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BRUNEHAUT ou BRUNEHILDE
(née en 543, morte en 613) Épouse Sigebert Ier (roi d'Austrasie) en 566 Partie 5/5
Une guerre fratricide dont on ignore la cause réelle éclata entre Théodebert et Thierry. Pourchassant Théodebert jusqu'à Cologne, Thierry exigea qu'on lui livrât son frère, et son vœu fut rempli. On lui jeta du haut des murs la tête de Théodebert ; et, comme un soldat lui montrait le jeune fils de Théodebert, le roi fit un signe, et l'enfant, précipité au même instant, tomba sans vie au pied de la muraille. Frédégaire dit que Thierry ne tua pas son frère, mais qu'il le dégrada et l'envoya dans un monastère où Brunehaut le fit périr. Aimoin accuse la reine d'avoir excité Thierry au meurtre de Théodebert. Clotaire II, quand il vit l'un des frères tombé, quitta son attitude pacifique et entra, les armes à la main, dans les provinces que lui avait naguère prises le roi d'Austrasie. Thierry, en se préparant à combattre, fut atteint à Metz d'une dysenterie dont il mourut. La destinée de Brunehaut a quelque chose d'effrayant. Trois fois elle est régente, et trois fois il lui faut défendre le royaume de ses enfants et contre les ennemis qu'elle avait en Austrasie, et contre les rois de Neustrie. Cette dernière fois l'illégitimité de la naissance de ses quatre petits-fils rendait les circonstances plus difficiles encore. Sa prudence ne faillit point ; elle proclama les fils de Thierry ; elle fixa sa résidence à Worms ; elle envoya en Thuringe Albain et Warnachaire avec le jeune Sigebert II. Elle prépara tout, et pour s'assurer l'esprit des populations, et pour résister à Clotaire II, s'il persistait à attaquer l'Austrasie. Puis elle fit demander la paix à ce prince. « Dites à la reine, répondit Clotaire, que si elle veut la paix, je veux faire tous les chefs francs juges des droits de Sigebert. Qu'elle vienne à un plaid à Soissons ; quelle que soit la décision des chefs, je promets de m'y soumettre. » On savait que la naissance des enfants serait regardée comme un obstacle à leur autorité ; dès lors l'intention de Clotaire était manifeste, et la reine ne pouvait se laisser prendre à un tel piège. Loin de se rendre au plaid comme le roi de Neustrie l'y invitait, elle se prépara à la guerre et vint en Bourgogne, pour en suivre les mouvements. Warnachaire, maire du palais de ce royaume, y était avec le jeune Sigebert. Brunehaut ne savait pas que ce traître avait travaillé tous les esprits pour détacher les leudes de la cause royale. Il avait même promis de livrer la reine. Warnachaire montre un grand empressement et lève des troupes nombreuses, il offre le combat et promet la victoire ; mais à peine les armées sont-elles en présence que, à un signal donné, les soldats bourguignons se débandent, et se séparent ; Clotaire feint de les poursuivre ; mais en effet il attend patiemment le succès de la trahison de Warnachaire. Tous les fils de Thierry étaient à cette bataille ; ils cherchèrent vainement à échapper à leur ennemi ; Sigebert, Corbon et Mérovée furent arrêtés dans leur fuite. Clotaire massacra Sigebert II et Corbon, et envoya Mérovée dans un cloître : car il n'osait tuer celui-ci, qui était son filleul. Childebert, le quatrième des fils de Thierry, avait disparu, et l'histoire n'a rien recueilli sur sa destinée. Dans l'espoir de pallier l'horreur de sa trahison, le maire Warnachaire a publié que la reine voulait sa perte : Aimoin et Frédégaire racontent qu'une lettre de Brunehaut à Alboin (maire d'Austrasie), trouvée à demi déchirée par Warnachaire, apprit à ce seigneur que la reine devait le faire périr, et que la trahison ne fut pour lui qu'un moyen de pourvoir à sa propre sûreté ; c'est une des choses douteuses de l'histoire de Brunehaut : il serait injuste d'admettre sans examen contre cette malheureuse reine, le témoignage de ceux qui l'ont trahie et qui ont profité de ses revers. Après ce dernier malheur, Brunehaut fuyait accompagnée de sa petite-fille Theudelinde, qui lui resta