Personnages célèbres ou méconnus. Biographies. Vie et oeuvre
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Michel de NOSTREDAME, dit NOSTRADAMUS
(D'après Revue du seizième siècle paru en 1923 et Les vraies
Centuries et prophéties... avec la vie de l'auteur
paru en 1688)
Partie 1/4

De nombreux écrivains ont étudié Nostradamus, mais toujours pour énoncer leurs idées préconçues et les justifier par des arguments qui ne sont en définitive que les réitérations de leurs préjugés pour ou contre le prophète. Même les contemporains de Nostradamus, et ceux qui auraient pu parler de lui avec quelque vérité, ont manqué de modération, et ses apologistes ne sont pas moins coupables que ses détracteurs.

Michel de Nostredame, « médecin du roy Henri II, et le plus grand astronome qui fut jamais », naquit à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône) le 14 décembre 1503. Si les prophéties de Nostradamus sont remplies de désastres et de pestes, c'est dû peut-être à une influence prénatale, car à ce moment la peste sévissait dans toute la région, et, le
Maison natale de Nostradamus à Saint-Rémy-de-Provence
Maison natale de Nostradamus
à Saint-Rémy-de-Provence
jour même de sa naissance, le parlement d'Aix, nouvellement constitué, quitta, en faveur de Brignoles, cette ville infestée.

Saint-Rémy était déjà ce qu'il demeura ensuite, un village typique de Provence, peu éloigné des villes antiques, Arles et Avignon. Il respire l'antiquité ; son arc de triomphe et son mausolée, abrités par les rocailleuses Alpines, sont encore des témoins éloquents de l'occupation romaine. Comme aujourd'hui, l'esprit provençal y florissait dans toute sa vigueur. C'est à quatre kilomètres de Saint-Rémy, à Maillane, que Mistral a opéré la renaissance provençale.

L'éducation du jeune homme se fit sous les auspices les plus favorables. La Renaissance commençait. « La découverte de l'Italie » venait de s'accomplir et les armées de Charles VIII et de Louis XII avaient passé tout près de Saint-Rémy. François Ier devait conduire les siennes par la même route. On ne se rendait pas encore compte de l'importance des événements historiques en cours ; toutefois l'activité intellectuelle et guerrière ne pouvait guère manquer de faire une grande impression sur les habitants de cette région.

Mais dans la famille Nostredame on n'avait pas attendu la Renaissance pour s'instruire. Des côtés paternel et maternel le jeune Michel avait reçu un excellent héritage intellectuel, ses aïeux ayant eu une bonne éducation. L'un de ses grands-pères avait été médecin de la ville d'Arles. Jean, duc de Calabre, l'emmena à la cour de son père, René le Bon, et ce bon roi l'honora de son amitié et de sa confiance. Ce fut là qu'il devint chrétien et prit le nom de Pierre Nostre-Done. On ignore son nom originel. L'autre grand-père fut le médecin du duc Jean et donna à sa fille, la mère de Michel, le nom de Renée. Jaume ou Jacques de Nostredame, le père de Michel, fut notaire royal à Saint-Rémy, position qui exigeait une intelligence et une éducation d'un niveau élevé.

Ce fut son grand-père maternel (son bisaïeul, selon Jean-Aimé de Chavigny) qui se chargea de l'instruction de l'enfant, et qui lui donna « comme en se jouant un premier goust des sciences célestes ». Après la mort de celui-ci « il fut envoyé en Avignon pour apprendre les lettres humaines », nous révèle Chavigny dans la préface de ses Commentaires sur les Centuries (1596).

Dans La vie et le testament de Michel Nostradamus (1789), un auteur anonyme et assez crédule se fait un grand plaisir de représenter son héros comme un prodige d'intelligence, supérieur de beaucoup à ses compagnons. Sa mémoire remarquable lui permettait d'apprendre par cœur toutes ses leçons à la première lecture. Parfois il remplaçait ses professeurs et initiait les élèves aux mystères des sciences naturelles, surtout de l'astronomie. Il ne mit pas longtemps à épuiser les ressources du collège d'Avignon, d'où il partit pour Montpellier dans l'intention de devenir médecin. Il dut avoir une intelligence extraordinaire, si l'on en croit Chavigny, car à l'âge de vingt-deux ans il était déjà prêt à être reçu docteur.

Mais à ce moment il fut pris de la manie de voyager. Une épidémie se déclara dans la région de Bordeaux, Narbonne et Toulouse, expliquant son départ de Montpellier pour pratiquer pendant quatre ans la science qu'il avait acquise. Au bout de ce temps il retourna à Montpellier, où il fut officiellement reçu docteur en 1529, mentionne Jean Astruc dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de la Faculté de Montpellier (publiées en 1767, peu après la mort de l'auteur). C'est la première notion officielle que nous trouvions sur lui.

