Personnages célèbres ou méconnus. Biographies. Vie et oeuvre
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Michel de NOSTREDAME, dit NOSTRADAMUS
(D'après Revue du seizième siècle paru en 1923 et Les vraies
Centuries et prophéties... avec la vie de l'auteur
paru en 1688)
Partie 4/4

Un autre événement que Nostradamus a prédit, ou plutôt postdit, est la révolte des Bordelais qui eut lieu en 1548 contre la gabelle. A cette occasion on sonna le tocsin pendant une demi-journée. La région rebelle comprenait Bordeaux, la Saintonge, Poitiers et Langon. Montmorency fut envoyé par Henri II pour supprimer la rébellion. Tout cela se lit parfaitement dans I, 90 :

Bourdeaux, Poictiers au son de la campa(g)ne,
A grande classe ira jusqu'à L'Angon,
Contre Gaulois sera leur tramontane,
Quand monstre hideux naistra près de Orgon.

Au mois d'août 1529, Charles-Quint entreprit une expédition navale, partant d'Espagne pour l'Italie, avec une grande flotte et 10 000 hommes :

Quand les colonnes de bois grande tremblée (les mâts),
D'Auster conduicte, couverte de rubriche (la bannière espagnole),
Tant vuidera dehors grande assemblée (l'armée),
Trembler Vienne et le pays d'Autriche.
(Centuries, I, 82)

Un autre quatrain qui ne laisse aucun doute sur sa signification est II, 90 :

Par vie et mort changé regne d'Ongrie,
La loi sera plus aspre que service,
Leur grand cité d'hurlements plaincts et crie,
Castor et Pollux ennemis dans la lice.

Ce quatrain « prédit » un événement de 1526 et des années suivantes. Louis II de Hongrie fut tué dans une bataille en 1526. Deux prétendants au trône se présentèrent,
Deuxième édition des prophéties de Nostradamus (1557)
Deuxième édition des
prophéties de Nostradamus (1557)
Ferdinand, beau-frère de Louis, et Jean Zapoliska, voïvode de Transylvanie. Celui-ci, à l'aide de Soliman, reçut la couronne, mais à condition que Ferdinand lui succéderait. Jean se maria, quoique déjà vieux, et quand sa femme lui donna un fils il mourut de joie. La veuve, désirant garder la couronne pour le fils, recourut encore à Soliman. Celui-ci vainquit le parti de Ferdinand et prit possession du pays pour son propre compte. Les Hongrois ne se débarrassèrent de lui qu'à l'aide de Charles-Quint. Nostradamus décrit à merveille cet état de choses en disant : « Le règne de Hongrie, troublé par une mort et une naissance, trouvera la loi (de Soliman) moins à son goût que ses services. Les deux amis se battent. »

Egalement clair est le quatrain X, 27 :

Par le cinquiesme et un grand Hercules
Viendront le temple ouvrir de main bellique ;
Un Clement, Jule et Ascans reculés,
Lespe (espée, ou Espagne) clef, aigle n'eurent
[onc si grand pique.

Il s'agit ici de la prise de Rome par Charles-Quint en 1527. Il faudrait lire, « (Charles) Cinq et Bourbon viendront ouvrir le temple (le Vatican). Clément (VII), c'est-à-dire Jules (de Médicis), et les Italiens repoussés ; jamais l'Empire et la papauté ne se brouillèrent tant ». On ne peut pas être plus explicite. Si le quatrain précédent démontre la confiance que Nostradamus avait en son camouflage littéraire, celui qui raconte la bataille de Pavie ne la prouve pas moins :

Armée celtique en Italie vexée,
De toutes parts conflict et grande perte,
Romains fuis, O Gaule repoulsée,
Près du Thesin, Rubicon pugne incerte.
(Centuries, II, 72)

Le troisième vers servirait à identifier l'événement. On se rappelle que François Ier, trompé par un mouvement des troupes impérialistes, crut que l'ennemi s'enfuyait et se précipita en avant, suivi de son armée, qui ainsi « couvrit son artillerie et lui osta le moyen de jouer son jeu », écrit Du Bellay dans ses Mémoires. L'erreur fut fatale et perdit tout, fors l'honneur. Le Tessin (en italien Ticino) est une rivière qui passe près de Pavie.

Le palais des Papes, à Avignon, dans l'ombre duquel Nostradamus reçut son éducation secondaire, lui aura suggéré I, 32 :

Le grand Empire sera tost translaté
En lieu petit qui bientost viendra croistre,
Lieu bien infime d'exigüe comté,
Ou au milieu viendra poser son sceptre.

Il est facile de reconnaître le massacre des Vaudois dans IV, 63 :

L'armée celtique contre les montaignards,
Qui seront sceuz et prins à la pipée,
Paysans fresz pulseront tost faugnards,
Precipitez tous au fil de l'espée.

On ne doutera pas de la bonne foi d'un nostradamiste enthousiaste, Balthasar Guynaud (Concordance ces prophéties de Nostradamus avec l'histoire, depuis Henri II jusqu'à Louis le Grand, 1693), qui à son insu, tombe sur la bonne méthode d'interpréter les Centuries. Il est à remarquer cependant que son identification, toute parfaite qu'elle soit, n'a jamais été relevée par ses successeurs, ce qui est extraordinaire. Le quatrain dont il s'agit est VII, 38 :

L'aisné royal sur coursier voltigeant,
Picquer viendra si rudement courir,
Gueulle, lipée, pied dans l'estrein (estrier ?) pleignant,
Traîné, tiré, horriblement mourir.

