Biographies et portraits des reines, impératrices et régentes Notices biographiques sur les reines et épouses royales. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque reine et régente, impératrice, épouse de monarque, souverain. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer l'importance des reines, impératrices et régentes dans l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois.
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BRUNEHAUT ou BRUNEHILDE
(née en 543, morte en 613)
Épouse Sigebert Ier (roi d'Austrasie) en 566
Partie 3/5

L'évêque savait toute la part qu'avait Brunehaut aux projets de vengeance de Sigebert : c'est pourquoi il lui adressait sa prière, sa plainte et sa menace au nom de la religion dont il était le ministre ; mais Brunehaut n'écouta rien ; elle se montrait impatiente de voir revenir son mari couvert du sang d'un frère. Sigebert, dans un même aveuglement, refusa d'ouvrir les yeux à la lumière ; à son retour de Rouen, ayant passé quelques jours à Paris, il n'en sortit que pour marcher en personne contre son frère.

Il partait en armes, entouré de ses cavaliers, avec leurs boucliers peints et leurs lances à banderolles. Il venait de faire un dernier salut à la reine et n'avait pas encore franchi les ponts de la cité : tout à coup il voit paraître l'évêque Germain qui venait à lui vêtu de ses habits sacerdotaux, et qui faisait un dernier effort pour empêcher le fratricide. Pâle et faible, l'évêque approche ; il saisit à la bride le cheval du roi, et, d'une voix inspirée, il dit : « Roi Sigebert, si tu pars sans intention de mettre ton frère à mort, tu reviendras vivant et victorieux ; mais si tu as une autre pensée, tu mourras ; car le Seigneur a dit par la bouche de Salomon : La fosse que tu creuses pour que ton frère y tombe, te fera tomber toi-même. »

Sigebert, sans répondre, dégagea doucement son cheval et passa outre. Saint Germain, le cœur pénétré de douleur, se vit forcé de rentrer au palais épiscopal. Le roi poursuivit sa course en nourrissant toutes ses espérances, tandis que Brunehaut, avec ses enfants, attendait dans l'exercice de sa pleine puissance les nouvelles de la marche triomphante de son époux.

En effet, cette route de Sigebert était un triomphe : à Vitry sur la Scarpe, il trouva des seigneurs neustriens qui venaient l'élever sur le pavois. Dans une plaine bordée des tentes de ceux qui n'avaient pu trouver de logement à Vitry, Sigebert, porté par des soldats sur un large bouclier, parcourut trois fois le cercle des Francs, qui le saluèrent par des acclamations de joie. Ainsi il était roi à la place de son frère, roi d'Austrasie et de Neustrie ; il recevait la couronne de Chilpéric avant d'avoir achevé de la lui enlever. Mais Chilpéric vivait enfermé dans Tournai, et auprès de lui Frédégonde, semblable à la lionne qu'on poursuit dans son repaire, frémissait de rage et de douleur.

Tandis que la reine d'Austrasie recevait dans Paris les agréables nouvelles de l'inauguration de son époux, des envoyés de Frédégonde avaient franchi la courte distance de Tournai à Vitry sur la Scarpe. Ils s'annoncent comme deux Francs-Neustriens qui viennent rendre hommage au roi Sigebert ; on les introduit ; Sigebert, sans défiance, et gracieux pour ses nouveaux sujets, donne audience à ceux-ci ; mais, en se baissant comme pour le saluer, les deux émissaires tirent les skramasax et percent le roi. Sigebert tombe en poussant un grand cri. Ainsi s'accomplissait la parole du saint qu'il avait dédaignée, lui jusque-là si pieux.

Cependant le cri du roi a appelé ses serviteurs ; son camérier entre le premier ; les meurtriers ne peuvent soutenir la lutte et succombent après des efforts inouïs ; mais tout était changé par cette mort. Frédégonde peut s'applaudir ; c'est au tour de Brunehaut à trembler. Brunehaut à Paris, veuve tout d'un coup, et au pouvoir de ses ennemis, que va-t-elle faire ? Sortir de Paris, pourra-t-elle gagner l'Austrasie ? Rester, quel sort lui réserve sa rivale ? Elle prendra le seul conseil dont cette situation désespérée lui permette de tenter le succès : avant toutes choses, elle cherchera à
Brunehaut faisant evader son fils Childebert
Brunehaut faisant évader
son fils Childebert
sauver son fils Childebert, l'unique héritier de Sigebert, ce jeune enfant qu'elle a amené si imprudemment avec elle, et que la mort d'un père livre à l'ennemi.

