Mots d'histoire, vocabulaire, expressions pittoresques
Aux différentes époques de notre histoire, on rencontre des dénominations particulières appliquées à l'usage des événements, à des partis, ou à certaines classes d'individus. Cette rubrique vous en révèle l'origine ou la signification, choisissant les plus pittoresques de ces mots curieux et bizarres.
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Journée des Dupes
Pendant une maladie dangereuse que Louis XIII fit à Lyon au mois de septembre 1630, ce prince, sous l'influence de sa mère Marie de Médicis et de sa femme Anne d'Autriche, promit de chasser Richelieu. Lorsqu'il fut revenu à Paris, comme il hésitait encore à tenir sa promesse, les obsessions recommencèrent, et l'orage éclata.

Le 9 novembre, la reine-mère ôta au cardinal l'intendance de sa maison, et chassa les personnes dont il l'avait entourée. Le lendemain matin le roi alla voir la reine-mère qui logeait au Luxembourg. « Ils s'enfermèrent tous deux dans son cabinet, dit Bassompierre. Le roi venoit la prier de superséder encore six semaines ou deux mois avant d'éclater contre M. le cardinal pour le bien des affaires de son Etat, qui étoient alors en leur crise... Comme ils étoient sur ce discours, M. le cardinal arriva, qui, ayant trouvé la porte de l'antichambre de la chambre fermée, entra dans la galerie et vint heurter à la porte du cabinet où personne ne répondit.

« Enfin, impatient d'attendre et sachant les êtres de la maison, il entra par la petite chapelle, la porte de laquelle n'ayant pas été fermée, M. le cardinal y entra, dont le roi fut un peu étonné, et dit à la reine tout éperdu : Le voici, croyant bien qu'il éclateroit. M. le cardinal, qui s'aperçut de leur étonnement, leur dit : Je m'assure que vous parliez de moi. La reine lui répondit : Non faisions. Sur quoi lui ayant répliqué : Avouez-le, madame, elle dit que oui. » Alors elle s'abandonna à toute la violence d'une colère longtemps contenue, et accabla son ennemi, moitié en français, moitié en italien, des épithètes les plus injurieuses.

Richelieu tenta inutilement de la fléchir, et ne s'en alla que pour essayer de rejoindre le roi qui s'était enfui précipitamment, et se rendit de suite à Versailles. Rentré chez lui, le cardinal se crut perdu ; il donna ordre de diriger les équipages sur Pontoise, d'où il comptait se retirer au Havre-de-Grâce, ville qui lui appartenait. Les deux reines, les ennemies du cardinal, triomphaient.

Mais le lendemain 11 novembre, le roi fit appeler son ministre, qui, sur l'avis d'un ami dévoué, s'était rendu secrètement à Versailles. Un court entretien suffit pour sceller la réconciliation du roi et de Richelieu. Louis lui promit de le maintenir contre tous ceux qui avaient juré sa perte. Aussitôt après l'entrevue, le chancelier de Marillac fut révoqué et jeté en prison. Son frère, le maréchal de Marillac, fut arrêté par les maréchaux de Schomberg et de La Force, qui commandaient avec lui l'armée de Piémont. Anne d'Autriche fut reléguée au Val-de-Grâce, et toute sa maison changée. Richelieu devint plus puissant que jamais. Les courtisans appelèrent Journée des Dupes cette journée.

Écorcheurs
C'est le nom que l'on donna aux bandes d'aventuriers qui désolèrent la France sous Charles VII. Ces bandes, composées en grande partie de cadets et de bâtards de familles nobles, suivis de leurs vassaux, avaient pour chefs les plus puissants seigneurs ou les plus vaillants capitaines du royaume, entre autres un fils du comte d'Armagnac, dit le Bâtard de Bourbon, Rodrigue de Villandras, Guillaume et Antoine de Chabannes, et même Xaintrailles et La Hire.

Le royaume ne fut délivré de leurs horribles ravages que lorsque le Dauphin Louis les eut emmenés contre les Suisses en 1444. Après cette guerre meurtrière, les aventuriers qui avaient survécu rentrèrent en France plus disposés à l'obéissance, et ils furent enfin désorganisés complètement par la création des compagnies d'ordonnance, où la plupart d'entre eux s'enrôlèrent. Les écorcheurs sont encore désignés par les auteurs contemporains sous les noms d'Armagnacs, de grandes compagnies, de routiers, de trente mille diables, quinze mille diables, de houspilleurs, de tondeurs, etc.

