Personnages célèbres ou méconnus. Biographies. Vie et oeuvre
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Jean-François CHAMPOLLION,
père de l'égyptologie
(D'après Biographie universelle paru vers 1860,
Champollion inconnu paru en 1897
et Isis dévoilée ou l'égyptologie sacrée paru en 1891)
Partie 1/3

Philologue, historien et archéologue, Champollion démontre grâce à l'analyse de la célèbre pierre de Rosette, que l'écriture des anciens Égyptiens allie signes phonétiques et idéogrammes. « Déchiffreur des hiéroglyphes », il en révèle la clef en 1822, conférant à l'étude des antiquités égyptiennes un statut scientifique et ouvrant au Louvre un département d'égyptologie en 1827. A son retour d'une expédition en Egypte durant laquelle il remonte la vallée du Nil jusqu'à Abou Simbel et collecte une somme immense de notes et de dessins, il est nommé professeur au Collège de France.

LES TEXTES DE
J.-F. CHAMPOLLION
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L'Égypte : Lettres
et journaux du
voyage (1828-1829)

L'enthousiasme,
sur le vif, du savant,
explorateur et poète
Grammaire égyptienne
Les principes de l'écriture sacrée appliqués à la représentation de la langue parlée
Les Champollion, originaires de Champoléon, sur les coteaux du Drac, entre Gap et Grenoble, ont, d'après les montres des Compagnies levées par Lesdiguières, fourni de nombreux officiers. L'un d'eux épousa en 1580 une Béranger du Guâ. Un autre en 1663 est gouverneur d'Embrun. En 1727 Mme de Tencin parle de sa compatriote et amie Mme de Champollion. En 1771, les actes mentionnent noble Gaspard-Adrian Bonnet du Couvat de Champollion, commandant une compagnie au régiment de Foix infanterie, et noble Etienne-Joseph du Couvat de Champollion, tous deux fils d'une Gallin de Renaudel.

En 1786, un marquis de Champollion figure, avec les Saint-Vallier, les Saint-Ferréol, de Chabrillant, des Adrets, du Bouchage, Béranger du Guâ, parmi les gentilshommes chargés du service, auprès du duc d'Orléans, gouverneur du Dauphiné. Mais, quelques canées plus tard, la fortune de la famille était singulièrement déchue ; et, si un capitaine Champollion combattait à Jemmapes comme officier d'ordonnance du duc de Chartres, son cousin, le père du futur grand égyptologue occupait à Figeac une modeste situation.

Quand Jean-François, né le 23 décembre 1790 à Figeac (Lot), atteignit sept ans, l'âge d'apprendre, la Révolution avait fermé les anciens collèges provinciaux. L'enfant fut confié, comme l'avait été son frère aîné Jacques-Joseph, à un pauvre moine de l'abbaye supprimée de Figeac, Dom Calmet, qu'avait charitablement recueilli à son foyer la famille Champollion. Le bon religieux, un peu étonné des facultés singulières de son élève, apercevait déjà dans cette jeune tête « un genre de génie ». A treize ans, Jean-François savait tout ce que son maître pouvait lui apprendre : il aspirait à mieux.

Alors intervint son frère aîné. Depuis quelques années déjà, celui-ci avait quitté Figeac et s'était fixé à Grenoble,
Maison natale de Jean-François Champollion à Figeac
Maison natale de
Jean-François Champollion à Figeac
où ses savants travaux l'avaient fait remarquer. Désireux de soulager ses parents, et guidé par une ardente affection pour son jeune frère, en qui se manifestaient déjà d'étranges dispositions, il se chargea complètement de lui, le fit venir à Grenoble, pourvut à ses besoins, dirigeant ses études de collégien avec la plus tendre sollicitude, ainsi que plus tard il demeura son mentor, son guide et son soutien, dans la carrière égyptologique.

A Grenoble, Champollion n'eut d'abord pour maître que ce frère très dévoué, mais bientôt, en subissant, avec éclat, devant les commissaires Villars et Lefèvre-Gineau, les examens de concours, il obtint une bourse au lycée de Grenoble que venait d'organiser le gouvernement impérial dans l'ancien collège des Jésuites. Il avait alors treize ans. Ce fut dans cet établissement qu'il acheva en deux ans ses études classiques.

