Personnages célèbres ou méconnus. Biographies. Vie et oeuvre
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Louis-Gustave DOULCET, comte de PONTÉCOULANT
(D'après « Études historiques et biographiques - Tome II » paru en 1857)
Partie 1/2

Louis-Gustave le Doulcet, comte de Pontécoulant, naquit à Caen le 9 novembre 1764. Sa famille est ancienne et considérable en Normandie. Dans une liste authentique, écrite par ordre de Louis XI, Guillaume le Doulcet de Pontécoulant est porté comme gentilhomme d'ancienne noblesse. Au seizième siècle, Robert de Pontécoulant était capitaine de cinquante hommes d'armes, gentilhomme de la chambre du roi et chevalier de ses ordres. Thomas de Pontécoulant fut fait, pour ses services signalés, maréchal de camp en 1653. Le marquis de Pontécoulant se distingua par des actions d'éclat dans la guerre de Sept Ans ; il fut maréchal de camp et major général des gardes du corps.

Son fils Louis-Gustave entra dès l'âge de quinze ans dans les gardes du corps ; puis devint capitaine de carabiniers et passa ensuite comme officier dans les gardes du corps. On était alors en pleine paix, et l'état militaire laissait beaucoup de loisir aux officiers, surtout lorsqu'ils appartenaient à la maison du roi ; Gustave de Pontécoulant en profita pour voyager. Ayant pour compagnon le marquis, depuis duc de Lévis, qui fut son ami pendant toute sa vie, il assista, en 1784, aux grandes manœuvres de Frédéric II ; ils furent présentés à cet illustre souverain qui les accueillit avec une gracieuse bienveillance. Continuant leurs voyages, ils saluèrent aussi l'empereur Joseph et l'impératrice Catherine.

La révolution de 1789 trouva Pontécoulant disposé aux opinions libérales ; il était persuadé que de grandes réformes étaient nécessaires, et que des garanties devaient être données, afin de prévenir les abus et les désordres d'administration, puisque le pouvoir royal, tout absolu qu'il était, et peut-être parce qu'il était absolu, ne pouvait ni les empêcher, ni les réprimer ; il n'aurait voulu rien de plus. Lorsque furent établies les administrations départementales, il fut élu administrateur du Calvados. En 1792, il fut député à la Convention. Dans les premiers jours de cette Assemblée, il demanda le renouvellement de toutes les administrations et s'opposa à ce que l'Assemblée maintînt, par voie d'invitation, Roland et Servan dans les ministères de l'intérieur et de la guerre ; bientôt après il fut au nombre des commissaires que la Convention envoya à l'armée du Nord.

A ce moment Lille soutenait un siège, qui honora le courage de la garnison et la constance des habitants. Les commissaires s'occupèrent surtout à diriger des convois de vivres et de munitions dans la ville, qui n'était pas entièrement investie, et à favoriser de tout leur pouvoir les mouvements de l'armée que commandait le général Labourdonnaie, de manière à déterminer la levée du siège. Peu de jours après leur arrivée Lille fut en effet délivré. Pontécoulant passa encore quelque temps à l'armée. Lorsqu'il revint prendre sa place dans la Convention le procès du roi était commencé, et déjà la lutte entre les Girondins et la Montagne agitait les séances. Depuis que la guerre était déclarée et le trône renversé, il n'avait pas une autre préoccupation que la défense du territoire contre les armées de la coalition et contre l'intervention des puissances étrangères dans le gouvernement intérieur de la France. Pendant quelque temps il se flatta peut-être qu'un pouvoir énergique parviendrait à rétablir, puis à maintenir l'ordre public, et qu'il triompherait des ennemis extérieurs et intérieurs. Dans cette pensée,
Les Girondins
Les Girondins
il se montra parfois opposé aux Girondins qui, animés par un esprit de parti et des intérêts d'ambition, affaiblissaient l'autorité de la Convention. Mais il restait invariable dans son amour et son respect pour la justice et l'humanité ; il publia un écrit où il maudissait les massacres de septembre et leurs odieux instigateurs.

