Biographies et portraits des reines, impératrices et régentes Notices biographiques sur les reines et épouses royales. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque reine et régente, impératrice, épouse de monarque, souverain. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer l'importance des reines, impératrices et régentes dans l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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Reines, impératrices, régentes
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BRUNEHAUT ou BRUNEHILDE
(née en 543, morte en 613)
Épouse Sigebert Ier (roi d'Austrasie) en 566
Partie 2/5

Cinq années passées dans la paix n'éteignirent ni le ressentiment de Brunehaut, ni le mécontentement de Chilpéric qui regrettait amèrement ses bonnes villes, et pour qui la soumission apparente qu'il avait faite devant le mâl n'avait été qu'une ruse pour gagner du temps. Tout à coup, au bout de cinq ans, croyant l'heure venue, il médite l'attaque de ces villes qu'il a données, et il envoie devant Tours le prince Clovis, le plus jeune des fils qu'il avait eus d'Audovère ; Clovis entre sans résistance à Tours et à Poitiers. Sigebert, qu'indigne cette trahison, en confère avec Gontran ; celui-ci fait marcher contre Clovis l'habile Mummolus qui reprend la ville de Tours avec autant de facilité que Clovis l'avait enlevée, et qui fait prêter serment de fidélité pour le roi Sigebert : il défait ensuite le jeune prince près de Poitiers et retourne auprès de Gontran. Bordeaux est de même pris et repris : pris par Clovis qui y exerça pendant deux mois l'autorité de roi, et repris par un serviteur de Brunehaut qui gardait pour elle la marche d'Espagne.

Alors Chilpéric, outré de chagrin et de dépit, commença une guerre qu'il voulait rendre décisive, et où les deux frères voulaient la vie l'un de l'autre. Vainement le prudent Gontran chercha-t-il à les apaiser en assemblant un synode ecclésiastique, Chilpéric refusa de s'y soumettre ; son fils Théodebert fit une guerre de sauvage en Touraine et en Poitou : les habitants, effrayés du pillage de leurs biens et de l'incendie de leurs maisons, se soumirent ; Tours, Poitiers, Limoges, Cahors furent de nouveau enlevées en cinq mois dans la même année ; prises par Chilpéric, reprises par Sigebert, enlevées encore par Chilpéric.

Grégoire de Tours s'écrie à la vue des désordres de ce temps : « Qu'il est pénible pour moi d'avoir à raconter cette multitude de guerres civiles qui ont si longtemps déchiré la nation des Francs ! » Il raconte que Chilpéric « dévasta, désola Limoges, Cahors et toutes ces provinces, brûla les églises, interrompit le service de Dieu, tua les clercs, détruisit les monastères d'hommes, insulta ceux de filles, et ravagea tout. Il y eut en ce temps un plus grand gémissement qu'au temps de la persécution de Dioclétien ».

Après un accord de paix conclu en 574 entre Chilpéric et Sigebert, ce dernier revint dans son palais de Metz, se reposant sur les bons effets de sa générosité, mais Brunehaut n'était pas satisfaite : elle voulait la mort de Chilpéric ; elle blâmait son époux, le roi d'Austrasie, de la clémence qu'il avait montrée, et lui répétait sans cesse que cette grandeur d'âme serait perdue avec un homme tel que le roi de Neustrie. Elle jugeait bien. Gontran, que la puissance de Sigebert mettait en défiance, reçut au printemps un message de Chilpéric qui lui disait : « Que mon frère vienne avec moi, voyons-nous et poursuivons notre ennemi Sigebert. »

Les deux rois s'unirent, et dès l'année 575, moins d'un an après le traité où Sigebert s'était montré si généreux, Chilpéric fit de nouveau attaquer les cinq villes naguère données à Galswinthe, et devenues une pomme de discorde entre les petits-fils de Clovis Ier. Brunehaut, dont la vengeance avait été longtemps comprimée, usa de tout son crédit sur Sigebert pour ne lui laisser aucun repos qu'elle ne lui eût inspiré un plan ferme, assuré, qui devait aboutir à la mort du coupable. La colère de Sigebert était légitime ; mais Brunehaut abusa de son pouvoir pour le pousser jusqu'au fratricide.