Amené à Paris, en 1807, par son frère aîné, il eut le bonheur de trouver en lui plus qu'un protecteur. Il en reçut la direction la plus convenable au caractère de son esprit, et se voua presque exclusivement à l'étude des langues orientales et aux antiquités. Il suivit les cours de Sacy et Langlès, étudia surtout l'idiome copte (langue liturgique des chrétiens d'Egypte), et se pénétra fortement de l'idée que dans cet idiome devaient se retrouver les débris de l'ancienne langue égyptienne.

Nommé, en 1809, professeur adjoint d'histoire à la faculté des lettres de l'académie de Grenoble, il s'occupa, dès cet instant, de recueillir et de coordonner les matériaux d'un grand ouvrage sur l'Égypte. L'histoire, la langue, la religion, le gouvernement, les mœurs, toute la civilisation de cette antique contrée devaient être assujettis à un examen et à un contrôle tout nouveaux, immense tâche pour un homme. Guidé par de sages avis, peut-être aussi par la nature des choses, il eu le bon esprit de commencer par spécialiser son travail en se bornant à la géographie,
Jean-François Champollion
Jean-François Champollion
qui dans son point de vue devenait de la linguistique, et en cherchant à rétablir, au lieu des noms vulgaires qui nous ont été transmis par les écrivains de la Grèce et de Rome, les noms originaires conservés dans les manuscrits coptes, soit thébains, soit memphitiques, et très souvent aussi reproduits par les appellations arabes.

Ce portique de l'édifice qu'il se proposait d'élever n'était pas encore terminé lorsqu'en 1812, après la mort de Dubois-Fontanelle, il devint professeur en titre. Dès l'année précédente cependant il avait fixé l'attention de quelques savants par une introduction destinée à faire sentir l'importance de la géographie pharaonique et à donner le spécimen du travail qu'il méditait. Les nombreux manuscrits coptes de la bibliothèque du roi passèrent en grande partie sous ses yeux pendant les intervalles de loisir que lui laissaient les vacances ; et enfin, en 1814, à l'époque où l'ennemi envahissait la France, il prit en quelque sorte, lui, possession du pays des Sésostris par son Egypte sous les Pharaons, ou recherches sur la géographie, la religion, la langue, les écritures, et l'histoire de l'Egypte avant l'invasion de Cambyse.

A partir de cette époque, le grand ouvrage de la commission d'Égypte devint son manuel : en le feuilletant, en le méditant, il en vint bien vite à ce point mystérieux fondamental, l'écriture. Quoi ! la science, par une espèce de divination, a presque, à l'aide des monuments, reconstitué l'antique Egypte, cette vénérable Égypte primordiale, antérieure aux Ptolémées, aux Cambyse ; mais elle n'a fait que de la divination ! et cela en présence de tous les éléments de la science la plus positive ! À ses doctes résultats manque une autorité, la seule qui puisse donner aux hypothèses le caractère de la vérité, le témoignage de l'Égypte elle-même !

Mais ici les témoignages n'ont pas été engloutis par une éruption du Vésuve, mis en cendres par un incendie, submergés par un cataclysme, effacés par le grattoir d'un palimpseste. Ils existent. Temples et hypogées, palais et tombeaux, statues et momies, pyramides, obélisques, pylônes, ustensiles, simples vases,
Papyrus copte
Papyrus copte
tout est couvert d'inscriptions. Pas une nation plus que les Égyptiens n'a voulu doter d'éternité ses annales, ses croyances, ses actes journaliers, ses mœurs, et s'incruster à d'inaltérables monuments par d'indélébiles légendes ; mais pas une n'a moins instruit la postérité sur son compte, car ses inscriptions sont une lettre morte ; ses légendes, on ne sait pas les lire. L'antiquaire, en présence de tant de pages sculptées et peintes sur marbre, sur bois, sur papyrus, éprouve à chaque instant le supplice de Tantale.