Dans son commentaire, Guynaud cite l'historien Sainte-Marthe, livre XIV, où on lit que le 25 mai 1555 Henri d'Albret II, roi de Navarre, piqua si durement un jeune cheval qu'il montait que l'animal s'emporta. Le roi, en s'efforçant de le gouverner, lui déchira la bouche. Le cheval se cabra, le chevalier fut désarçonné, son pied se prit à l'étrier et il fut traîné, tête basse, et tué. Jamais prophétie ne fut plus complètement réalisée. Or, ce quatrain ne se trouvait pas dans la première édition (1555) qui se termine à IV, 53, et on ne trouve cette prophétie pour la première fois que dans l'édition de 1557. On conclura ce qu'on voudra.

Un autre justificateur est Anatole Le Pelletier (Les oracles de Michel de Nostredame, Astrologue, Médecin et Conseiller Ordinaire des Rois Henri II, Francois II et Charles IX, 1867), qui a étudié à fond les Centuries. Malgré les exagérations de sa tâche, il est très habile, et une fois au moins il frappe juste. Ici il s'agit du quatrain III, 44, qui montre mieux que n'importe quel autre l'habileté du prophète :

Quand l'animal à l'homme domestique,
Après grands peines et sauts viendra parler,
Le foudre à vierge (verge ?) sera si malefique,
De terre prinse et suspendue en l'air.

Voici l'explication de Le Pelletier : « Construction : Quand le chien, après beaucoup d'essais, sautera et parlera, la foudre, chargée avec la baguette qui se tire des entrailles de la terre et qu'on meut rapidement de haut en bas, sera très nuisible. Scolie : Quand le chien du fusil aura été inventé après beaucoup d'essais, et qu'il
Nostradamus faisant voir à Catherine de Médicis le trône de France occupé par Henri de Navarre
Nostradamus faisant voir à Catherine de Médicis
le trône de France occupé par Henri de Navarre
produira l'explosion par la détente d'un ressort, le salpêtre, chargé à la baguette de fer et lancé comme la foudre par le tube du fusil, deviendra très meurtrier. »

Dans une note au bas de la page Le Pelletier ajoute : « L'invention du fusil date le 1630 et son introduction dans l'armée de 1671. Il est extrêmement remarquable que Nostredame ait prédit, sous une paraphrase aussi transparente, le nom d'une pièce mécanique qui ne devait exister qu'un siècle plus tard et qu'on pouvait appeler tout autrement. » Le Pelletier ignorait évidemment que d'autres espèces d'armes à feu ayant également un chien avaient existé longtemps avant l'invention du fusil.

Il y a des vers sur lesquels les partisans du prophète insistent vivement, et qui d'ailleurs sont moins faciles à expliquer. Il est intéressant de citer un quatrain qui fait la gloire des justificateurs, puisqu'il paraît annoncer l'exécution du roi Charles Ier d'Angleterre. Le prophète ne donne qu'un vers à cet événement important, il est vrai, mais ce vers est très clair, tandis que les trois autres sont bien vagues :

Gand et Brucelles marcheront contre Anvers,
Senat de Londres mettront à mort leur roy ;
Le sel et le vin luy seront à l'envers,
Pour eux avoir le règne en desarroy.
(Centuries, IX, 49)

Le numéro de ce quatrain (49) présente une coïncidence, car Charles Ier fut décapité en 1649, à la quarante-neuvième année de son âge. Nous offrons cette constatation pour ce qu'elle vaudra.

Nous avons déjà parlé de la prédiction où Nostradamus annonce à Henri de Navarre qu'il sera roi de France. Les Centuries témoignent de sa conviction à cet égard. A trois reprises il y est parlé de la maison de Vendôme et de l'ascendant qu'elle va prendre sur celle de Lorraine :

Grand Mendosus obtiendra son empire (IX, 45),
Mendosus tost viendra à son haut regne,
Mettant arriere un peu le Norlaris (IX, 50) :
Le ranc lorrain fera place à Vendosme (X, 18).

Il est impossible de ne pas reconnaître la vérité de ces vers. Il est à remarquer cependant qu'ils furent écrits après le voyage du prophète à Blois en 1556, occasion où il tira l'horoscope des jeunes princes (la préface des centuries VIII-X est datée du 27 juin 1558).

On se reportera utilement à l'ouvrage paru en 1688 et intitulé "Les vrayes Centuries et prophéties de maistre Michel Nostradamus, où se void représenté tout ce qui s'est passé, tant en France, Espagne, Italie, Allemagne, Angleterre, qu'autres parties du monde, reveües et corrigées suyvant les premières éditions imprimées en Avignon en l'an 1556, et à Lyon en l'an 1558, et autres, avec la vie de l'autheur". Il rassemble l'ensemble des Centuries de la milliade.

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Les vraies Centuries et prophéties, avec la vie de l'auteur
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