions : être vertueuses et n'être point trop jolies. Blanche, en effet, désirait que le jeune roi ne s'attachât pas excessivement à sa nouvelle épouse et qu'il ne tombât pas, à cause d'un minois trop gentil, dans les pièges de l'amour sensuel, c'est-à-dire dans le péché... La reine craignait en outre qu'une jolie femme ne prît sur le roi trop d'ascendant. Or elle voulait continuer à régner sur le cœur et l'esprit de son fils comme par le passé. Elle jeta les yeux sur Marguerite, l'aînée des quatre filles de Raymond Bérenger IV, comte de Provence. Son ambassadeur Flagens put lui dire ce que déjà la renommée racontait du mérite et de la modestie de la jeune princesse. Un poète provençal ayant composé, en l'honneur de celle-ci, des vers trop passionnés qu'il avait osé lire devant elle, elle s'était montrée sévère et avait demandé à son père l'exil du poète, qui avait été relégué à Hyères (il ne fut rappelé qu'après le mariage de Marguerite). Ce fait, raconté à la cour de France, n'y déplut pas. Blanche fit faire la demande en mariage par l'archevêque de Sens, Gautier, qui amena Marguerite en France et bénit l'union des époux dans la cathédrale de Sens, le 27 mai 1234. La jeune reine, âgée de treize ans et que Blanche trouvait trop ravissante, avait pris pour devise une guirlande entrelacée de lys et de marguerites, guirlande qui se retrouvait sur l'anneau nuptial, avec ces mots gravés sur la pierre en saphir : Hors Dieu et cest anel, n'ay point aultre amor ! La même devise était répétée sur l'agrafe du manteau royal. Ce mariage mit fin aux malheurs de Raymond, comte de Toulouse, car la reine-mère prit à tâche de le réconcilier à la fois avec Raymond Bérenger, qui lui faisait la guerre, et avec le pape Grégoire IX, qui consentit à rendre à Raymond VII le comtat Venaissin et le marquisat de Provence. Guy Breton rapporte les surprenantes premières nuits de noces des mariés. Conduite en grande pompe jusqu'à sa chambre, Marguerite de Provence se coucha et attendit son époux avec une impatience non dissimulée. Louis n'étant pas encore là deux heures plus tard, la jeune reine envoya une dame de sa suite s'enquérir de cette absence, qui lui apprit que le roi était à la chapelle, en prière. A l'aube, Louis n'étant pas venu, Marguerite s'endormit en pleurant. Le lendemain soir, nouvelle attente vaine. Le roi priait toujours. Le surlendemain, même chose. Enfin, le quatrième soir, Louis reçut de Blanche l'autorisation d'aller remplir ses devoirs d'époux : « Allez, dit-elle d'un ton aigre, et songez à votre descendance ! » Puis elle se plaça dans le couloir et attendit en faisant les cent pas. Quand les choses lui semblèrent terminées, elle entra dans la chambre nuptiale. « En voilà assez pour ce soir ! dit-elle. Maintenant, Louis, relevez-vous ! ». Et, sans un mot pour Marguerite, elle ordonna au roi d'aller finir la nuit tout seul dans une pièce voisine. Blanche vit Marguerite devenir peu à peu une femme éclatante de beauté, cultivée et fort gaie, dont Louis IX était très épris. Cette union fut une des plus heureuses et des plus illustres que célèbrent nos annales : Marguerite de Provence a été la femme respectée et chérie du saint roi ; elle a partagé ses périls ; elle a assisté à ses conseils ; elle s'est instruite à sa vertu et à sa piété ; son courage dans l'adversité a des droits à notre admiration. L'influence de Blanche de Castille se prolongeait au-delà de sa régence ; dans une occasion où le faible Thibaut se laissait encore entraîner à la révolte, il suffit d'un mot de la reine pour le faire rentrer dans le devoir : « Ah ! comte, lui dit-elle, il est mal à vous de guerroyer contre le roi ; il doit vous souvenir qu'il est venu lui-même pour vous défendre contre vos ennemis ». Le comte répondit : « Ah ! madame, je vous ai dit que ma terre et mon cœur sont à votre commandement, et ne puis faire autrement sinon comme vous voulez » Pierre Mauclerc même se vit forcé de rendre hommage à