Ce supplice fut insupportable à Champollion. Il se mit à lire tout ce que Dupuis, Kircher et tant d'autres ont écrit de déraisonnable sur les hiéroglyphes : il étudia Zoéga, il retourna dans tous les sens Horapollon ; il médita profondément sur la nature de l'écriture kyriologique, sur toutes les modifications auxquelles elle peut se prêter, sur les phénomènes et les caractères qu'elle offre dans ses divers états, sur ses qualités et ses impuissances, sur ce qui la distingue de l'écriture vraie et sur ce qui l'en rapproche, sur les transitions possibles de l'une à l'autre ; il s'éclaira de quelques notions comparatives empruntées à la langue et à l'écriture des Chinois ; surtout il eut sans cesse les yeux fixés sur ces signes que vingt siècles ont contemplés sans les comprendre, et dont les planches de la première partie du grand recueil de la commission d'Égypte sont bariolées.

Mais comment s'orienter dans ce dédale, lorsque tout le monde tenait pour certain que les hiéroglyphes peignaient toujours des idées et non des sons, et se divisaient, quant au sens, en kyriologiques et tropiques, quant à la forme, en purs et linéaires ? On avait aussi de vagues notions sur le nombre des systèmes graphiques, que l'on croyait être de trois ; et l'on avait distingué les manuscrits en deux classes,
La pierre de Rosette
La pierre de Rosette
l'une à caractères représentant des objets naturels, et procédant indifféremment par des lignes horizontales soit de gauche à droite, soit de droite à gauche, ou par des verticales ; l'autre se composant de lignes, de traits, de courbes plus ou moins bizarrement agencés et allant toujours de droite à gauche. Les uns voyaient dans cette deuxième écriture l'hiératique (écriture sacerdotale des anciens Égyptiens), les autres voulaient que ce fût l'épistolographique (langue populaire). Le fait est que l'on ne savait pas distinguer l'épistolographique et l'hiératique, et que même toutes deux étaient souvent confondues avec l'hiéroglyphique linéaire.

Champollion ne fit qu'un pas bien faible en se rangeant du côté de ceux pour qui cette deuxième écriture était l'hiératique, et en émettant l'idée, au reste fort juste, que l'hiératique était une tachygraphie de l'hiéroglyphique. Mais vingt découvertes semblables n'eussent pas donné le premier indice d'une clef des hiéroglyphiques. Enfin la fameuse inscription de Rosette en trois langues vint lever pour lui un coin du voile. Déjà parmi les philologues qui s'étaient exercés sur ce monument, Akerblad s'était distingué en reconnaissant dans le texte hiéroglyphique des signes qui faisaient fonctions de lettres. Champollion, en reprenant attentivement les dix noms propres de l'écriture intermédiaire du texte de Rosette, constata la vérité de l'assertion qu'avait émise l'antiquaire suédois.

Mais, d'une part, il n'en tira pas immédiatement une conséquence si tranchante, et il se contenta de poser en principe que dans certain système d'écriture égyptienne, des signes idéographiques se dépouillent momentanément
Partie du texte hiéroglyphique de la pierre de Rosette
Partie du texte hiéroglyphique
de la pierre de Rosette
de ce caractère pour devenir signes phonétiques, et formait ainsi à côté des éléments idéographiques purs une série auxiliaire de signes aptes à rendre soit les noms propres, soit les mots étrangers à la langue égyptienne ; de l'autre, au lieu de se borner à prendre comme fait la signification phonétique de tel ou tel caractère, il se demanda quelle relation unissait le caractère et le son, et il soupçonna, ce que toutes les explorations subséquentes démontrèrent de la manière la plus éclatante, que le signe tour à tour idéographique et phonétique exprimait phonétiquement le son initial de l'objet qu'idéographiquement il représentait.

