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Michel de NOSTREDAME, dit NOSTRADAMUS
(D'après Revue du seizième siècle paru en 1923 et Les vraies
Centuries et prophéties... avec la vie de l'auteur paru en 1688) Partie 3/4
Publié à Amsterdam en 1688, l'ouvrage intitulé Les vraies Centuries et prophéties... avec la vie de l'auteur affirme que Nostradamus était de stature un peu moindre que la moyenne, de corps robuste, allègre et vigoureux. Il avait le front grand et ouvert, le nez droit et égal, les yeux gris, le regard doux et en ire comme flamboyant, le visage sévère et riant, de sorte qu'on devinait sous sa sévérité une grande humanité, « les joues vermeilles, voire jusqu'à l'extrême âge, la barbe longue et épaisse, la santé bonne et gaillarde, si nous exceptons la vieillesse, et tous les sens aigus et très entiers ». Quant à l'esprit, peut-on également lire, il l'avait vif et bon : le jugement subtil, « comprenant légèrement tout ce qu'il voulait, la mémoire felice et admirable, de nature taciturne pensant beaucoup et parlant peu, discourant très bien en temps et en lieu, On se rend difficilement compte du nombre d'adeptes et de fervents que fit Nostradamus. Sa popularité fut énorme pendant longtemps et, malgré l'avènement de la raison, il a encore un assez grand nombre de partisans. Un commentaire anecdotique au sujet des Centuries est peut-être celui de Théophile de Garencières qui, en 1678, traduisit en anglais les prophéties de Nostradamus : « Celui-ci fut le premier livre où j'appris à lire, car c'était alors la coutume, vers 1618, d'initier les enfants par ce livre ; premièrement en raison de la difficulté des mots, deuxièmement afin de leur faire connaître le vieux français tel qu'il est employé à présent dans les lois anglaises, et troisièmement pour le charme et la variété des matières, de sorte que ce livre fut imprimé tous les ans comme un almanach ou premier texte pour les enfants. » Il ajoute que quelques personnes étudiaient les Centuries si assidûment qu'elles étaient devenues folles, ou peu s'en fallait. L'année 1792 avait rappelé l'attention sur Nostradamus. On trouvait, en effet, vers la fin de la lettre à Henri II, qui sert de préface aux trois dernières Centuries, la prédiction de « plus grande persecution à l'Eglise chrestienne que n'a esté faite en Afrique, et durera cette icy jusques à l'an mil sept cens nonante deux, que l'on cuidera estre une renovation de siecle... ». Il se fit en effet une « rénovation de siècle » en cette année, le commencement de l'ère républicaine. On n'a eu garde cependant d'insister longuement sur le contexte de cette prédiction. Nostradamus ne fut-il qu'un imposteur, un charlatan ? Non, mais les recherches sur les Centuries portent à croire qu'il ne se prenait pas lui-même au sérieux, ni son public non plus. Écoutons ce qu'il déclare en exprimant son opinion sur ce dernier dans sa Lettre à César : « Considérant aussi la sentence du vrai Sauveur : Nolite sanctum dare canibus, nec mittatis margaritas ante porcos, ne conculcent pedibus et conversi dirumpant vos, qui a été la cause de faire retirer ma langue au populaire et la plume au papier. » Nous avons vu que Nostradamus n'avait guère raison d'être content de ses concitoyens, et il paraît fort probable que les Centuries sont la vengeance des maux qu'il avait soufferts. C'est une vengeance nouvelle et extraordinaire qu'il méditait, et pour cette raison d'autant plus efficace. Nostradamus s'est donné une peine infinie et pour rendre obscure la signification de ses prédictions, et pour décourager
