Biographies et portraits des reines, impératrices et régentes Notices biographiques sur les reines et épouses royales. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque reine et régente, impératrice, épouse de monarque, souverain. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer l'importance des reines, impératrices et régentes dans l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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Reines, impératrices, régentes
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CLOTILDE
(née en 475, morte en 545)
Épouse Clovis Ier (roi des Francs) en 493
Partie 1/4

:: AVERTISSEMENT
concernant cette chronique

Clotilde était jeune et belle ; la pureté de sa foi l'avait mise en renom parmi les populations chrétiennes de la Gaule. Cependant sa vie s'écoulait dans les larmes ; car elle et sa sœur Chrona restaient seules de toute leur famille, et là où elles avaient vu régner leur père elles étaient prisonnières. Les exercices pieux étaient la seule consolation qui leur fût laissée : Chrona avait pris le voile des vierges consacrées à Dieu ; Clotilde se livrait au soin des pauvres, heureuse de n'être pas persécutée dans sa foi ; car elle était catholique, et Gondebaud, son oncle, était arien.

A la mort de Gondeuch, troisième roi des Burgondes, les fils de ce roi s'étaient partagé son héritage. Chilpéric et Godomar avaient eu les cités de Vienne et de Valence, Godégisile régnait sur Genève, et Gondebaud sur Dijon ; mais Gondebaud voulait tout posséder. Peu de temps après le partage, tandis que Chilpéric et Godomar se livraient à la joie des festins qu'ils se donnaient mutuellement à Vienne, Gondebaud les surprit avec ses burgondes. Chilpéric fut saisi le premier,
Sainte Clotilde
Sainte Clotilde. Sculpture de
Jean-Baptiste-Jules Klagmann
(Jardin du Luwembourg, Paris)
il eut la tête coupée ; sa femme fut noyée dans l'Isère ; ses enfants, massacrés. Godomar qui avait eu le temps de se réfugier dans la tour de Vienne s'y défendait en désespéré ; Gondebaud fit mettre le feu à la tour ; toute la famille de Godomar périt dans les flammes. Gondebaud ne laissa survivre à ce massacre de ses frères et de ses neveux que les deux filles de Chilpéric, que, selon la coutume des rois barbares, il fit élever sous ses yeux.

Clotilde, nourrie dans le palais de son oncle, avait conservé dans toute sa vivacité le souvenir des scènes d'horreur dont son enfance avait été témoin. Son inimitié se fortifiait de la différence de religion et de la terreur qu'inspiraient aux catholiques les progrès de l'arianisme dans les Gaules. C'est dans de telles dispositions que vivait Clotilde, prisonnière, mais élevée comme la fille d'un roi, et libre à certains égards, car elle pouvait distribuer régulièrement des aumônes, et on ne la cachait point aux yeux des étrangers.

Gondebaud ayant reçu une ambassade de Clovis, Clotilde fut remarquée des députés. Ils rendirent témoignage au roi franc de la beauté de la jeune Clotilde, de la sagesse et de l'intelligence qui paraissaient en elle, et lui apprirent qu'elle était de sang royal. Toutes ces choses s'alliaient merveilleusement aux idées du roi, qui s'annonçait comme le fondateur de la puissance des Francs, et qui voulait la faire dominer dans la Gaule sur la puissance des autres nations barbares. Clotilde était catholique, et, comme telle, elle devait être aimée des populations gauloises que Clovis venait de soumettre. Les évêques, dont le roi désirait se concilier les suffrages, ne pouvaient voir cette alliance qu'avec plaisir.

Le moine moine Aimoin écrivait en l'an 1000 que le gaulois Aurélien, de race sénatoriale, chrétien de mœurs polies, fut chargé d'obtenir le double consentement de Clotilde et de Gondebaud. Il s'adressa d'abord à Clotilde. A l'heure où elle distribuait des aumônes à la porte intérieure du palais, elle remarqua un mendiant qui, s'étant approché d'elle, baisa le bas de sa robe, et la tira légèrement en lui disant à voix basse « Maîtresse, j'ai à vous parler. - Parle, dit Clotilde en s'inclinant. - Le roi Clovis désire vous épouser, et m'envoie ici pour demander votre consentement. En témoignage de la vérité de ma mission, voici l'anneau du roi. - Donne, répondit Clotilde ; dis à ton maître qu'il me fasse promptement demander à Gondebaud, et je serai sa femme. »

En retour de l'anneau, Clotilde donna à l'ambassadeur une pièce de monnaie. Aurélien, sans perdre de temps, alla à Genève trouver Gondebaud, qui, surpris et mécontent, mais n'osant irriter Clovis par son refus, dit à Aurélien : « Ma nièce consentira-t-elle à ce que tu demandes ? - Elle est prévenue, et elle y consent ; si tu consens aussi, je la mènerai au roi. - Mène-la,
La basterne vide que Clotilde a quittee
La basterne vide, abandonnée par Clotilde
répondit Gondebaud tout à fait désappointé. »
Aurélien retourna vers Clotilde. Des chars furent chargés des trésors qui formaient la dot.

