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BRUNEHAUT ou BRUNEHILDE
(née en 543, morte en 613) Épouse Sigebert Ier (roi d'Austrasie) en 566 Partie 4/5
A travers mille peines et mille périls, Mérovée parvint à fuir jusqu'en Austrasie. Là il croyait voir ses maux finis ; mais Brunehaut était crainte des leudes et détestée des grands ; le conseil de régence s'était bien promis qu'il ne lui laisserait pas l'appui d'un mari et d'un roi étranger. Elle eut donc la douleur de ne pouvoir rien pour Mérovée. Non seulement les seigneurs austrasiens ne lui permirent pas de le recevoir comme époux, mais ils refusèrent opiniâtrement aux larmes de la reine et à ses prières réitérées de le laisser vivre en paix dans quelqu'un des asiles du royaume ; ils alléguaient le danger d'irriter Chilpéric. Mérovée dut reprendre avec une douleur amère le chemin qu'il venait de parcourir ; il entra avec quelques amis dans une ferme où, traqué comme une bête fauve, il comprit que sa dernière heure était venue. Alors, assailli par les plus sombres terreurs, des images de supplice et de tortures venant épouvanter son esprit, il voulut échapper par le suicide à ce dernier terme de la douleur. Il dit à son ami, le fidèle Gaïlen : « Mon frère, jusqu'à présent nous n'avons eu qu'une âme et qu'une pensée ; ne me laisse pas, je t'en conjure, à la merci de mes ennemis ; prends une épée, Gaïlen, et tue-moi. » Quand Chilpéric entra, il trouva son fils sans vie (577). Sans respect pour la mémoire de la victime, le roi fit saisir les amis du malheureux jeune homme, et il n'y eut pas pour eux de supplices assez cruels... Gaïlen eut les mains, les pieds, le nez et les oreilles coupés ; Grind expira sur une roue, Gaukil eut la tête tranchée. Pendant que de nombreux crimes aplanissaient les obstacles que Frédégonde pouvait avoir à redouter pour le succès de son ambition, la reine Brunehaut, par une administration prudente, triomphait peu à peu des difficultés de sa régence ; à mesure que son fils Childebert grandissait,
Après l'assassinat de Chilpéric en 584, les seigneurs neustriens reconnurent Clotaire II pour roi (alors âgé de quatre mois), avec l'appui de Gontran. La politique et les inclinations des Neustriens n'auraient pas reçu volontiers un roi d'Austrasie, et Childebert, qui venait avec des troupes pour s'assurer la possession de Paris, dut se retirer. Si ceci fut favorable à Frédégonde, celle-ci devait par la suite s'opposer à Gontran qui prit souvent plaisir à l'humilier, et Brunehaut, qui de son côté avait consolidé son alliance avec Gontran, veillait, soupçonneuse, à ce qui se passerait entre lui et l'épouse du défunt Chilpéric. L'administration de Brunehaut, pendant sa longue régence, a été marquée par des travaux qui lui ont mérité les éloges de Grégoire de Tours et ceux de saint Grégoire, pape ; elle a fait bâtir des églises, elle a construit en Lorraine des chaussées dont on retrouve les traces, et qui portent le nom de chaussées de la reine Brunehaut ; elle a favorisé de ses lettres et de son crédit l'introduction du christianisme en Angleterre, où la reine Berthe, fille de Caribert et femme d'Ethelbert, roi de Kent, accueillit saint Augustin l'apôtre de l'Angleterre. Saint Grégoire, dans une des lettres qu'il adresse à Brunehaut, la loue surtout des soins qu'elle avait donnés à l'éducation de son fils. Childebert avait des talents ; les mœurs de ce prince étaient chastes, on ne reproche à sa mémoire aucune cruauté ; cependant il restait parmi les leudes de l'Austrasie un grand nombre de ces hommes, dont l'insolence et l'ambition s'étaient manifestées au commencement de la régence de Brunehaut, et qui cherchaient à recouvrer leur puissance par le crime. Plusieurs conspirations avaient éclaté et avaient été déjouées ; le duc Rauking, détesté pour ses cruautés, avait été pris et mis à mort, lorsqu'il se forma un nouveau complot dans le but d'éliminer Childebert, qui fut découvert grâce à son épouse Faileube. Mais vainement Brunehaut avait déjoué cette conspiration. Childebert mourut à vingt-sept ans, en 595. La succession de Childebert II, qui amenait un partage entre les enfants, amena aussi une guerre contre Clotaire II, et la première bataille, livrée à Latofa près de Sens, fut à l'avantage de Frédégonde. Mais ce fut le terme des succès de cette femme audacieuse et cruelle ; elle mourut en 597 au