Le langage même des préfaces se moque de l'intelligence et de la naïveté des lecteurs, comme le montre la Lettre à César : « Mais, mon fils, je te parle un peu trop abstrusement ; mais, quant aux occultes vaticinations qu'on vient à recevoir par le subtil esprit du feu, qui quelquefois par l'entendement agité, contemplant le plus haut des astres, comme estant vigilant, mesmes qu'aux prononciations, estant surprins escript prononçant sans crainte moins attainct d'invereconde loquacité, mais quoy ? tout procedoit de la puissance divine du grand Dieu eternel, de qui toute bonté procede ». Et encore, « parquoy estant les causes indifferentes indifferemment produictes et non produictes, le presage partie advient, ou a esté predict ». Tout cela rappelle les plaidoyers de Baisecul et Humevesne dans Rabelais. Au lieu de César, il faut lire « mes idiots concitoyens ». A l'intention des interprètes, Nostradamus a inséré à la fin de la sixième centurie, la « Legis cautio », un avis vaguement formidable et menaçant :
Ici il montre très peu de respect pour les astrologues, lui qui prétend en être, en les classifiant avec les Blenni, « qui auroient bien besoin de soy moucher », dit-il dans sa seconde préface, et avec les Barbari. Mais il se rend bien compte des faiblesses de la nature humaine, et il assure l'interprétation des Centuries en l'interdisant, tout à fait comme il gagne le respect de ses lecteurs en parlant d'eux avec mépris. Nostradamus se montre passé maître en figures, dont il suggère la solution (malgré sa défense pseudo-sérieuse) en insérant des anagrammes faciles de noms bien connus : Rapis (Paris), Eiouas (Savoie), Mendosve et Mendosus (Vendosme), Chiren (Henri-c) et beaucoup d'autres. En effet, le bon Michel ne se trompait point ; les commentateurs, par des efforts incalculables, sont arrivés à déchiffrer à leur manière ses références cryptographiques, et les résultats ainsi obtenus sont une preuve éclatante que le prophète se faisait une idée juste de leur intelligence. On trouve toutefois des vers qu'il est difficile de ne pas expliquer, même pour ceux qui n'ont pas l'intention de justifier le prophète. Il n'y a pas besoin d'être nostradamiste pour voir Napoléon Ier dans ce quatrain :
Autrement difficiles sont les nombreux quatrains tels que V, 4 :
Ceux qui ne seraient pas partisans de la prophétie diraient qu'une telle façon de parler indique une admirable fécondité d'imagination, car il y a environ mille quatrains, tous plus abstrus les uns que les autres. Mais il y a mieux que cela à trouver, si on les examine bien. Beaucoup d'entre eux, peut-être tous, avaient pour Nostradamus une vraie signification. Afin de se faire passer pour prophète, il faut annoncer des événements possibles. Or, il n'y a rien de possible que ce qui s'est déjà passé, et Nostradamus savait bien que l'histoire se répète. Aussi, pour se donner de bons sujets de prophétie, a-t-il eu recours à l'histoire passée, d'où il a extrait des événements frappants, en les déguisant si habilement qu'ils ne se laissent pas facilement reconnaître. C'est sans doute porter un coup cruel aux beaux mystères des Centuries que de les qualifier de la sorte, surtout si l'on peut prouver l'accusation, et les justificateurs ne seront pas plus contents de la
Ce n'est pas alors par fanfaronnade que Nostradamus déclare pouvoir annoncer les détails de chacune de ses prophéties, et pour démontrer ceci il suffit de citer seulement quelques-unes des nombreuses prophéties d'après coup. Il faut retenir que les Centuries furent publiées à partir de 1555.
C'est-à-dire : Ceux qui ont la barbe naturellement frisée / vaincront les fiers et cruels ; / le grand Henri, qui est loin, délivrera / ceux qui auront été pris par la bannière au croissant (ou de Sélim). Éclaircissement : en 1551, le corsaire ottoman Dragut s'empara de Tripoli sur les chevaliers de Malte. Henri II envoya Gabriel d'Aramon à Tripoli et celui-ci secourut une quarantaine des chevaliers, les seuls qui restaient. Peut-on prophétiser plus juste ? :: Biographie de Nostradamus - Partie 1/4 - Partie 2/4 - Partie 4/4 |
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