Personnages célèbres ou méconnus. Biographies. Vie et oeuvre
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Personnages
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Jean-François CHAMPOLLION,
père de l'égyptologie
(D'après Biographie universelle paru vers 1860,
Champollion inconnu paru en 1897
et Isis dévoilée ou l'égyptologie sacrée paru en 1891)
Partie 3/3

Immédiatement après avoir achevé cet ouvrage, Champollion se rendit au beau musée égyptien de Turin, tout récemment formé à l'aide de vingt ans de travaux par le consul Drovetti. La recommandation du duc de Blacas lui ouvrit l'entrée de ce vaste dépôt que déjà des académiciens de Turin avaient exploré, mais qui attendait le coup d'œil d'un maître plus exercé.
Cartouche d'Aménophis Ier
Cartouche
d'Aménophis Ier,
régant au
16e siècle avant J.-C.
(18e dynastie)
Champollion commença pas examiner les monuments, momies, tombeaux, inscriptions, statuettes, figurines, vases. Il y puisa des lumières nouvelles sur l'histoire de l'art en Egypte ; mais surtout il y chercha des vestiges de l'histoire des 17e et 18e dynasties ; il les y trouva. De plus les légendes de rois, de reines, de princes lui donnèrent l'occasion de vérifier pour la période allant du 19e au 15e avant J.-C., les listes d'Eusèbe et du Syncelle.

L'hiver venu, il se consacra au papyrus, aux manuscrits. Il avait divisé ce qu'on lui montrait en deux lots : les uns remarquables par leur blancheur, leur grandeur, leur conservation ; les autres noircis, rompus, pliés en carrés, sans peinture, véritables bouquins enveloppés dans des paquets de toile. Les premiers étaient au nombre de cent soixante-et-onze, dont quarante-sept étaient déroulés. Quelques-uns offraient des particularités assez remarquables ; deux, entre autres, avaient fourni à son frère le sujet d'une notice lue le 25 juin à l'académie des inscriptions ; et deux autres étaient, l'un un acte du règne de Darius, l'autre une série de quittances pour une redevance annuelle de l'an 31 à l'an 38 du Pharaon Psamitik Ier.

Ainsi les papyrus remontaient à l'époque pharaonique. Mais le reste était presque insignifiant ; et lorsqu'il se mit à lire cette multitude de vieilles écritures, il fut désagréablement surpris de n'y trouver que des fragments du rituel funéraire imprimé dans la Description de l'Égypte. La comparaison de ces extraits était, il est vrai, de quelque avantage ; en les lisant, il ajoutait à sa liste d'homophones et se mettait au fait de toutes les modifications graphiques.

Il eut aussi le plaisir de trouver un grand rituel funéraire complet, plus gigantesque et plus riche que celui de la commission d'Egypte. Ce dernier n'avait que vingt-deux pieds de long. Celui de Turin en a soixante et met à même de classer les lambeaux de tous les autres ; l'écriture en est magnifique, chaque division porte un intitulé à part. Mais tout cela était bien peu en comparaison de ce qu'il s'était flatté de voir.

Dans son désespoir il jette un coup d'œil sur les bouquins, comptant bien y lire encore le sempiternel rituel : les noms et prénoms du grand Sésostris le frappent d'abord ; bientôt il les retrouve jusqu'à huit ou dix fois dans le manuscrit. Enfin, il rapproche les cinquante morceaux de cette pièce, et il possède ou un acte public du temps de Sésostris, ou un récit historique du règne de ce grand roi. Un autre paquet lui présente des résultats analogues, les légendes royales y abondent, avec les dates des règnes ; il y lit les noms d'Aménophis II, de Miphrès, son troisième prédécesseur, d'Armaïs, sixième successeur d'Aménophis II, de Ramsès, deuxième successeur d'Armaïs, tous souverains de la 18e dynastie.