Ainsi la bouche (en copte ro) est phonétiquement un R ; syrinx se dit sebi, et une syrinx équivaut à un S ; par une patère, berbé, se représente le B. Ce principe était fécond : il en résultait,
Partie du texte démotique de la pierre de Rosette
Partie du texte démotique
de la pierre de Rosette
entre autres faits curieux, que deux, quatre, dix objets différents pouvaient avoir la même valeur phonétique : il suffisait pour cela qu'en vieil égyptien les noms des deux objets commençassent par le même son. Telle est en effet la vérité : la lettre T, par exemple, se désigna également par une main, tot, ou par un niveau de maçon, toré. Dès lors Champollion se mit à dresser un alphabet. Il lui suffit du texte intermédiaire de la pierre de Rosette (confirmé par le socle d'un obélisque transporté de Philae à Londres par Giovanni Belzoni), et d'un papyrus contenant un acte public du règne de Ptolémée Evergète II, pour retrouver l'équivalent de vingt-et-une lettres de l'alphabet grec.

Mais déjà il avait bien plus de vingt-et-un caractères, à cause des homophones (signes exprimant le même son) ;
Partie du texte grec de la pierre de Rosette
Partie du texte grec
de la pierre de Rosette
et il prévoyait que son alphabet s'augmenterait considérablement non pas en sons, mais en homophones. C'est ce que voulait impérieusement la nature des choses et c'est ce qui se réalisa. Du reste les sons de l'alphabet phonétique étaient de tous les genres, voyelles, consonnes, groupes syllabiques. Ayant ainsi trouvé la piste, Champollion se mit à chercher, de monuments en monuments, d'inscriptions en inscriptions, les noms propres, afin de les épeler : bien rarement, il est vrai, ces noms se trouvent, comme dans la pierre de Rosette et l'obélisque de Philae, accompagnés d'une traduction grecque parallèle qui dise où les chercher ; mais cette absence est plus que compensée par les cartouches qui encadrent les noms des dieux et des rois et les désignent ainsi à l'attention la plus distraite.

En multipliant ses lectures, et en rassemblant des homophones, l'habile interprète des écritures égyptiennes en vint à reconnaître, sous la foule des homophones, trois systèmes distincts d'écriture, bien plus nettement qu'on ne l'avait jusqu'alors. Ces trois systèmes caractérisés chacun par leur forme, et chacun réservé pour un usage particulier, avaient déjà reçu les noms d'hiéroglyphique (ou sacré), d'hiératique (ou sacerdotal), de démotique (ou vulgaire) : les anciens avaient connu le dernier sous le nom d'épistolographique.

L'hiéroglyphique était en quelque sorte propre aux dieux célestes ou terrestres ; les prêtres avaient le privilège du hiératique ; au peuple était abandonné le démotique. Les édifices publics, temples et palais, étaient couverts d'hiéroglyphiques souvent peints et coloriés avec le plus grand soin. En hiératique étaient tracés les rituels tant sacré que funéraire, les traités de religion et de sciences, les hymnes des dieux et les louanges des rois,
Identification par Champollion des valeurs de signes
Identification par Champollion
des valeurs de signes
les correspondances privées, les actes privés ou publics qui réglaient l'intérieur des familles. Tout le reste était écrit en démotique.

L'écriture hiéroglyphique, effectivement divisible en pure (ou ombrée) et linéaire, se compose d'une foule d'objets naturels ou artificiels représentés tels qu'on les aperçoit. Dans l'écriture hiératique subsistent seulement les deux ou trois lignes principales de l'objet qu'on veut rendre, ou bien un simple contour. C'est, il l'avait dit, une tachygraphie de l'hiéroglyphique. Dans la démotique, les traits sont plus déformés, plus méconnaissables encore ; impossible de se douter que la peinture, que le dessin aient été le point de départ de cette écriture.

L'hiéroglyphique linéaire présente beaucoup de ressemblance avec l'hiératique, et il serait facile de les confondre. C'est dans la hiéroglyphique que se trouve le plus grand nombre d'homophones ; mais c'est dans l'hiératique qu'affluent les plus grandes sous-variétés d'écritures. On ne s'en étonnera pas si l'on songe à la multitude de livres, d'actes et d'inscriptions pour lesquels fut employé ce caractère de l'époque pharaonique à la décadence de l'empire romain. Très rarement dans l'hiéroglyphique les signes deviennent phonétiques ; très rarement au contraire ils restent idéographiques dans la démotique ; l'hiératique offre sous ce rapport un milieu entre la démotique et l'hiéroglyphique.

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