fidèle, et qui, jusqu'à la fin, ne cessa de la soutenir et de la consoler. Elles étaient toutes deux parvenues jusqu'à Orbe après avoir franchi le Jura ; lorsqu'un des leudes d'Austrasie découvrit leur retraite, et livra la reine qui avait été sa bienfaitrice. Ce lâche se nommait Herpon. Clotaire II assembla un plaid de ses leudes de Neustrie, et se prépara à recevoir Brunehaut pour la juger. Cette femme courageuse parut devant son neveu revêtue de ses habits royaux ; sans doute elle voulut lui rappeler par là tous les titres qu'elle avait à son respect, puisque, reine de tant d'Etats, elle n'était devant lui que parce qu'elle avait été vaincue. On a dit qu'elle s'était parée dans l'espoir de séduire le cœur de Clotaire : son âge de près de quatre-vingts ans la défend contre cette ridicule accusation. Clotaire avait trente-cinq ans. Assis sur un trône élevé, il lui reprocha le meurtre de dix rois, et lui imputa tous les crimes commis depuis trente ans. « Reine, qu'espères-tu de Dieu et des hommes ? Tu viens ici souillée du sang de tes petits-fils [Corbon et Sigebert II, que lui-même venait de mettre à mort] ; c'est toi qui as conduit le poignard qui a percé le roi Sigebert [Sigebert Ier], notre oncle et ton époux [que Frédégonde avait fait assassiner devant Tournai] ; c'est Puis, sans laisser à la reine le temps de dire un seul mot, le fils de Frédégonde se tourna vers ses leudes : « Que vous en semble ? N'a-t-elle pas mérité la mort ? » Un cri unanime retentit : « Elle a mérité la mort ! elle a mérité la mort ! » Clotaire ratifia la sentence. Tous les leudes et le peuple ressemblés à Rionne, où se tenait ce plaid inique, assistèrent à l'humiliation de Brunehaut ; ni le rang, ni le respect dû à la vieillesse, ni cette grande infortune ne purent inspirer la moindre commisération. Pendant trois jours les bourreaux épuisèrent sur son faible corps tous les tourments dont on ne meurt pas ; puis ils l'attachèrent par dérision sur le dos d'un chameau ; la promenèrent dans tout le camp, exposée à la risée des soldats ; et, pour finir, on lia ses membres frémissants à la queue d'un cheval indompté qui la déchira sur les ronces. Elle expira dans ce dernier supplice... Fille, femme, sœur et mère de rois, reine puissante, dont le génie avait gouverné l'Austrasie pendant quarante-neuf ans ! Brunehaut a voulu la mort de Chilpéric ; elle y a poussé son mari ; c'est sa première faute et son premier crime : elle a détourné son petit-fils d'une alliance légitime, afin de conserver sans partage une force que sa vieillesse la rendait presque impuissante à exercer ; c'est un fait qui paraît prouvé. Mais à côté de ses fautes on trouve des qualités à louer. Brunehaut a montré du dévouement pour ceux qui servaient sa cause ; quand elle paraît au milieu du tumulte pour sauver un de ses leudes, son courage mérite d'être admiré. Son mariage avec Mérovée a été jugé diversement ; les uns l'ont blâmé comme une très grande faute, les autres l'ont regardé comme un trait d'habileté. Le résultat pour elle a été de la rendre à la liberté ; mais le scandale de cette union entre le neveu et la veuve de l'oncle, le peu de respect que la reine parut avoir de son veuvage, demeurent autant de taches. Mérovée paya de sa vie ce triste mariage ; toutefois ceux qui reprocheraient à Brunehaut de n'avoir pas secouru ce prince devenu son époux, comprendraient mal la position de la reine, entourée de leudes insolents qui avaient trop de prétextes pour colorer leur dureté et satisfaire leur orgueil ; ils se complaisaient dans l'humiliation de Brunehaut et repoussaient Mérovée en criant que son séjour était la perte de l'Austrasie. Brunehaut eut trois enfants avec Sigebert Ier : Ingonde (née en 567 et morte en 585) ; Chlodoswinthe (née en 569) ; Childebert (né en 570 et mort en 595) qui devint roi d'Austrasie, de Paris et de Bourgogne sous le nom de Childebert II. :: Biographie de Brunehaut - Partie 1/5 - Partie 2/5 - Partie 3/5 - Partie 4/5 |
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