Sur plusieurs de ces lambeaux, qui au lieu d'être roulés étaient pliés comme les feuilles de nos livres, il trouve encore des scènes curieuses de la vie civile et industrielle ; des grainetiers, des constructeurs de barque, des chasseurs, des musiciens, des danseurs, un cuisinier au milieu de son laboratoire gastronomique et de ses ustensiles ; il voit un grand vaisseau avec ses voiles, ses agrès, ses mousses au haut des mâts (les Égyptiens n'eurent donc pas toujours cette horreur de la mer que leur attribue l'Antiquité) ;
Cartouche de Sésostris Ier
Cartouche de Sésostris Ier, régnant au 20e siècle avant J.-C.
il distingue enfin un plan lavé de la cinquième catacombe royale de Biban-el-Molouk (ce plan présente les plus grandes conformités avec le plan moderne donné par la commission d'Egypte).

Tandis que ces bonnes fortunes le tiennent en veine, il apprend par hasard qu'il y a d'autres fragments dans les combles, fragments qu'on croirait lacérés à plaisir et qui ont semblé ne pas mériter un meilleur gîte. A son instante prière on les tire des caisses, on les amoncelle sur une grande table de dix pieds de long qu'ils couvrent à six pieds de hauteur. En vain il veut se flatter que ce sont là les débris de cinq cents rituels : chaque pièce qu'il visite est piquante, instructive, inappréciable. Ce sont des modèles de calligraphie. Les ornements intérieurs sont admirables, pas un nom n'est postérieur au 19e siècle avant J.-C. On croirait que les archives de tout un temple ont été dévalisées. Cette table de désolation est le columbarium de l'histoire.

On y trouve de tout, et entre mille curiosités qu'on ne peut énumérer ici, un vrai tableau chronologique, un canon royal de plus de cent noms et dont la forme rappelle celui de Manéthon ; des grotesques, des caricatures, enfin des obscénités qui contrastent singulièrement avec cet esprit de gravité, de profonde sagesse, qui fut, dit-on, celui de la caste sacerdotale, à moins que l'on ne voie, dans ces joyeusetés priapiques, des corps de délit saisis et mis par les autorités du temps au huis clos du temple.

De la capitale des Etats sardes, Champollion passa, en 1825, dans celle du monde chrétien, et y rendit visite aux belles antiquités égyptiennes de la bibliothèque du Vatican. Rome sut enfin déchiffrer ces inscriptions semées de toutes parts sur les tombeaux, sur les indestructibles obélisques, sur les frêles papyrus, sur les momies qui furent des hommes, sur les scarabées qui furent des dieux :
Vue d'une peinture ornant l'un des plafonds du musée Charles X, exécutée en 1827
L'Egypte sauvée par Joseph. Peinture ornant l'un des
plafonds du musée Charles X, exécutée en 1827
les sphinx lui étaient venus du Nil, l'Œdipe lui vint des bords de la Seine. Champollion communiquait ses procédés, ses résultats avec le plus grande affabilité. Un cercle de diplomates éclairés et de littérateurs se réunissaient chez l'ambassadeur portugais (comte de Funchal), pour l'écouter. Avant de partir, il dressa le catalogue de ces antiquités qu'il interprétait et commentait si éloquemment ; puis, après avoir été reçu en audience du pape, il quitta Rome le 17 juin.

Revenu à Paris, il y reçut du successeur de Louis XVIII la croix de la Légion d'honneur et y trouva rassemblés, par les ordres du gouvernement, les éléments d'un musée rival de celui de Turin et de la collection égyptienne du Vatican. Lui seul pouvait classer ces trésors : c'est lui qui en fut chargé en qualité de directeur. Tous les vrais savants rendront hommage à l'idée qui le dirigea dans cet arrangement. « Il ne s'agit point aujourd'hui, dans un musée égyptien, se dit-il, d'étudier la statuaire, la peinture, l'architecture, l'industrie préférablement à tout le reste : il s'agit de comprendre la civilisation égyptiaque tout entière. Le classificateur ne tiendra donc nul compte des formes ou des proportions des monuments, nul compte aussi des matières dont ils sont formés ; il ne verra que les sujets auxquels se rapportent les monuments. De là trois parties : la 1ère religieuse, la 2e civile et politique, la 3e funéraire ».