Lorsqu'il arriva de l'armée, la Convention avait déjà résolu que le roi serait mis en accusation et jugé par elle. Dans le premier appel nominal sur la question de culpabilité, il développa son opinion sur les trois questions qui devaient être successivement posées et discutées. «  Je pense, dit-il, que nommés juges par la Convention, et législateurs par le peuple, nous devons prendre les mesures les plus utiles pour assurer l'abolition de la royauté et l'établissement de la république ». En ce sens, il vota pour le bannissement à perpétuité de Louis et de sa famille. A ces mots des murmures s'élevèrent ; ceux qui avaient résolu la mort du roi s'efforçaient d'obtenir la majorité, en intimidant leurs collègues qui se refusaient à cette funeste iniquité. « Les murmures que j'entends, dit-il, m'affligent pour ceux qui s'en rendent coupables, mais ne m'arrêtent pas. Je vais répéter mon vote ». Il y ajoute que le décret rendu par la Convention devrait être soumis à la ratification du peuple souverain, qui prononcerait aussi sur l'abolition de la royauté. Il écrivit et signa sou opinion pour qu'elle fût insérée au procès-verbal. Au second appel nominal, sur l'appel au peuple, il ne vota point. Déjà il avait exprimé son opinion sur cette question ; comme il lui semblait que ce scrutin était une manœuvre pratiquée par les Girondins dans une toute autre intention que de sauver le Roi, il ne voulut pas y prendre part. Dans le scrutin sur la peine, il répéta que le Roi devait être banni ; enfin il vota pour le sursis.

Dès lors Pontécoulant fut classé, par les Montagnards et la commune de Paris, parmi les ennemis de la République et les contre-révolutionnaires ; il fut placé sur leur liste de proscription avec les Girondins, dont il n'était ni l'ami ni le partisan. Dans la séance du 15 avril 1793, une députation de la Commune vint « proférer un cri de vengeance contre les perfides mandataires du peuple, et dénoncer leurs crimes ». Pontécoulant était du nombre des vingt-deux. En ce moment la majorité de la Convention résistait encore aux volontés et aux menaces de la faction qui devait établir le règne de la Terreur. Le 19 mai, Pontécoulant pouvait encore dire : « Je dénoncerai, au nom de mes commettants, la commune et la municipalité de Paris ». Pendant la séance du 31 mai, il proclamait du haut de la tribune que la Convention n'était plus libre. Le 3 juin, lorsque Danton et Henriot eurent accompli le coup d'État, la Convention mit en état d'arrestation dans leur domicile vingt et un représentants ; Pontécoulant était de ce nombre.

Pendant les premiers moments qui suivirent cette révolution, le parti qui avait remporté une victoire, facile à Paris et dans la Convention, n'était point assuré contre les insurrections, qui éclataient dans presque toute la France en faveur du parti vaincu et contre la violation de la représentation nationale. Ainsi il usa d'abord du pouvoir absolu qu'il avait conquis avec une sorte de timidité et d'hésitation. Parmi les députés décrétés d'arrestation, par une minorité peu nombreuse restée dans la salle, les uns s'étaient éloignés de Paris, les autres s'étaient soumis docilement au décret ; quelques-uns n'en avaient pas tenu compte. Pontécoulant était de ceux là. A la séance du 6 juin, il demanda que la Convention prit connaissance des lettres par lesquelles les détenus réclamaient que justice leur fût faite et que la Convention se prononçât sur leur culpabilité. « La commune de Paris ne peut fournir aucune preuve de ses imputations ; ce n'est pas une raison, dit-il, pour que nous refusions de prononcer sur le sort de nos collègues ; je veux croire que dans cette discussion on n'étouffera point la voix de ceux qui veulent justifier les dénoncés et accuser les dénonciateurs ».

Il était encore en liberté, lorsque Charlotte Corday fut traduite au tribunal révolutionnaire ; elle demanda d'abord Pontécoulant pour défenseur ; elle ne le connaissait pas ; elle ne savait pas même quelle était son opinion politique ; mais il était son compatriote, de la même province, où il avait une honorable réputation. Comme il ne voulait pas courir la chance d'être arrêté, il avait quitté son domicile et changeait sans cesse de logement. La lettre que lui écrivit Charlotte Corday ne lui fut pas remise. « On n'a point trouvé son adresse », dit à l'audience l'accusateur public, qui s'était chargé de la faire parvenir. Charlotte Corday supposa injurieusement qu'il avait refusé de se charger de sa défense.

