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BLANCHE de Castille
(née le 4 mars 1188, morte le 27 novembre 1252) Épouse Louis VIII le 23 mai 1200 Partie 1/6
Fille d'Alphonse VIII le Noble, roi de Castille, et d'Aliénor d'Angleterre, elle-même fille du roi Henri II d'Angleterre et d'Aliénor d'Aquitaine, Blanche de Castille est donc la petite-fille de celle qui fut, par son mariage avec Louis VII le Jeune, reine de France, puis reine d'Angleterre en épousant le Plantagenêt. L'idée de marier Blanche avec le futur Louis VIII (Philippe-Auguste régnait alors sur le royaume de France) vint d'Aliénor d'Aquitaine, qui voyait ainsi ses descendants occuper trois trônes : Angleterre, France, Castille. La négociation du mariage du fils de de Philippe-Auguste avec Blanche de Castille fut le dernier acte politique de la vie d'Aliénor, qui voulut elle-même se charger d'aller à la cour d'Alphonse le Noble, conclure cette union et ramener la jeune princesse. On cite quant au choix de Blanche une anecdote : Alphonse roi de Castille avait trois filles, dont l'aînée était mariée au roi Léon. Les deux plus jeunes, célèbres par leur mérite et par leur beauté, furent vantées devant Philippe-Auguste, qui envoya à Alphonse une brillante ambassade pour y demander la main d'une de ses filles. Les ambassadeurs voyant les deux princesses également belles, également bien douées, ne pouvaient se résoudre à faire un choix. Ils allaient s'en remettre au hasard, quand ils firent la remarque que la plus jeune nommée Blanche avait un nom plus doux à prononcer que celui de sa sœur, qui s'appelait Uracca, et ils se décidèrent en sa faveur. Qui aurait prévu, à l'heure du divorce de Louis le Jeune en 1152, qu'un jour la France devrait la mère de Saint-Louis aux soins d'Aliénor d'Aquitaine ! Lorsque la vieille reine traverse en plein hiver 1200 la France en tenant par la main Blanche de Castille, à la voir, appuyée sur cette jeune tige destinée dans les décrets de la Providence à pousser de si nobles rejetons, ne semble-t-il pas qu'elle vient militer son pardon, et qu'en donnant à la France
Le 23 mai 1200, l'archevêque de Bordeaux reçut le consentement matrimonial de Louis, âgé de treize ans et fils aîné de Philippe-Auguste, et de Blanche, âgée de douze ans. La cérémonie du mariage eut lieu en Normandie, fief du roi d'Angleterre, car le royaume de France avait été placé sous interdit par le pape Innocent III depuis le début de l'année (Philippe-Auguste ne voulant pas répudier Agnès de Méranie pour reprendre son épouse légitime, Ingeburge de Danemark qu'il tenait emprisonnée depuis 1193). Les chroniques de Saint-Denis qualifient Blanche de « très sage, très belle, très bonne et très franche ». Les peuples de France virent encore une fois la reine Aliénor assise dans les lieux où elle avait régné ; elle y servait de mère à la jeune épouse, et elle y appelait son fils ce roi Dieudonné (Philippe-Auguste) accordé aux prières de Louis le Jeune. Ce n'était pas la première fois qu'Aliénor paraissait à la cour de Philippe-Auguste ; elle y était venue en 1199 pour lui prêter hommage comme duchesse d'Aquitaine ; elle n'y reparut point depuis les noces de Blanche. Philippe-Auguste s'attacha à cette jeune princesse dont l'agrément et la grâce animaient sa cour et égayaient son humeur. L'âge développa les qualités de Blanche ; Philippe put remarquer en elle un esprit si juste, que souvent il prit plaisir à la consulter. Quelquefois elle le fit revenir sur des décisions qui paraissaient irrévocables. En septembre 1216 les Anglais, las de Jean sans Terre, avaient offert la couronne au futur Louis VIII. Mais lorsque Jean sans Terre mourut le 18 octobre 1216, les Anglais reconnurent le fils de ce prince, Henri III, enfant âgé d'à peine dix ans ; et le futur souverain français, qu'ils avaient appelé et qui n'avait gardé que six semaines un trône dont l'esprit national l'aurait banni, lors même que la mort de Jean ne fût pas survenue, se trouva en difficulté lorsqu'il voulut résister. Manquant de secours, il en demanda à son père Philippe qui ne voulut point lui en donner. Blanche se présente à son beau-père, et le supplie en faveur de son mari : « Comment, Sire, vous laisseriez votre fils mourir en terre étrangère ? Il sera votre héritier, envoyez-lui ce dont il a besoin ou tout au moins les revenus de son apanage », à quoi le monarque répondit qu'il n'en ferait rien. Aussi Blanche rétorqua-t-elle : « Alors, je sais ce que je ferai ». Le roi l'interrogeant sur ses desseins, elle répondit : « Par la benoîte mère de Dieu, j'ai biaux enfans de Monseigneur, et si vous me voulez éconduire, je les mettrai en gage et je trouverai bien quelque haut seigneur qui me baillera hommes et argent sur eux ». Philippe céda. Sans avoir eu besoin de recourir à ce moyen, Blanche se rendit à Calais et, en compagnie du célèbre pirate Eustache le Moine, organisa une flotte de secours pour son époux, ce qui constitua sa première manifestation d'énergie et d'autorité. Cependant Eustache le Moine fut battu par la marine anglaise, et Louis dut revenir en France, abandonnant l'espoir de régner sur l'Angleterre. Mère de très bonne heure, Blanche remplit les devoirs de la maternité dans toute leur étendue. Le troisième de ses fils fut saint Louis. Comme elle venait de le mettre au monde (25 avril 1214), elle s'étonna de ne pas entendre les cloches. « Dame, lui dit-on, les gens d'église ont eu peur que le bruit des cloches ne vous fît mal ! » La jeune mère s'écria : « N'est-ce que cela ? Mettez-moi vitement hors d'ici, et que les cloches tintent pour inviter tout le peuple à se réjouir, et pour remercier Dieu de ce qu'il m'a envoyé un beau fils » Et elle se fit transporter dans une grange éloignée. Elle avait pris soin de faire baptiser immédiatement son fils. Le lieu où il avait été fait chrétien demeura cher à saint Louis, qui aimait à en reproduire le souvenir dans ses lettres à ses amis, en signant : Louis de Poissy. Blanche nourrissait elle-même ses enfants. Un jour qu'elle accompagnait son époux dans une partie de chasse, une dame du palais donna son propre lait au futur saint Louis, pensant se rendre agréable à la reine ; mais Blanche, à son retour, fit rendre à l'enfant tout le lait étranger qu'il avait sucé : « Je suis sa mère, dit-elle, et nulle autre femme ne doit le nourrir ». Elle apportait la plus grande vigilance aux progrès intellectuels de ses fils.
Louis le Lion avait trente-sept ans quand il monta sur le trône (1223). Le 6 août, l'archevêque de Reims, Guillaume de Joinville, présida le sacre du roi et son couronnement, ainsi que celui de son épouse. Presque aussitôt Louis prit les armes contre les Albigeois : Philippe-Auguste l'avait prévu et on lui avait entendu dire, dans ses derniers jours, ces paroles devenues prophétiques : « Les gens d'église entraîneront mon fils dans la croisade contre les Albigeois ; il y mourra, et le royaume restera entre les mains d'une femme et d'un enfant ». Louis VIII, cependant, ne prit aucun engagement en partant : « J'irai, dit-il, en la guerre, et je viendrai comme il me plaira ». Les documents royaux de l'époque citent peu la reine qui ne participa pas à l'expédition mais suivit, de Paris, les événements, et organisa prières et processions en vue de la victoire. Dans le même temps, les chroniques de l'ennemi la présentent comme la maîtresse du royaume. En fait Blanche soutint son époux, le réconfortant et le conseillant, sans détenir la réalité du pouvoir. C'est au cours de cette guerre que commencèrent les révoltes des seigneurs, qui devaient plus tard amener les troubles de la régence de Blanche. Thibaut IV, comte de Champagne, fut le premier à manifester ouvertement son indépendance. On a dit cependant qu'il aimait la reine Blanche ; il l'avait nommée sa dame et il portait ses couleurs. Chaque chevalier avait une dame de ses pensées, et il n'était point de noble châtelaine distinguée par la beauté ou par l'esprit, qui ne vît plusieurs chevaliers briguer l'honneur de porter ses couleurs. Thibaut avait vingt-six ans, la reine en avait près de quarante, mais le comte se plaisait en la science des trouvères, la renommée de ses poésies lui a laissé le surnom de Chansonnier, et c'est à Blanche qu'il adressait ses plus tendres complaintes :
Tout en faisant ces jolis vers, Thibaut ne partageait pas moins les inquiétudes des grands vassaux sur l'accroissement de l'autorité royale depuis Philippe-Auguste. Engagé, dit-on, avec Pierre Mauclerc, duc de Bretagne et avec Hugues de Lusignan, il manifesta sa mauvaise volonté, en refusant de rester à l'armée au-delà de quarante jours de service féodal. « Beau cousin, lui dit le roi, vous voyez qu'il s'agit du service de l'église et que j'ai besoin de vous et de vos gens ; je ne puis vous bailler congé de partir ». Le comte répondit : « Beau sire roi, j'en suis fâché, mais mes gens sont las et repus, et je ne puis plus longuement rester ». :: Biographie de Blanche de Castille - Partie 2/6 - Partie 3/6 |
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