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BRUNEHAUT ou BRUNEHILDE
(née en 543, morte en 613) Épouse Sigebert Ier (roi d'Austrasie) en 566 Partie 1/5
Tandis que trois des fils de Clotaire Ier, Caribert, Chilpéric Ier et Gontran, vivaient dans leur palais au milieu des scandales d'unions brisées ou d'alliances illégitimes, Sigebert Ier eut à dégoût la conduite de ses frères et manifesta hautement son mépris : « Il ne me convient pas, dit-il, d'appeler à la couche royale les filles de mes lites ; je veux, par une alliance avec la fille d'un roi, donner mon amour à une épouse qui soit digne de moi. » Il envoya des ambassadeurs au roi des Visigoths Athanaghild, qui tenait sa cour à Tolède, et qui avait deux filles : Brunehaut et Galswinthe. Un merveilleux renom de sagesse et de beauté accompagnait la réputation de Brunehaut. « C'était, dit Grégoire de Tours, une jeune fille de manières élégantes, belle de figure, honnête et décente dans ses mœurs, de bon conseil, et d'agréable conversation ». En la voyant, Sigebert s'applaudit de son choix ; la grâce des manières de Brunehaut, sa noblesse, son aimable entretien la lui rendirent chère. C'est en 566 qu'eut lieu ce mariage royal, célébré par les poètes et par les historiens comme le grand événement de l'époque.
Le poète suppose une contestation entre Vénus et l'Amour sur le mérite des deux époux ; l'Amour préfère Sigebert, qu'il appelle un autre Achille ; mais Vénus donne le prix à Brunehaut, et lui parle ainsi : « O vierge que j'admire et qu'adorera ton époux ! Brunehilde, le feu des pierreries cède à l'éclat de ton visage ; les nymphes des fleuves s'inclinent devant toi ; l'Espagne a mis au jour une perle nouvelle. » L'auditoire qui applaudissait à toutes ces belles choses, aurait paru bien étrange à quelque rhéteur romain. A la table royale, à côté de Brunehaut, parée d'or et de pierreries, se trouvaient les invités de Sigebert : les seigneurs de race gauloise, vêtus de pourpre et de fine laine, aux manières polies, au salut courtois ; les comtes francs, leudes de Sigebert, illettrés et se faisant gloire de ne savoir manier que leur épée, mais richement vêtus et portant les dépouilles des vaincus ; puis les chefs des vieilles tribus franques, des Allemands, des Baïwares, des Thuringes, et « de vrais sauvages tout habillés de fourrure, aussi rudes de manières que d'aspect », affirme Augustin Thierry dans ses Récits des temps mérovingiens. Au milieu des éclats d'une joie bruyante, lorsque le vin et la bière coulaient à longs flots dans les vases d'or et d'argent ciselés, dépouilles romaines qui ornaient la table des vainqueurs, si quelqu'un eût pu prévoir l'avenir, et se fût levé pour dire à cette jeune fiancée : « Cet époux qui te fait reine aujourd'hui, et qui est ton appui, mourra. Regarde : voilà tes sujets. C'est à ces hommes de tous les pays et de tous les caractères que tu auras à commander, seule, pendant la longue tutelle de tes fils ; il te faudra lutter contre eux tous, et ils te livreront à la fin. Le trône de fleurs où tu t'assieds, se changera pour toi en un siège laborieux, théâtre de continuels soucis, et tu en seras à la fin précipitée. Reine, ne te réjouis pas à cette heure, car de cette jeunesse brillante, tu arriveras par des jours malheureux à une vieillesse outragée, dont, par pitié, la voix qui te révèle l'avenir ne doit pas te dire le terme. » Si quelque révélation terrible eût répondu par ces menaces aux louanges du poète, Brunehaut se fût troublée, et elle eût demandé grâce, elle qui ne pensait qu'à régner ! Aucune voix ne se fit entendre alors, et plus tard Brunehaut n'écouta pas la parole salutaire de saint Germain qui lui aurait fait éviter de grands malheurs. Les premiers jours de son règne furent des jours de joie. La renommée s'en répandit au