Cependant l'insurrection du Calvados avait été facilement dissipée ; Bordeaux s'était soumis sans résistance et Marseille peu après ; Lyon allait succomber. Les dominateurs de la Convention pouvaient en sécurité se livrer à leurs haines et à leur cruauté. La reine était traduite devant le tribunal révolutionnaire. Le 3 octobre 1793, après avoir entendu un rapport de son comité de sûreté générale, la Convention rendit un décret, qui c accusait quarante de ses membres de conspiration contre l'unité et l'indivisibilité de la République, contre la liberté et la sûreté du peuple français. Aucune discussion ne s'éleva dans l'Assemblée, L'acte d'accusation présenté par Amar, inspiré par une haine féroce, partait sur des allégations vagues et mensongères que pas un des conventionnels présents n'eut le courage de contester. On imputait à Pontécoulant de s'être rendu à Caen avec Barbaroux et Buzot, tandis que notoirement il n'avait pas quitté Paris.

Il savait quel sort l'attendait au tribunal révolutionnaire, et se tint caché ; il fut mis hors la loi, et quelque temps après, il parvint à se réfugier en Suisse, déguisé en roulier. Il n'avait nul moyen d'existence et entra comme apprenti chez un menuisier à Zurich. Pendant son séjour en Suisse, il rencontra le duc d'Orléans qui, lui aussi, avait été réduit à prendre une profession pour vivre et pour se cacher. Le professeur de mathématiques et le menuisier se furent l'un à l'autre compagnons intimes d'infortune. Longtemps après, le roi Louis-Philippe se plaisait à rappeler ce souvenir à Pontécoulant.

Le 17 décembre 1794, cinq mois après le 9 thermidor, les comités de salut public, de sûreté générale et de législation, cédant à l'opinion publique, qui pressait la Convention et la contraignait à réagir de jour en jour davantage contre les actes d'iniquité et de tyrannie du régime de la Terreur, proposèrent que les députés mis hors la loi fussent rendus à leurs droits de citoyen, mais non pas rétablis comme représentants du peuple. Ce n'était pas donner suffisante satisfaction au sentiment et à la voix publics ; mais la majorité de la Convention ne se résignait pas encore à obéir à l'opinion du pays. Après une séance orageuse à laquelle assistait Pontécoulant, au grand scandale des Montagnards, l'Assemblée adopta le décret. Il fallut encore quatre mois pour que la Convention en vînt à désavouer pleinement le 31 mai et la condamnation des Girondins. Le décret, qui rappela les proscrits dans l'Assemblée, fut cette fois accueilli avec une faveur passionnée et adopté aux cris de « Vive l'Assemblée! vive la République ! » Un seul représentant se leva pour témoigner son refus : c'était Goujon, celui qui bientôt après devait périr comme un des promoteurs de l'insurrection du 1er prairial.

Pontécoulant ne se livra point à la réaction ; par caractère et par expérience, il était contraire aux opinions exagérées et encore plus aux persécutions qu'elles suscitent ; il voulait la justice et la liberté : il ne désespérait pas de la République et croyait encore qu'un gouvernement fort était nécessaire pour défendre la France contre la coalition et pour maintenir l'ordre intérieur. Le discours qu'il prononça, le 26 avril 1795, pour appuyer la restitution des biens des condamnés est le plus remarquable de ceux qui furent entendus dans cette grande discussion. Il traita la question, non seulement sous le rapport des circonstances, mais dans toute sa généralité. Pour les hommes qui ne voyaient pas sans chagrin et sans effroi qu'on revint sur un acte révolutionnaire quelconque, restituer les biens aux condamnés, c'était prononcer que leur sentence était une iniquité, qu'ils avaient été non pas jugés mais assassinés. Ainsi ils résistèrent longtemps et vivement.

Pontécoulant allait plus loin, il voulait que la confiscation fût à jamais abolie en principe, et n'eût point place dans la liste des peines légales. Ses adversaires prétendaient que ce serait compromettre la sûreté de la République et laisser à ses ennemis des moyens de vengeance et de conspiration. Malgré le très grand succès du discours de Pontécoulant, il ne put obtenir l'abolition complète de la confiscation ; il a toujours tenu à honneur de l'avoir proposée. La Convention déclara qu'elle serait maintenue à l'égard des émigrés, des conspirateurs, de leurs complices, et de la famille des Bourbons. Il était réservé à la Charte de leur restauration d'en prononcer la suppression définitive et absolue.