Un profond mystère enveloppe son projet ; elle le confie au seul ami qui soit resté près d'elle, au duc Gondovald. Dans le vieux palais impérial, jadis cher à Julien lorsqu'il revêtait la pourpre de César dans sa chère Lutèce, Brunehaut attend la nuit, et, de concert avec le duc, elle place son Childebert dans une corbeille, qu'à l'aide d'une corde elle fait lentement descendre le long de la vieille muraille. Gondovald a reçu l'enfant, mais, dans la crainte d'être découvert, il n'ose lui servir de guide, il le confie à des mains moins connues. Pour lui, il se contente de suivre de loin, et d'assurer par sa surveillance cette marche périlleuse de l'héritier des rois.

Tout a réussi au gré de ses vœux. Dès le cinquième jour, l'enfant est à Metz où sa présence fait trêve à la douleur publique. On oublie qu'on a perdu Sigebert en voyant son fils. Hier chaque leude assemblait ses guerriers, croyant l'épée de Chilpéric prête à se frayer un passage d'une extrémité à l'autre de l'Austrasie ; aujourd'hui on entoure ce jeune enfant, on l'élève sur le pavois, on salue son inauguration avec des transports de joie. L'Austrasie a un roi ; on lui forme à la hâte un conseil de régence ; les chefs, qui déjà se redoutaient mutuellement, les chefs se rallient autour d'un centre commun : si Chilpéric veut essayer d'entrer en Austrasie, toute l'Austrasie le repoussera. Le sort de Brunehaut même est moins incertain, car ses ennemis redouteront le fils qui devra la venger, et les leudes qui menaceront, si on maltraite leur reine. Brunehaut avait combiné ce plan sans que ni Frédégonde ni son mari en eurent le moindre soupçon.

Arrivé à Paris, Chilpéric se hâta de prendre le trésor que Brunehaut avait apporté d'Austrasie, lui en laissa une faible partie et exila cette princesse à Rouen en la séparant de ces deux filles, Ingonde et Chlodoswinthe, qu'il envoya à Meaux. Brunehaut s'ingéniait à chercher les moyens d'arriver à sortir d'exil, lorsqu'elle vit paraître Mérovée (fils de Chilpéric et de sa première épouse Audovère) qui avait tout bravé pour venir auprès d'elle. Le père du jeune prince l'avait chargé d'une expédition pour s'assurer des villes tant de fois prises et reprises, don du matin de la triste Galswinthe, que Sigebert avait reconquises avant de mourir. Mais Mérovée s'était contenté d'entrer à Tours pour célébrer, disait-il, les fêtes de saint Martin ; puis, ayant formé à la hâte un trésor, il avait prétexté une visite qu'il voulait faire à sa mère Audovère au Mans, et du Mans l'imprudent avait couru à Rouen.

Au bout de quelques jours, la veuve de Sigebert et le fils de Chilpéric s'étaient promis de s'épouser. Une haine commune les unissait contre Frédégonde. Grâce à Prétextat, l'évêque de Rouen, Mérovée put épouser Brunehaut, mais Chilpéric récupéra vite ce fils que Frédégonde ne tarda pas à accuser de la tentative de rapt dont elle fut victime dans le même temps. Et par un contraste assez bizarre, c'est aux soupçons qui perdirent Mérovée, que Brunehaut dut la liberté ; en même temps que Chilpéric effrayé enleva à son fils toute espèce d'armes et le fit garder à vue, il accueillit le message des seigneurs austrasiens qui venaient au nom de leur jeune roi désavouer l'entreprise tentée sur Soissons, et demander le retour de leur reine. Heureux de se délivrer de la présence d'une femme habile en intrigues, et qui, en si peu de temps, avait déjà su se faire un appui du fils même du roi, Chilpéric donna la liberté à Brunehaut, mais sans lui rendre son époux. Il lui permit seulement d'emmener ses filles ; elle quitta en toute hâte la terre fatale de Neustrie, tandis que Mérovée, privé de son bouclier et de son épée, vivait dégradé dans le palais de son père.

Au bout de quelques mois, l'arrêt de ce prince, dicté par Frédégonde, fut prononcé par le roi. Il fallut que le fils d'Audovère et l'époux de Brunehaut laissât couper sa chevelure. C'était pour un prince franc perdre tous ses droits au trône, au moins jusqu'à ce que les cheveux eussent repoussé. Afin de lui ôter à jamais la possibilité de régner, on annula son mariage et on le fit ordonner prêtre malgré lui, au mépris des canons de l'Église ; puis, dans un équipage peu conforme à ses goûts, le prince, vêtu de l'habit romain devenu le costume du clergé, monta à cheval pour aller au Mans. Sa mère y était religieuse, victime de Frédégonde ; le fils allait dans une communauté de prêtres et de moines se former aux habitudes de la vie ecclésiastique. Mais la rage était dans son cœur. Comme il avait encore des amis, son bonheur, du moins le bonheur du moment, permit que l'un d'eux, Galien, vînt assaillir la petite escorte du prisonnier et le délivrer.

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