Mais à peine Clotilde était-elle en route, qu'elle fut avertie que Gondebaud faisait courir à sa poursuite ; aussitôt elle quitte sa lourde basterne (char couvert qui était ordinairement tiré par des bœufs) et monte à cheval ; en peu de temps, elle a franchi les limites qui la mettent à l'abri des émissaires de son oncle. Aridius, qui avait conseillé au roi des burgondes de retirer malencontreusement son consentement après l'avoir donné, ne put saisir et rapporter au palais que les trésors de Clotilde, affirme Aimoin.

Le récit de Grégoire de Tours est plus simple. Selon lui, Clovis envoyant souvent des députés en Bourgogne, ceux-ci virent Clotilde. Témoins de sa beauté et de sa sagesse, et ayant appris qu'elle était du sang royal, ils dirent ces choses au roi Clovis. Celui-ci envoya aussitôt des députés à Gondebaud pour la lui demander en mariage. Gondebaud, craignant de le refuser, la remit entre les mains des députés, qui, recevant la jeune fille, se hâtèrent de la mener au roi. Clovis, transporté de joie à sa vue, en fit sa femme.

Signalons que les torts de Gondebaud, l'exil de Clotilde, la rancune qu'elle lui garde, sont, comme les négociations et les aventures d'Aurélien, du domaine de la poésie épique. On ne saurait les accepter pour le seul motif qu'ils présentent quelque vraisemblance (voir avertissement). L'histoire, d'ailleurs, vient ici à l'aide de la critique, en opposant un démenti formel à la tradition contestée. Il ressort en effet que ni Chilpéric, père de Clotilde, ni sa femme n'ont péri victimes de Gondebaud, et que par conséquent Clotilde n'avait aucune vengeance à tirer de son oncle. Non seulement aucun écrivain contemporain ne connaît ce prétendu meurtre, mais le témoignage de saint Avitus de Vienne, qui écrivit une lettre à Gondebaud, l'exclut formellement.

Le mariage se fit à Soissons en 493, et dès lors Clotilde ne cessa d'offrir ses prières à Dieu pour que son mari devînt chrétien. « Les dieux que vous adorez ne sont rien, répétait-elle souvent au roi ; car ils sont de pierre, de bois ou de métal ; les noms que vous leur avez donnés ne sont que des noms d'hommes et non de dieux ; ils possèdent plutôt la magie que la puissance divine, et ils sont souillés de vices à l'exemple de Jupiter même, qui avait épousé sa propre sœur, puisque Junon disait : Je suis la sœur et la femme de Jupiter. Le Dieu qu'on doit adorer est celui qui, par sa parole, a tiré du néant le ciel, la terre, la mer, et toutes les choses qui y sont contenues ; qui a fait briller le soleil, et qui a semé le ciel d'étoiles ; qui a rempli les eaux de poissons et les airs d'oiseaux ; à l'ordre duquel la terre se couvre de plantes, les arbres de fruits et les vignes de raisins ; qui a donné enfin à l'homme, son image, toutes les créatures pour lui obéir et pour le servir. »

Mais Clovis répondait : « C'est par l'ordre de nos dieux que toutes choses ont été créées et produites ; il est clair que votre Dieu ne peut rien ; bien plus, loin d'être Dieu, il est prouvé qu'il n'est pas même de la race des dieux. » Pour complaire à Clotilde, Clovis consentit cependant à laisser baptiser un fils qu'elle lui donna. La reine présenta elle-même au baptême son enfant premier-né ; pour que la majesté de la pompe religieuse touchât le roi, elle eut soin de faire orner l'église de voiles et de tapisseries ; mais dans la semaine même l'enfant tomba malade et mourut. « Si cet enfant avait été consacré au nom de mes dieux, dit Clovis, il serait vivant ; mais comme il a été baptisé au nom de votre Dieu, il n'a pu vivre. »

La reine ne se troubla pas ; elle répondit : « Je rends grâces au puissant créateur de toutes choses, de ce qu'il a ne m'a pas jugée indigne de voir associer à son royaume l'enfant né de mon sein ; car je sais que les enfants que Dieu retire du monde pendant qu'ils sont encore dans les aubes [vêtus de blancs], sont nourris de sa vue. » La colère de Clovis se calma peu à peu, et peu à peu aussi l'influence de Clotilde s'accrut ; la supériorité de son intelligence, nourrie par les méditations et les instructions religieuses, l'avaient rendue assez maîtresse du cœur de son époux pour que les chrétiens qui l'entouraient espérassent voir triompher sa persévérance.

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