retour de l'expédition, en proie aux douleurs d'une maladie aiguë, laissant son fils âgé de treize ans. Si Brunehaut se réjouit de la mort de sa rivale, malheur à elle, car le temps de sa propre puissance était passé. C'est ici l'époque de sa vie la plus difficile à apprécier ; Grégoire de Tours venait de mourir ; les historiens qui ont repris ses récits ont écrit sous l'influence des ennemis de Brunehaut, et ne peuvent mériter de créance. Aimoin a accusé la reine de la mort de Childebert et de celle de Faileube : Pasquier, dans ses savantes recherches, regarde cette imputation comme une calomnie, que le plus simple examen suffit pour réfuter. Frédégaire ne parle pas de poison. La seconde régence de la reine ne fut pas moins laborieuse que la première ; elle retrouva les leudes d'Austrasie aussi hostiles, et, à mesure que ses petit-fils grandirent, les leudes cherchèrent à les aigrir contre leur aïeule ; elle punit de mort le duc Wintrion, qui s'était livré à Clotaire II, mais la faction de ce duc survécut à la perte de son chef, et obtint facilement du faible Théodebert (fils de Childebert II) qu'il abandonnât son aïeule ; la malheureuse reine dut fuir en Bourgogne chez son autre petit-fils, Thierry II (Théodoric). On a dit que dans ce voyage, recueillie et gardée par un berger qui avait eu pitié de son infortune, elle en conserva de la reconnaissance, et l'éleva plus tard à la dignité d'évêque ; mais ce récit ne repose sur aucune preuve satisfaisante. Quoique mécontente de son petit-fils Théodebert, et de Bilichilde, femme de ce prince, Brunehaut était trop habile pour ne pas voir que la désunion des deux frères aurait servi la cause de la Neustrie ; elle engagea donc Thierry à s'unir avec Théodebert pour repousser Clotaire, et elle sut leur procurer l'alliance de Racarède, roi des Visigoths, auquel elle avait donné en mariage sa fille Ingonde. C'est à ces sages combinaisons qu'on dut la victoire de Dormelle, près de l'Ouane, qui enleva à Clotaire toutes ses conquêtes, les pays compris entre l'Océan, la Loire et la Seine, et ceux qui sont au nord de l'Oise. Mais Brunehaut avait plus de peine à se défendre des intrigues des seigneurs que des armes de ses ennemis. C'est surtout par l'accusation de mœurs dépravées qu'on a flétri la vieillesse de Brunehaut : nous le répétons, elle n'a eu pour historiens de ses malheurs, que des hommes tels que Frédégaire et le moine Aimoin, qui ont écrit l'un cent ans, l'autre quatre cents ans après la mort de cette princesse ; tout ce que Grégoire de Tours a écrit de la jeunesse et de l'âge mûr de Brunehaut dément ces imputations ; mais le véritable tort de la reine à cet égard, fut d'encourager les désordres de Thierry, qui résistait à toutes les instances des évêques qui le pressaient de choisir une reine. Un jour que Colomban, moine d'Irlande révéré par sa sagesse et sa sainteté, qui formait ses disciples à la vertu dans l'abbaye de Luxueil, allait rendre à la reine-mère dans son domaine de Bourcheresse, entre Châlons et Autun, Brunehaut mettant beaucoup d'empressement à le recevoir, lui amena les quatre enfants de Thierry II, qu'elle élevait avec une affectation de tendresse qui trahissait sa propre ambition. Elle se flattait de fléchir le saint qui avait sermoné Thierry ; mais son attente fut déçue. « Que me veulent ceux-ci ? » demanda Colomban en jetant un regard sur les enfants. « Ce sont les fils du roi qui viennent chercher ta bénédiction », dit Brunehaut. « Ils ne la recevront point, répondit le saint, et sachez tous qu'ils ne porteront jamais le sceptre royal, car ils sont de mauvaise et criminelle naissance ». Une si grande hardiesse inspira à Brunehaut le désir de restreindre l'autorité de la parole de ce moine puissant ; elle interdit aux religieux de Luxeuil la sortie de leur monastère ; aussitôt Colomban partit pour Espoisse , où était le roi, afin de lui demander la révocation de cet ordre contraire à ses vues religieuses. L'austérité de ses avis n'était pas la seule cause de l'irritation de Brunehaut. Elle s'était offensée de ce qu'il lui avait interdit, comme aux autres femmes, l'entrée de l'intérieur du couvent. Les efforts de Thierry pour faire fléchir Colomban furent vains, et le saint fut exilé. :: Biographie de Brunehaut - Partie 1/5 - Partie 2/5 - Partie 3/5 - Partie 5/5 |
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