La cour de saint Louis, pour être plus sévère que celle de Philippe-Auguste, n'était pas moins splendide. Le mariage de Robert, comte d'Artois, frère du roi, avec Mathilde de Brabant, attira plus de deux cents chevaliers, avec un nombre proportionné d'écuyers et de servants d'armes. A ces fêtes royales, succéda la solennité religieuse qui eut lieu pour la réception de la sainte couronne d'épines qui était alors entre les mains de Baudouin, empereur de Constantinople, et que Louis avait obtenue. C'est un jeudi, 18 août 1239, que le roi, les pieds nus, vêtu d'une simple tunique, alla recevoir la sainte relique à une demi-lieue de Vincennes, au milieu d'un immense concours de peuple, et d'un grand nombre de prélats et de seigneurs qui marchaient la tête découverte et les pieds nus. Le roi et son frère Robert portèrent la précieuse relique, d'abord à Notre-Dame où priaient les reines et le clergé, et de Notre-Dame à la chapelle de Saint-Nicolas, qui depuis, rebâtie et enrichie de dons et d'ornements par les soins de Louis et de sa mère, prit le nom de Sainte-Chapelle. Douce sécurité ! Heureux règne que celui où les solennités religieuses semblaient être devenues les seules affaires de l'État. Une terreur subite menaça cependant tette paix : le neveu d'Octaï-Khan, Batou, venait de remettre en cendres Moscou et Kiev, de dévaster la Pologne, depuis la Baltique jusqu'à la mer Noire, et on avait vu ses cavaliers courir à travers les plaines de l'Allemagne et de la Hongrie. Dans son effroi, Frédéric II écrivit à tous les rois de l'Europe pour les engager à se réunir à lui, car le péril regardait la chrétienté entière. A la lecture de cette lettre, la reine se jeta dans les bras de Louis IX : « O mon fils ! s'écria-t-elle, voici l'heure où tous les chrétiens vont tomber sous te tranchant du fer !... ». Et le roi de répondre à Blanche en essuyant les larmes de sa mère : « Prends courage, ma mère ; ces Tartares, venus de l'enfer, nous les y renverrons, ou ils nous mettront tous en paradis ». Mais les conquêtes de Baton et d'Octaï s'arrêtèrent aux rives du Dnièpre, et cette même année 1241, saint Louis, de concert avec sa mère, put s'occuper de soins plus paisibles. Jeanne, comtesse de Toulouse, élevée depuis 1229 sous les yeux de la reine-mère, était fiancée à Alphonse ; la majorité de son frère venue, saint Louis se fit un bonheur de le mettre en possession des états qu'il lui réservait, et tint à cette occasion une magnifique cour plénière à Saumur. C'est après ces fêtes, que le refus que fit le comte de la Marche (Hugues de Lusignan), de prêter hommage au nouveau comte de Poitiers, amena la campagne dans laquelle saint Louis défit, à Taillebourg et à Saintes, le roi Henri III ; on sait aussi quelle fut la modération du roi après la victoire. Tout ce qui regarde cette expédition (1242), et les deux années qui suivirent, ne laisse paraître le nom de la reine Blanche que dans les actes où son fils s'autorise toujours de l'avis de sa dame et mère chérie, l'illustre reine des François. Ce sont toujours des actes d'équité, une médiation, un règlement utile. Ces éloges sont dus à Blanche de Castille ; mais il faut également rapporter ce que nous dit le bon sénéchal Joinville de son inquiète surveillance sur le couple royal. :: Biographie de Marguerite de Provence - Partie 2/4 - Partie 3/4 - Partie 4/4 |
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