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Jean-François CHAMPOLLION,
père de l'égyptologie (D'après Biographie universelle paru vers 1860,
Champollion inconnu paru en 1897 et Isis dévoilée ou l'égyptologie sacrée paru en 1891) Partie 1/3
Philologue, historien et archéologue, Champollion démontre grâce à l'analyse de la célèbre pierre de Rosette, que l'écriture des anciens Égyptiens allie signes phonétiques et idéogrammes. « Déchiffreur des hiéroglyphes », il en révèle la clef en 1822, conférant à l'étude des antiquités égyptiennes un statut scientifique et ouvrant au Louvre un département d'égyptologie en 1827. A son retour d'une expédition en Egypte durant laquelle il remonte la vallée du Nil jusqu'à Abou Simbel et collecte une somme immense de notes et de dessins, il est nommé professeur au Collège de France.
En 1786, un marquis de Champollion figure, avec les Saint-Vallier, les Saint-Ferréol, de Chabrillant, des Adrets, du Bouchage, Béranger du Guâ, parmi les gentilshommes chargés du service, auprès du duc d'Orléans, gouverneur du Dauphiné. Mais, quelques canées plus tard, la fortune de la famille était singulièrement déchue ; et, si un capitaine Champollion combattait à Jemmapes comme officier d'ordonnance du duc de Chartres, son cousin, le père du futur grand égyptologue occupait à Figeac une modeste situation. Quand Jean-François, né le 23 décembre 1790 à Figeac (Lot), atteignit sept ans, l'âge d'apprendre, la Révolution avait fermé les anciens collèges provinciaux. L'enfant fut confié, comme l'avait été son frère aîné Jacques-Joseph, à un pauvre moine de l'abbaye supprimée de Figeac, Dom Calmet, qu'avait charitablement recueilli à son foyer la famille Champollion. Le bon religieux, un peu étonné des facultés singulières de son élève, apercevait déjà dans cette jeune tête « un genre de génie ». A treize ans, Jean-François savait tout ce que son maître pouvait lui apprendre : il aspirait à mieux. Alors intervint son frère aîné. Depuis quelques années déjà, celui-ci avait quitté Figeac et s'était fixé à Grenoble,
A Grenoble, Champollion n'eut d'abord pour maître que ce frère très dévoué, mais bientôt, en subissant, avec éclat, devant les commissaires Villars et Lefèvre-Gineau, les examens de concours, il obtint une bourse au lycée de Grenoble que venait d'organiser le gouvernement impérial dans l'ancien collège des Jésuites. Il avait alors treize ans. Ce fut dans cet établissement qu'il acheva en deux ans ses études classiques. Amené à Paris, en 1807, par son frère aîné, il eut le bonheur de trouver en lui plus qu'un protecteur. Il en reçut la direction la plus convenable au caractère de son esprit, et se voua presque exclusivement à l'étude des langues orientales et aux antiquités. Il suivit les cours de Sacy et Langlès, étudia surtout l'idiome copte (langue liturgique des chrétiens d'Egypte), et se pénétra fortement de l'idée que dans cet idiome devaient se retrouver les débris de l'ancienne langue égyptienne. Nommé, en 1809, professeur adjoint d'histoire à la faculté des lettres de l'académie de Grenoble, il s'occupa, dès cet instant, de recueillir et de coordonner les matériaux d'un grand ouvrage sur l'Égypte. L'histoire, la langue, la religion, le gouvernement, les mœurs, toute la civilisation de cette antique contrée devaient être assujettis à un examen et à un contrôle tout nouveaux, immense tâche pour un homme. Guidé par de sages avis, peut-être aussi par la nature des choses, il eu le bon esprit de commencer par spécialiser son travail en se bornant à la géographie,
Ce portique de l'édifice qu'il se proposait d'élever n'était pas encore terminé lorsqu'en 1812, après la mort de Dubois-Fontanelle, il devint professeur en titre. Dès l'année précédente cependant il avait fixé l'attention de quelques savants par une introduction destinée à faire sentir l'importance de la géographie pharaonique et à donner le spécimen du travail qu'il méditait. Les nombreux manuscrits coptes de la bibliothèque du roi passèrent en grande partie sous ses yeux pendant les intervalles de loisir que lui laissaient les vacances ; et enfin, en 1814, à l'époque où l'ennemi envahissait la France, il prit en quelque sorte, lui, possession du pays des Sésostris par son Egypte sous les Pharaons, ou recherches sur la géographie, la religion, la langue, les écritures, et l'histoire de l'Egypte avant l'invasion de Cambyse. A partir de cette époque, le grand ouvrage de la commission d'Égypte devint son manuel : en le feuilletant, en le méditant, il en vint bien vite à ce point mystérieux fondamental, l'écriture. Quoi ! la science, par une espèce de divination, a presque, à l'aide des monuments, reconstitué l'antique Egypte, cette vénérable Égypte primordiale, antérieure aux Ptolémées, aux Cambyse ; mais elle n'a fait que de la divination ! et cela en présence de tous les éléments de la science la plus positive ! À ses doctes résultats manque une autorité, la seule qui puisse donner aux hypothèses le caractère de la vérité, le témoignage de l'Égypte elle-même ! Mais ici les témoignages n'ont pas été engloutis par une éruption du Vésuve, mis en cendres par un incendie, submergés par un cataclysme, effacés par le grattoir d'un palimpseste. Ils existent. Temples et hypogées, palais et tombeaux, statues et momies, pyramides, obélisques, pylônes, ustensiles, simples vases,
