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BLANCHE de Castille
(née le 4 mars 1188, morte le 27 novembre 1252) Épouse Louis VIII le 23 mai 1200 Partie 3/6
Mais elle avait un nouvel ennemi en Philippe de Hurepel qui, depuis l'hommage de Thibaut, ne cessait d'appeler à la vengeance ; il publiait que sa belle-sœur oubliait son mari avec le traître qui avait empoisonné Louis VIII, et que le devoir des seigneurs était d'enlever au plus tôt le jeune roi à une tutelle pernicieuse. Quand on lui objectait que le comte était absent lors de la maladie de Louis VIII, il répondait : « Si ce n'est par poison véritable, c'est par ses maléfices qu'il a fait périr son seigneur ». La calomnie croît rapidement. Il se trouva assez d'esprits mal disposés contre la régente pour accueillir celle-ci : elle servait d'ailleurs bien des ambitions. II se forma une conjuration dont le plan était bien ourdi : les conjurés enlèveraient le roi à Orléans, feraient la reine prisonnière, et disposeraient ensuite de la régence. Heureusement la reine est avertie ; elle quitte Orléans pour conduire son fils à Paris ; mais à Montlhéry, elle apprend que l'armée des confédérés est réunie à Corbeil et prête à fondre sur le peu de personnes qui formaient la suite du roi. Blanche s'enferme au château-fort de Montlhéry, et de là elle écrit aux bourgeois de Paris, en les conjurant de venir la délivrer, elle et son fils. La reine était aimée à Paris, les bourgeois s'arment, et viennent en foule chercher le jeune roi qu'ils ramènent en triomphe sans que les rebelles osent troubler son retour. Dans la suite de son règne, le bon roi se complaisait à rappeler ce témoignage de l'amour de ses sujets. « Et me conta le saint roi, dit Joinville, que il, ni sa mère qui étoient à Montlhéri, ne bougèrent jusques à tant Cependant les confédérés s'étaient séparés en se prêtant mutuellement le serment de n'amener que deux chevaliers chacun, quand ils viendraient faire le service de leur fief auprès du roi. La reine ignorait ce pacte secret ; au printemps 1228, le roi (car tous les actes se faisaient en son nom, Blanche évitant d'y mettre le sien) convoque l'arrière-ban contre le duc de Bretagne qui se révoltait de nouveau, et Blanche s'avance avec son fils jusqu'aux frontières de la Bretagne ; mais quel est son effroi, lorsqu'au lieu de la pompe féodale que les seigneurs déployaient ordinairement dans leurs armements, elle voit chaque baron se présenter comme un pauvre gentilhomme, avec le moins de vassaux que le permettait la coutume. Thibaut la sauva ; il amenait trois cents chevaliers : ce fut assez pour rendre l'espérance aux barons qui accompagnaient la reine ; mais encore cette fois les armées se séparèrent sans avoir bataillé. Cependant la ligue ne cessait de travailler à détacher Thibaut de la cause de la reine, et le comte se laissa séduire par l'alliance que lui offrait le comte de Bretagne, en lui promettant sa fille Yolande (naguère presque promise à un frère de Louis) ; déjà Yolande, amenée par ses parents à Château-Thierry, y attendait le comte, lorsqu'une lettre de la reine rompit le mariage. « Sire comte de Champagne, dit-elle, le roi a entendu que vous avez convenanté au comte Pierre de Bretagne, que vous prendrez sa fille en mariage ; si cher que vous avez que tous tant vous avez au royaume de France, ne le faites pas. Si vous mande le roi que si ne voulez perdre quelconque que vous avez au royaume de France, que vous ne le faites ; car vous savez que le comte a pis fait au roi que nul homme qui vive ». Thibaut ne savait point résister à une prière de Blanche ; il renonça à son alliance avec la Bretagne, et de nouveau les barons perdant, dit la chronique, l'espérance de « fouler la reine qui étrange femme étoit », renouvelèrent leurs calomnies. C'étaient de toutes parts des invectives contre Blanche et contre le comte de Champagne qu'on nommait l'empoisonneur du roi. Philippe de Hurepel s'étant déclaré derechef le vengeur de son frère, menaça les terres du comte de Champagne, tandis que le comte de Bretagne menaçait la ville de Bellême, dans le Perche, et faisait dire à Louis : « Je ne suis plus votre homme et je vous défie ». Au milieu de l'hiver de 1229, la reine, accompagnée du comte de Champagne, et toujours conduisant le jeune roi, vint assiéger Bellême, qui capitula au bout de quatre-vingt-dix-neuf jours. Dans ses Histoires d'amour de l'Histoire de France, Guy Breton rapporte que quelques jours plus tard, Blanche ayant amené Thibaut au Louvre, les habitués remarquèrent dans l'attitude de la reine un changement qui les étonna. On fit courir des plaisanteries grivoises dont tout le palais se régala. Les ennemis de la Couronne profitèrent de l'occasion pour salir Blanche de Castille. Des pamphlets coururent le pays. On traita la reine de débauchée et de sournoise. Des poètes allèrent jusqu'à la baptiser Dame Hersent, du nom de l'impudique et dévote femelle d'Ysengrin (le loup) dans le Roman de Renart. Puis un trouvère à la solde des barons, Hues de la Ferté, cousin d'Enguerrand de Coucy, composa des chansons pleines de fiel que tout Paris sut bientôt. Sans preuve, il accusait Thibaut de Champagne d'ingérence dans les affaires de l'État, et soupirait :
Le service qu'avaient rendu des barons fidèles en apparence, n'était pas fait de bon cœur ; nul ne voulait obéir à la régente : quand ils eurent accordé au roi les quarante jours qu'ils lui devaient, ils le quittèrent presque tous, et, n'osant guerroyer contre la régente et son fils, ils attaquèrent Thibaut, et entrèrent en Champagne par tous les points à la fois. Blanche n'abandonna pas son allié dans ce péril ; elle lui amena tous les chevaliers du domaine royal et les bourgeois des communes de France, réunies au nom du roi. L'arrivée de l'armée royale déconcertait les alliés, car ils ne voulaient pas faire ouvertement la guerre à leur suzerain ; Louis IX les ayant sommés de lever le siège de Troyes, de quitter la Champagne, et de se séparer, ils répondirent : « Plaise au sire roi, notre seigneur, être bien assuré que nous ne voulons nous attaquer à lui, car nous sommes ses hommes ; mais il connaît notre dessein, il doit l'approuver ; chacun sait que le comte Thibaut, par ses maléfices et sortilèges, a été cause de la mort de notre cher sire le roi Louis de glorieuse mémoire, et nous voulons punir le crime. Nous sommes si sûrs de la protection divine, que si le roi, notre seigneur, le veut, et que, sans combattre, il soit juge de la bataille, nous attaquerons ce félon Thibaut avec trois cents chevaliers de moins que les siens, et nous aurons la victoire ». Ce thème d'accusation était le prétexte de tous les barons ; c'était Blanche qu'ils voulaient flétrir en attaquant le comte. Louis IX répondit à leur députation : « Que, à ses gens, ne se combattroient jà, que son corps ne fût avec ». Les barons finirent par évacuer la province. Mais la guerre contre les vassaux n'était pas encore éteinte ; cette « reine qui étrange femme étoit », et qu'ils ne pouvaient fouler, veillait avec une prudente vigilance à empêcher l'effet de leurs menées. Le roi d'Angleterre devait unir ses armes à celles du duc de Bretagne ; heureusement Henri III d'Angleterre, âgé seulement de quelques années de plus que Louis IX, était faible, incapable, dominé par ses favoris. :: Biographie de Blanche de Castille - Partie 1/6 - Partie 2/6 |
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