C'est alors que commença dans son effrayante activité la lutte des deux reines, Frédégonde et Brunehaut. Chacune haïssait l'autre de toute l'ardeur de ses ressentiments. Chacune voulait la mort de sa rivale, la mort de l'époux, des enfants, de tout ce qui pouvait être cher à l'autre. Et cette haine était arrivée à un degré où, l'action une fois engagée, le crime devenait imminent ; c'est par le crime que chacune défendait sa vie.

Le drame qui se préparait jeta l'épouvante dans tous les esprits ; les évêques, les princes, les peuples s'émurent : c'était la lutte de la Neustrie contre l'Austrasie, car les Neustriens sentaient que Sigebert, poussé à bout, et sorti une fois de la générosité et de la droiture de son caractère, était résolu à tout pour assurer le succès de son dessein. Il commença par un sacrilège. Le serment le plus saint, fait sur les reliques, empêchait l'un des frères d'entrer à Paris sans le consentement des deux autres. En temps de guerre, Paris restait neutre, comme un séjour inviolable. C'était une convention faite lors du partage du lot de leur frère Caribert, mort en 567. Sigebert crut utile à ses projets de s'assurer Paris. Il osa y entrer malgré son serment, et, pour Sigebert, c'était un acte réfléchi dont il assumait volontairement les suites sur sa tête.

De Paris il envoya deux Austrasiens lever des subsides et des troupes dans les terres de son lot : tout lui réussit ; ces deux hommes vainquirent et tuèrent Théodebert, fils de Chilpéric. Le corps de ce prince serait resté sans sépulture, si un riche Austrasien n'eût pris le soin de le faire ensevelir dans la ville d'Angoulême. En voyant le succès de Sigebert, Gontran abandonna Chilpéric, et celui-ci se jeta dans Tournai avec sa femme et ses enfants ; il se voyait sans ressources et se regardait comme perdu.

Cependant le siège épiscopal de Paris était occupé par un homme de sainteté et de vertu dont le corps débile renfermait une âme courageuse ; sa mission était de dire la vérité aux rois. Saint Germain voyait la haine qui s'était allumée dans le cœur de Sigebert, et il frémissait de la pensée d'un fratricide ; mais autant l'homme de Dieu mettait de zèle à prévenir le crime, autant Brunehaut mettait de persévérance à l'accomplir. Déjà, dans son orgueilleux espoir, elle se voyait reine de Neustrie ; tout semblait concourir à ses vœux : les Neustriens venaient de s'offrir volontairement à l'obéissance de Sigebert.

Tandis que son époux allait à Rouen pour répondre à de si flatteuses prévenances, Brunehaut accourait d'Austrasie pour faire une entrée triomphante à Paris. Toutes ses richesses, son or, ses bijoux, ses vêtements royaux, elle les apporta avec elle ; elle amenait aux Neustriens ses deux filles Ingonde et Chlodoswinthe (Clodesinde), et son fils Childebert, âgé de cinq ans. Sa beauté, sa grâce, la manière vraiment royale dont elle portait la couronne, la firent admirer de la population gauloise, qui, plus que dans toute autre ville, se maintenait, à Paris, pure de mélange avec les Francs.

Le clergé, les fils des anciennes familles sénatoriales vinrent en foule pour la saluer ; elle jouit de ces honneurs rendus à son rang et à l'impression que faisait sa dignité presque impériale. Mais le soir même de ce jour de triomphe, on lui remit, au nom de l'évêque, une lettre qui lui donnait de grands avertissements. Saint Germain s'excusait de n'avoir pu aller au-devant de la reine ; une maladie grave le retenait sur un lit de douleur : « Mais, disait-il, il ne pouvait garder le silence dans une occasion si solennelle ; et il désirait s'adresser à la piété de la reine pour la supplier de calmer la colère du roi son époux et de ne pas poursuivre la vengeance jusqu'à la mort de Chilpéric. C'est une victoire sans honneur, dit-il, que de vaincre son frère. Nous lisons que la reine Esther fut l'instrument de Dieu pour le salut de tout un peuple. Reine, faites éclater votre prudence en détournant le roi Sigebert d'une entreprise condamnée par les lois divines... O reine, vous aurez pour vous, dans une si juste cause, le ciel et les hommes. Celui qui mettrait de côté l'amitié fraternelle, qui mépriserait les paroles d'une épouse, qui refuserait de se rendre à la vérité, celui-là, tous les prophètes élèvent la voix contre lui, tous les apôtres le maudissent, et Dieu le jugera. »

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