L'abondance des monuments a fait donner deux salles à la dernière ; la salle des dieux, la salle des rois complètent l'ensemble.
Rosellini
Rosellini
Dans celle-ci se trouvent, malgré son nom, des statuettes et figurines de prêtres, de simples particuliers, des instruments du culte, des parures, des bijoux, des ustensiles. Le musée égyptien, alors musée Charles X, fut ouvert au public le 25 décembre 1827. Tout en s'occupant de ce classement, Champollion utilisait ses calques, ses dessins, en publiant les premières livraisons de son Panthéon égyptien, où devaient se presser les images divines disséminées à Rome, à Turin, à Paris et à Londres.

Déjà se formaient autour de lui de jeunes élèves, admirateurs passionnés de ses travaux et brûlant de marcher sur ses traces. En Italie une généreuse émulation animait de même des hommes d'élite. Cette fraternité de nobles vœux fit concevoir à Champollion et accueillir par les gouvernements français et toscan la pensée d'un voyage scientifique en Egypte pour explorer de nouveau la région souvent mal vue ou mal comprise par les savants de la première expédition, d'ailleurs bien loin alors de réunir toutes les connaissances préalables, tout l'amour, toute l'impartialité que possédaient leurs successeurs.

Champollion se rendit en Provence avec sept jeunes artistes ou littérateurs dignes de le comprendre, et bientôt se réunit à la commission qu'envoyait le grand-duc de Toscane, et qui, formée de cinq personnes,
Fresque de Beni-Hassan représentant un banquet
Fresque de Beni-Hassan
représentant un banquet
avait à sa tête l'orientaliste Rosellini. Au moment de s'embarquer, Champollion, en examinant la collection égyptienne de Sallier, y distingua un rouleau de papyrus qui contenait l'histoire des campagnes de Sésostris avec des détails circonstanciés sur ses conquêtes, sur les villes soumises, sur la force et la composition de son armée, et dont l'auteur finissait par décliner son nom, ses titres, et dire qu'il écrivait dans la neuvième année de Sésostris-Ramsès, roi des rois, lieu dans les combats, le bras à qui Dieu a donné la force.

La frégate l'Eglé, qui portait nos treize voyageurs et l'équipage, fit voile du port de Toulon le 31 juillet 1828, et arriva le 18 août devant Alexandrie. Tous furent gracieusement accueillis par les consuls européens. Champollion et ses amis reçurent deux fois audience de Mohammed-Ali, qui fut très aimable, surtout à la seconde conférence, et qui seconda de tout son pouvoir les désirs des visiteurs de cette vieille terre d'Egypte. On se mit en route. Deux muchs, l'Isis et l'Athyr, portaient les deux petites caravanes sur les flots du Nil. Le 16 septembre on était à Saïs, où Champollion reconnut trois nécropoles dont une immense, et où Rosetti lui fit présent d'un énorme sarcophage en basalte vert qu'il ne put emporter. Au Caire, tout en admirant la mosquée de Touloum et la citadelle où est le puits de Joseph, il distingua dans celle-ci beaucoup de blocs de grès à légendes royales.

Le 23 octobre, à Beni-Hassan, tandis que les jeunes dessinateurs de l'expédition revenaient, disant que toutes les peintures étaient effacées, il eut l'idée de passer sur la poussière qui couvrait
Champollion durant son voyage en Egypte
Champollion durant son voyage
en Égypte
ces fresques, l'éponge légèrement imbibée d'eau ; et à l'instant les peintures reparurent dans tout l'éclat de la fraîcheur qu'elles avaient eue il y a 3 000 ans. Il faut voir dans ses lettres avec quel feu il proclame l'admirable éponge la plus belle conquête de l'industrie humaine. Dans cette occasion elle découvrit aux curieux voyageurs une variété immense de scènes civiles et domestiques, parmi lesquelles une de la vie militaire, ce qui jusqu'alors était sans exemple, et une foule de petits tableaux fins et délicats comme des gouaches. Champollion remarqua aussi, parmi beaucoup d'élégantes colonnes, des fûts à base et sans base qu'il eut l'idée de prendre pour le type des colonnes doriques : et pourtant ces monuments datent au moins du 19e siècle avant J.-C.