Ce supplice fut insupportable à Champollion. Il se mit à lire tout ce que Dupuis, Kircher et tant d'autres ont écrit de déraisonnable sur les hiéroglyphes : il étudia Zoéga, il retourna dans tous les sens Horapollon ; il médita profondément sur la nature de l'écriture kyriologique, sur toutes les modifications auxquelles elle peut se prêter, sur les phénomènes et les caractères qu'elle offre dans ses divers états, sur ses qualités et ses impuissances, sur ce qui la distingue de l'écriture vraie et sur ce qui l'en rapproche, sur les transitions possibles de l'une à l'autre ; il s'éclaira de quelques notions comparatives empruntées à la langue et à l'écriture des Chinois ; surtout il eut sans cesse les yeux fixés sur ces signes que vingt siècles ont contemplés sans les comprendre, et dont les planches de la première partie du grand recueil de la commission d'Égypte sont bariolées. Mais comment s'orienter dans ce dédale, lorsque tout le monde tenait pour certain que les hiéroglyphes peignaient toujours des idées et non des sons, et se divisaient, quant au sens, en kyriologiques et tropiques, quant à la forme, en purs et linéaires ? On avait aussi de vagues notions sur le nombre des systèmes graphiques, que l'on croyait être de trois ; et l'on avait distingué les manuscrits en deux classes,
Champollion ne fit qu'un pas bien faible en se rangeant du côté de ceux pour qui cette deuxième écriture était l'hiératique, et en émettant l'idée, au reste fort juste, que l'hiératique était une tachygraphie de l'hiéroglyphique. Mais vingt découvertes semblables n'eussent pas donné le premier indice d'une clef des hiéroglyphiques. Enfin la fameuse inscription de Rosette en trois langues vint lever pour lui un coin du voile. Déjà parmi les philologues qui s'étaient exercés sur ce monument, Akerblad s'était distingué en reconnaissant dans le texte hiéroglyphique des signes qui faisaient fonctions de lettres. Champollion, en reprenant attentivement les dix noms propres de l'écriture intermédiaire du texte de Rosette, constata la vérité de l'assertion qu'avait émise l'antiquaire suédois. Mais, d'une part, il n'en tira pas immédiatement une conséquence si tranchante, et il se contenta de poser en principe que dans certain système d'écriture égyptienne, des signes idéographiques se dépouillent momentanément
Ainsi la bouche (en copte ro) est phonétiquement un R ; syrinx se dit sebi, et une syrinx équivaut à un S ; par une patère, berbé, se représente le B. Ce principe était fécond : il en résultait,
Mais déjà il avait bien plus de vingt-et-un caractères, à cause des homophones (signes exprimant le même son) ;
En multipliant ses lectures, et en rassemblant des homophones, l'habile interprète des écritures égyptiennes en vint à reconnaître, sous la foule des homophones, trois systèmes distincts d'écriture, bien plus nettement qu'on ne l'avait jusqu'alors. Ces trois systèmes caractérisés chacun par leur forme, et chacun réservé pour un usage particulier, avaient déjà reçu les noms d'hiéroglyphique (ou sacré), d'hiératique (ou sacerdotal), de démotique (ou vulgaire) : les anciens avaient connu le dernier sous le nom d'épistolographique. L'hiéroglyphique était en quelque sorte propre aux dieux célestes ou terrestres ; les prêtres avaient le privilège du hiératique ; au peuple était abandonné le démotique. Les édifices publics, temples et palais, étaient couverts d'hiéroglyphiques souvent peints et coloriés avec le plus grand soin. En hiératique étaient tracés les rituels tant sacré que funéraire, les traités de religion et de sciences, les hymnes des dieux et les louanges des rois,
L'écriture hiéroglyphique, effectivement divisible en pure (ou ombrée) et linéaire, se compose d'une foule d'objets naturels ou artificiels représentés tels qu'on les aperçoit. Dans l'écriture hiératique subsistent seulement les deux ou trois lignes principales de l'objet qu'on veut rendre, ou bien un simple contour. C'est, il l'avait dit, une tachygraphie de l'hiéroglyphique. Dans la démotique, les traits sont plus déformés, plus méconnaissables encore ; impossible de se douter que la peinture, que le dessin aient été le point de départ de cette écriture. L'hiéroglyphique linéaire présente beaucoup de ressemblance avec l'hiératique, et il serait facile de les confondre. C'est dans la hiéroglyphique que se trouve le plus grand nombre d'homophones ; mais c'est dans l'hiératique qu'affluent les plus grandes sous-variétés d'écritures. On ne s'en étonnera pas si l'on songe à la multitude de livres, d'actes et d'inscriptions pour lesquels fut employé ce caractère de l'époque pharaonique à la décadence de l'empire romain. Très rarement dans l'hiéroglyphique les signes deviennent phonétiques ; très rarement au contraire ils restent idéographiques dans la démotique ; l'hiératique offre sous ce rapport un milieu entre la démotique et l'hiéroglyphique. :: Biographie de Jean-François Champollion - Partie 2/3 - Partie 3/3 |
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