Les nostradamistes racontent avec plus d'enthousiasme que d'authenticité que le génie du jeune prodige frappa d'admiration les savants professeurs de la Faculté et que sa réception fut accompagnée d'applaudissements universels. De plus, affirme Eugène Bareste dans son Nostradamus (1840), ses collègues, avec une unanimité touchante, insistèrent si vivement qu'il dut consentir à rester à Montpellier pour enseigner. En effet, Chavigny nous dit qu'il « passa au doctorat... en peu de temps, non sans preuve, louange et admiration de tout le collège ». Quant à son professorat, la coutume était, dit Astruc, que les nouveaux docteurs restassent quelque temps pour donner des conférences. Si Nostradamus avait eu le succès que lui attribuent ses partisans, on pourrait s'attendre à en trouver quelque mention chez Rabelais qui entrait à Montpellier presque au moment où Nostradamus était reçu. Mais si Rabelais savait quelque chose il n'en dit rien.

Après avoir quitté Montpellier, Nostradamus disparut pour quelque temps. Nous le retrouvons à Agen, en relations avec J.-C. Scaliger, « personnage avec lequel il eut grande familiarité, qui toutesfois se changea quelque temps après en forte simulté et pique » écrit Chavigny. Il se plut tant à Agen qu'il y épousa « une fort honorable demoiselle » dont il eut deux enfants.

Ayant perdu femme et enfants, et s'étant brouillé avec Scaliger, il se mit encore à voyager. Pendant dix ans (1534-1544), il erra un peu partout sans laisser de traces. On ne sait de lui pendant cette période que le peu qu'il daigne nous dire dans son Opuscule, où il parle de ses voyages en France, en Italie et en Sicile. Les fruits de ces voyages, si l'on en croit l'Opuscule, furent de nombreuses recettes pour faire des confitures et pour « embellir la face », bien qu'il paraisse avoir passé une partie de son temps à observer l'exercice de la médecine et de la pharmacie.

Enfin, rassasié de voyages, il pensa à sa province natale. Sur les instances de ses amis, il choisit pour résidence la petite ville de Salon de Crau, située dans un désert aride et sans attraits, qui devait bientôt être transformé en une région fertile par le canal de Craponne. C'était là une situation stratégique d'où il pouvait servir les habitants de quatre villes importantes, Marseille, Aix, Arles et Avignon, qui abondaient en malades et manquaient de médecins. Parmi les citoyens de Salon, il s'en trouvait quelques-uns avec qui il pouvait être sur un pied d'égalité intellectuelle. Cette élite
Michel de Nostredame, dit Nostradamus
Michel de Nostredame,
dit Nostradamus
comprenait Adam de Craponne, l'ingénieur célèbre ; le poète et historien Étienne d'Hozier, plus connu par son fils Pierre, et la famille Suffren.

Peu de temps avant son arrivée à Salon, dit Chavigny dont la mémoire est peut-être en défaut, Nostradamus eut l'occasion d'exercer sérieusement son talent médical. En 1546, la peste fit une de ses irruptions périodiques à Aix, et il fut retenu pendant trois ans par la municipalité pour en combattre les ravages. Les circonstances de ce séjour varient selon l'imagination des divers biographes. Les archives de la ville cependant ne contiennent nulle indication de ce service officiel, ni de la pension qui lui aurait été servie par la municipalité reconnaissante.

Nostradamus lui-même nous donne quelques renseignements sur ce point dans le chapitre VIII de son Opuscule : « ... l'an 1546 que je feus esleu et stipendié de la cité d'Aix en Provence où, par le senat et le peuple, je feus mis pour la conservation de la cité où la peste estoit tant grande et tant espouvantable, qui commença le dernier de may et dura neuf mois tous entiers. » Et il nous donne la recette d'une « poudre de senteur » qui, portée dans la bouche, était un remède infaillible contre la contagion ; ceux qui ne s'en servaient pas, affirme-t-il, mouraient sans exception.

Après avoir remporté une victoire si glorieuse à Aix, il ne demandait qu'à répéter son succès ailleurs. Les occasions ne manquaient pas, et ses biographes en ont profité. Bareste, comme d'ordinaire, dépasse tous les admirateurs enthousiastes de Nostradamus dans son tableau de la situation où Lyon se trouvait en 1547. Une épidémie s'y était déclarée, toute pareille à celle que Nostradamus venait de vaincre. Le grand homme ne perdit pas de temps et se hâta vers la ville affligée. Une difficulté l'y attendait, un rival, qui n'était autre que le médecin Jean-Antoine Sarrazin. Celui-ci voulait se créer une réputation analogue à celle que Nostradamus s'était acquise à Aix, et à cet effet il faisait des efforts surhumains.

Mais il manquait de science et d'expérience et ne réussissait point. Cependant le futur prophète, avec un sentiment très juste des convenances professionnelles, refusa de s'en mêler ; le peuple, affligé, ne voulait pas toutefois se laisser exterminer par la peste pour de telles vétilles. Dès que les Lyonnais surent que le sauveur d'Aix était parmi eux, ils le demandèrent par acclamation. Ne pouvant ignorer cet appel, Nostradamus se mit à l'œuvre, et un mois plus tard le fléau dévastateur n'existait plus. La joie était peinte sur tous les visages (sauf sans doute sur celui de Sarrazin) ; Nostradamus, chargé d'honneurs et de cadeaux et escorté des autorités municipales, partait en triomphe pour Salon.

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