loin. L'influence de Brunehaut faillit changer la destinée de Chilpéric, ses habitudes, sa cour. Celui-ci vivait dans un désordre de mœurs qu'il ne prenait pas la peine de dissimuler. Ayant répudié sa femme Audovère, il avait promis à Frédégonde de l'épouser, mais le mariage de Sigebert avec Brunehaut l'inclina à épouser la sœur de Brunehaut, Galswinthe. Celle-ci ne s'accoutumant pas de l'humeur brusque et capricieuse de son époux Chilpéric, souhaita rejoindre sa famille. On la trouva morte en 568, vraisemblablement assassinée par un serviteur de Frédégonde. Sa mort laissa une profonde impression dans l'esprit des témoins de cette vie sacrifiée. A ses funérailles, qui furent solennelles, un incident singulier vint ajouter à cette impression douloureuse quelque chose de mystérieux : une lampe de cristal suspendue près du tombeau, se détacha subitement et étant tombée sur le pavé sans se briser, elle continua de brûler. On se sentit saisi d'une émotion religieuse, et on se racontait que plusieurs avaient vu le marbre fléchir sous la lampe et la recevoir comme aurait pu le faire une cire molle... La mort subite de Galswinthe, arrivée après les chagrins que lui avait causés le roi, ne pouvait être regardée par les amis de cette jeune reine que comme le résultat d'un crime. Sa sœur Brunehaut le dit hautement, et excita son époux à la venger. Sigebert demanda l'alliance de Gontran ; les deux rois étaient mus par des sentiments différents. Sigebert, sous l'influence de Brunehaut, voulait punir le coupable ; il ne reculait pas devant la pensée d'un fratricide. Gontran, ou plus calme, ou plus fidèle aux inspirations du christianisme, abandonna bientôt les projets de vengeance. Le rôle de médiateur lui parut plus beau. « Ne prenons pas les armes contre notre frère, dit-il à Sigebert ; si ta cause est juste, prends garde que la haine ne la rende inique. Au lieu de poursuivre Chilpéric sans lui laisser aucune relâche, accepte sa soumission. Nous convoquerons l'assemblée du peuple, et selon la loi nous demanderons pacifiquement la justice ; Chilpéric se soumettra, et nous n'aurons point répandu le sang de notre frère. » Sigebert céda à la sagesse de ces conseils ; mais il exigea que toutes les formalités des coutumes germaniques fussent rigoureusement suivies. En présence des rois Chilpéric et Sigebert, le mâl (Mâl-Berg, montagne du conseil : assemblées dont l'usage a été apporté de Germanie par les rois francs), présidé par Gontran, donna satisfaction entière à Brunehaut. Il prononça que les cités de Bordeaux, Limoges, Cahors, Béarn et Bigorre, que Galswinthe, sœur de la très-excellente dame Brunehaut, avait reçues à titre de domaine et de présent du matin, deviendraient immédiatement la propriété de la reine Brunehaut et de ses héritiers. Moyennant cette composition, la paix devait être rétablie entre Chilpéric et Sigebert, car le meurtre se rachetait à prix d'argent par les lois franques ; les personnes royales étaient exceptées, mais la composition ou don en satisfaction, entraînait la complète réparation de l'injure. Aussi les deux rois s'avancèrent l'un vers l'autre tenant à la main des branches d'arbre qu'ils échangèrent mutuellement et après avoir prêté serment. « Mon frère, dit Sigebert en présence des Francs, des hommes d'armes et d'honneur, convoqués selon la loi, sur les montagnes du conseil, je te donne à l'avenir paix et sécurité sur la mort de Galswinthe, sœur de Brunehaut. Tu n'auras plus à craindre de moi ni plaintes, ni poursuites, et s'il arrivait (ce qu'à Dieu ne plaise), que tu fusses inquiété par quelqu'un des miens, pour la composition que j'ai reçue de toi, cette composition te sera rendue au double ». :: Biographie de Brunehaut - Partie 2/5 - Partie 3/5 - Partie 4/5 - Partie 5/5 |
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