Journée des Éperons d'or
On appelle ainsi la sanglante bataille de Courtrai, où les Français furent vaincus par les Flamands, le 11 juillet 1302. « Là, disent les chroniques de Saint-Denis, gisoient moult de nobles hommes dont c'est grand dommage : Robert, comte d'Artois ; Godefroi, duc de Brabant, avec son fils le seigneur de Vierzon ; Pierre Flotte, chancelier de France ; Jehan, fils du comte de Hainaut ; Raoul, seigneur de Nesle, connétable de France, et Gui son frère, maréchal de l'Host ; Aimeri le chambellan, comte de Tancarville ; Jacques de Saint-Paul, gouverneur de Flandre, qui était cause de la guerre ; les comtes d'Eu, d'Aumale, de Dreux, de Dammartin, de Soissons, de Vienne, Simon de Melun, maréchal de France, le maître des arbalétriers, Regnault de Trie, le bon chevalier, deux cents chevaliers bannerets, et moult bacheliers et d'écuyers hardis et preux, jusqu'au nombre de six mille hommes d'armes. »

La chevalerie française, sur laquelle avait porté tout le poids de la bataille, n'avait pas encore essuyé un pareil désastre. Les éperons d'or des vaincus furent recueillis par les Flamands et suspendus en trophée dans la principale église de Courtrai. De là vint le surnom donné à cette journée.

Journée des Éperons
Au mois d'août 1513, la ville de Térouanne était assiégée par trente mille fantassins presque tous Anglais, et cinq ou six mille cavaliers allemands ou flamands, sous les ordres de Henri VIII et de l'empereur Maximilien. Une armée française s'approcha pour secourir la place ; et comme la garnison manquait de vivres, le commandant de l'armée française, le seigneur de Piennes, dit Martin Du Bellay, conclut d'envoyer Fontrailles, capitaine-genéral des Albanais (Ecossais), avec ses gens, « portant chacun Albanois sur le cou de son cheval un côté de lard et de la poudre à canon ; lesquels devoient donner jusques au bord des fossés de la ville, et jeter ledit lard et poudre en lieu où nos gens, à la garde de leur arquebuzerie et artillerie, le pussent sûrement retirer dedans la ville, et que, ce temps pendant, ledit seigneur de Piennes et de La Palice, avec quatorze cents hommes d'armes, les suivoient jusques sur le haut de Guinegatte pour les soutenir : chose qui fut exécutée par les Albanois bien et dextrement...

« Ayant exécuté ce qu'ils avoient entrepris, le seigneur de Piennes fut d'avis de se retirer. Mais quelques jeunes hommes eurent envie d'aller reconnoître le camp de l'ennemi ; autres, pour la grande chaleur qu'il faisoit (car c'étoit la mi-août), se voulurent refreschir, ôtant leurs habillemens de tête, montant sur leurs haquenées et buvant à la bouteille, n'ayant égard à ce que pouvoit faire l'ennemi, et montrant peu d'obéissance à leur chef. Mais cependant qu'ils s'amusoient à leur plaisir, l'ennemi ne dormit pas, car il fit partir de son camp quatre ou cinq mille chevaux et le nombre de dix à douze mille hommes de pied, tant lansquenets qu'Anglais, et sept ou huit pièces d'artillerie de campagne, lesquelles passant la rivière du Lys, près de Dellette, vinrent attendre nos gens au passage de la rivière qui passe à Huchin, auquel lieu trouvant notre cavalerie en désordre devant qu'ils eussent loisir de monter sur leurs grands chevaux et prendre leurs habillements de tête, furent mis en tel désordre qu'il se trouva peu des nôtres qui eussent le moyen de combattre ; et parce que les éperons servirent plus que l'épée, fut nommée la Journée des éperons. »

Les Français n'eurent pas quarante hommes tués dans cette triste affaire ; mais un grand nombre de seigneurs et de capitaines illustres, entre autres Bayard, tombèrent au pouvoir des ennemis. Térouanne, n'espérant plus être secourue, se rendit le 22 août.

Escadron volant
C'était le nom que l'on donnait, vers 1576, à une troupe de jeunes femmes que Marguerite de France, épouse de Henri IV, traînait toujours avec elle, et dont elle se servit plus d'une fois dans les négociations (voir Guerre des Amoureux).


 

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