Les monuments de Silsilis lui offrirent, entre autres merveilles, trois chapelles dans le roc, de la plus belle époque pharaonique ; une suite de tombeaux qui remontent aux premiers souverains de la 18e dynastie, un spéos rempli d'admirables matériaux pour l'histoire, principalement pour celle de Sésotris. Edfou, dans deux temples du temps des Ptolémées, lui fournit beaucoup de notions mythologiques sculptées et peintes sur ses bas-reliefs. D'Elithia, dont les peintures lui donnèrent des renseignements sur la vie agricole, et dont le grand temple lui semble avoir été commencé sous Claude et fini sous Caracalla, il se rendit aux ruines de Thèbes.

Il augmenta beaucoup ses notes mythologiques à Louxor, et reconnut dans le déchiffrement des peintures et
Statue de Champollion
Statue de Champollion
des légendes des hypogées de Bihan-el-Molouk, que réellement l'Égypte ancienne croyait à l'autre vie ainsi qu'aux peines et aux récompenses, et que l'âme coupable passait par soixante-quinze cercles où elle souffrait d'épouvantables supplices qui ont donné aux observateurs la plus noire idée des mœurs égyptiennes, parce que l'on a trop vite cru que ces peines étaient des châtiments judiciaires. Une autre observation curieuse qu'il fit aussi dans ces ruines, c'est que les Égyptiens connurent quatre races humaines et les figurèrent dans leurs peintures, eux d'abord (Rot-en-ne-Rome), les Noirs (Nahasi), et deux classes d'hommes qui évidemment sont les Asiatiques et les Européens. Remarquons que les Européens y sont représentés comme des sauvages. Champollion termina son voyage par un examen approfondi de l'Osymandeum, puis revint en France à la fin de 1829, avec une collection immense de notes et de dessins.

Champollion eut ainsi pour récompense d'être le premier voyageur auquel il ait été donné de lire les inscriptions des sanctuaires, des murailles des palais et des salles obscures des hypogées. Jusqu'alors les Pharaons avaient en vain confié au granit et au balaste le soin de transmettre leur noms et leurs victoires aux temps les plus reculés. Dans les Notices qu'il rédigea à son retour d'Égypte, Champollion décrivit avec une rare sûreté archéologique les monuments qu'il venait de visiter, et en reproduisit les inscriptions avec la plus scrupuleuse fidélité.

LES TEXTES DE
J.-F. CHAMPOLLION
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L'Égypte : Lettres
et journaux du
voyage (1828-1829)

L'enthousiasme,
sur le vif, du savant,
explorateur et poète
Grammaire égyptienne
Les principes de l'écriture sacrée appliqués à la représentation de la langue parlée
C'est dans ce manuscrit, dont la publication plus hâtive eût avancé de vingt ans les progrès du déchiffrement, que se trouve la dernière pensée du maître. La Grammaire égyptienne, qu'il appelait sa « carte de visite à la postérité », ne parut qu'après sa mort, et constitue un des monuments faisant le plus d'honneur à l'esprit humain.

Il se proposait de reprendre le Panthéon égyptien pour lequel il avait des matériaux sans fin, et de publier les monuments de l'Egypte et de la Nubie avec son collègue Rosellini. L'académie des inscriptions venait de l'admettre en son sein le 7 mai 1830. On avait créé pour lui une chaire d'antiquités égyptiennes au Collège de France, et l'on attendait impatiemment qu'il vînt la remplir, lorsque une maladie dont il avait puisé le germe dans le sables de l'Egypte jeta l'alarme dans sa famille. Forcé d'aller dans sa ville natale pour se rétablir, il sembla effectivement y recouvrer la santé. Mais une attaque d'apoplexie le frappa au milieu de sa convalescence, et il expira le 4 mars 1832. Le gouvernement ordonna que sa statue serait dressée dans la ville de Figeac  mais ce projet ayant été mal secondé, elle sera placée au Collège de France. Une pension de 3 000 francs fut votée à sa veuve par les deux chambres.

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