Pendant qu'il combattait les principes et les œuvres des hommes de la Terreur, il s'opposait à la réaction qui les poursuivait, et pensait qu'en n'admettant pas l'excuse des circonstances, on perpétuerait les haines politiques et les discordes de parti. D'ailleurs on courait le risque d'imiter ceux qu'on voulait punir et de considérer les opinions et les discours comme des crimes punissables. Ce fut dans cette pensée qu'il prit la défense de Prieur de la Marne et de Robert Lindet. Son importance avait grandi dans l'Assemblée ; le 4 mai 1795, il fut nommé membre du comité de salut public. Dans ce gouvernement collectif, son tour étant venu de tenir la correspondance du département de la guerre, il ne se crut ni assez instruit, ni assez expérimenté pour diriger les opérations militaires et les mouvements
Louis-Gustave Doulcet de Pontécoulant
Louis-Gustave Doulcet de Pontécoulant
des armées ; il ne voulait cependant pas se borner à signer des dépêches que lui présenterait le bureau de la guerre, qui pourtant avait été composé par Carnot d'hommes très distingués.

A ce moment un jeune général, complètement inconnu ailleurs qu'a l'armée d'Italie, car il avait, n'étant que chef de bataillon, dirigé le siège de Toulon et donné ensuite à tous ceux qui avaient fait la guerre avec lui une haute idée de sa capacité, était à Paris, réclamant pour que son grade ne lui fût pas ôté. Il avait trouvé peu d'accès auprès du comité militaire de la Convention. Repoussé et méconnu, sans argent et sans protection, il assiégeait les membres des comités de gouvernement et les hommes importants qui pouvaient lui être utiles ; il exposait ses plans pour les armées, et spécialement pour l'armée d'Italie, s'animait en expliquant ses idées et les produisait avec un ton d'autorité et de certitude. La plupart de ceux qui l'écoutaient, voyant ce jeune homme de peu de mine et d'une tournure étrange qui pensait en savoir plus que tous les généraux, et qui rêvait des victoires et des conquêtes, étaient fort tentés de lui croire l'esprit un peu troublé et de le prendre pour un de ces faiseurs de projets qui les racontent à tout venant. C'était Napoléon Bonaparte.

Pontécoulant en jugea autrement ; sans deviner un si grand génie, il lui parut que cet officier disgracié disait des choses très raisonnables, qu'il montrait un esprit remarquable, et qu'il pouvait bien être un habile général. Il se promit de ne rien décider et de ne rien écrire sans avoir pris les avis du jeune officier d'artillerie. Napoléon fut touché de cette confiance, dont il a toujours été reconnaissant. Ce fut par suite de ses rapports avec Pontécoulant qu'il fut attaché au bureau militaire du comité de salut public, où Barras, qui l'avait connu au siège de Toulon, le retrouva pour lui confier la défense de la Convention et le combat du 13 vendémiaire contre les sections de Paris.

Du 4 mai au 4 septembre, Pontécoulant, occupé des affaires militaires, ne prit point part aux discussions de l'assemblée : il la présida pendant la première quinzaine du mois de juillet. Le 3 septembre il proposa, au nom des comités de gouvernement, l'abrogation du décret, rendu trois ans auparavant, qui avait destitué le général Montesquiou au moment où il venait d'envahir toute la Savoie. Montesquiou s'était dérobé à l'échafaud et réfugié en Suisse. Le rapport de Pontécoulant le justifiait pleinement et faisait valoir ses talents et ses services ; il fut rappelé en France et rayé de la liste des émigrés. Après le 13 vendémiaire, Pontécoulant était placé dans les rangs opposés aux représentants, qui voulaient profiter de cette victoire pour ajourner la constitution, pour continuer le gouvernement absolu de la Convention et lui rendre sen caractère de tyrannie révolutionnaire.

Dans ce moment les agents royalistes, à qui le mouvement de l'opinion publique contre tout ce qui avait pris part au règne de la Terreur, faisait illusion, se croyaient assurés d'avance de la coopération des députés opposés au parti terroriste. Leurs correspondances témoignaient de cette frivole espérance. Dans les papiers d'un nommé Le maire, qui fut arrêté, puis condamné à mort, le nom de Doulcet (c'était le nom que portait alors Pontécoulant), se trouva compris dans une liste de représentants, sur lesquels l'agent disait que les royalistes pouvaient compter. Ce renseignement était encore plus absurde, quant à Pontécoulant, que quant à ses collègues. Il y avait eu confusion de noms ; c'était d'un avocat nommé Doucet que l'agent royaliste avait voulu parler. Pontécoulant n'avait pas même pensé à se justifier. Tallien, Letourneur et d'autres conventionnels du parti révolutionnaire s'empressèrent de parler de l'activité et des soins qu'il avait manifestés pendant que les affaires militaires avaient été ms sa direction.

:: Biographie de Louis-Gustave Doulcet de Pontécoulant - Partie 2/2


 

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