Mots d'histoire, vocabulaire, expressions pittoresques
Aux différentes époques de notre histoire, on rencontre des dénominations particulières appliquées à l'usage des événements, à des partis, ou à certaines classes d'individus. Cette rubrique vous en révèle l'origine ou la signification, choisissant les plus pittoresques de ces mots curieux et bizarres.
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Parti des Ganifs ou Ganivets
Durant la Fronde, en 1650, deux partis ennemis divisèrent la ville d'Aix et troublèrent quelque temps la Provence. « C'étaient, dit Bouche (Histoire de Provence, liv. X), le parti des Sabreurs, qui tenaient pour les princes contre le cardinal, et celui des Ganifs ou Ganivets, qui tenaient pour le roi et le cardinal contre les princes, ainsi dits peut-être de ce qu'on les croyait être des ganifs et des tranche-plumes au regard des sabres ; lesquels deux partis ont été autrement surnommés dans la ville de Draguignan, du nom de Sabreurs et de celui de l'Industrie, ce dernier étant une même chose avec celui de Ganifs de la ville d'Aix ; et tout ceci ne procédait que de l'intérêt particulier des chefs de chaque parti, lesquels, pour se venger de leurs ennemis, y mêlaient l'intérêt de l'État. »

Gauthiers
Paysans armés qui, de 1587 à 1589, se soulevèrent dans le Perche et dans presque toute la Basse-Normandie pour défendre leurs propriétés et leur liberté contre les gens de guerre. « Ces troupes de paysans , dit de Thou dans son Histoire universelle, étaient ainsi nommés de La Chapelle-Gauthier (village du Perche). Ils avaient commencé à prendre les armes pour se défendre contre les entreprises des troupes qui couraient la province. D'abord ils n'avaient exercé aucune violence ; ensuite, leur nombre s'étant accru, ils en vinrent à attaquer des partis qui allaient au pillage, et firent une cruelle boucherie de ces coureurs chaque fois qu'ils pouvaient les saisir.

« L'exemple devint bientôt contagieux et l'insurrection se répandit dans la plus grande partie de la province. Au son du tocsin, on voyait tous les gens de la campagne abandonner leur travail, courir aux armes, et se rendre au lieu qui leur était
Discussion animée entre des paysans
Discussion animée entre des paysans. Peinture de Wille
marqué par des capitaines établis dans chaque village. Quelquefois ils se trouvaient au nombre de plus de seize mille. A leur tête était tout ce qu'il y avait d'esprits brouillons en Normandie : le comte de Brissac, récemment chassé d'Angers, de Mony de Pierrecour, de Longchamp, le baron d'Echauffour, le baron de Tubœuf, de Roquenval, de Beaulieu, et plusieurs autres gentilshommes partisans de la Ligue et qui assemblaient des troupes pour le parti, autour de l'Aigle et d'Argentan. »

Ce fut aux environs de cette dernière ville que les Gauthiers furent détruits, le 22 avril 1589. Étant accourus au secours de Falaise, assiégée par les troupes du roi, ils se virent attaqués dans trois villages où ils s'étaient fortifiés par le duc de Montpensier et ses lieutenants. Mal armés pour la plupart, écrasés par l'artillerie ennemie, à laquelle ils n'avaient pas à opposer une seule pièce de canon, ils essuyèrent une défaite complète malgré leur vigoureuse résistance. Plus de trois mille restèrent sur la place. Des douze cents qui se rendirent à discrétion, quatre cents furent condamnés aux travaux publics ; on relâcha les autres après leur avoir fait jurer de ne plus reprendre les armes.

Le Grand-Jeudi
On désigna ainsi, à cause de l'agitation extraordinaire qui se manifesta ce jour-là à la cour, le jeudi 23 avril 1643, où l'on administra à Saint-Germain l'extrême-onction à Louis XIII. Ce prince vécut encore jusqu'au jeudi 14 mai. « Le matin de sa mort, raconte Dubois, l'un de ses valets de chambre, il appela ses médecins, et leur demanda s'ils croyaient qu'il pût encore aller jusqu'au lendemain, disant que le vendredi lui avait toujours été heureux ; qu'il avait ce jour-là entrepris des attaques qu'il avait emportées ; qu'il avait même ce jour-là gagné des batailles ; que ç'avait été son jour heureux, et qu'il avait toujours cru mourir ce même jour-là. » Le roi mourut trente-trois ans après être monté sur le trône : son père Henri IV avait été assassiné le 14 mai 1610.

Grandes Compagnies
Bandes d'aventuriers de toutes les nations qui, dans la seconde moitié du quatorzième siècle, désolèrent non seulement la France, mais l'Italie et l'Espagne. Voici comment Mathieu Villani raconte l'organisation d'une de ces compagnies dans la marche d'Ancône, en 1353, par un chevalier de Jérusalem, organisation qui devait être à peu près la même dans tous les pays.

« Frère Moriale, dit-il, convoqua par lettres ou par messages une grande quantité de soldats qui se trouvaient sans emploi. Il leur fit dire de venir à lui, qu'ils seraient défrayés de tout et bien payés. Ce moyen lui réussit parfaitement ; il rassembla bientôt autour de lui quinze cents bassinets et plus de deux mille compagnons, tous hommes avides de gagner leur vie aux dépens d'autrui... ils se mirent à chevaucher le pays et à piller de tous côtés... Comme la contrée était remplie de tous biens, ils y séjournèrent un mois. Pendant ce temps, l'effroi qu'ils inspiraient mit tous les châteaux d'alentour à leur disposition. Beaucoup de soldats mercenaires qui avaient fini leur temps, apprenant que la compagnie faisait un grand butin, refusèrent du service pour se réunir à frère Moriale.

« Quelques-uns même se firent casser pour venir le joindre ; et il les faisait inscrire. Il observait la plus grande régularité dans la répartition du butin. Les objets pillés ou dérobés qui pouvaient se vendre étaient vendus par ses ordres. Il donnait des sûretés aux acheteurs, et, afin que sa marchandise eût cours, il s'arrangeait de façon à se montrer loyal. Il institua un trésorier pour la recette et la dépense ; créa des conseillers et des secrétaires avec lesquels il réglait
Château d'Alleuze (Cantal), pris par le chef d'une Grande Compagnie au XVe siècle
Château d'Alleuze (Cantal), pris par le chef
d'une Grande Compagnie au XVe siècle
(Crédit photo : mairie d'Alleuze)
toutes choses. Obéi des cavaliers et des compagnons, comme s'il eût été leur seigneur, il leur rendait la justice, et faisait exécuter ses arrêts immédiatement. »

C'est dans le récit animé de Froissart qu'il faut lire la vie et les exploits de ces hardis aventuriers qui souvent en peu de mois amassaient des fortunes considérables. L'un d'eux, Aimerigot Marchès, se repentant d'avoir vendu au comte d'Armagnac le château d'Alleuze, près de Saint-Flour, imaginoit en soi, dit le chroniqueur, que trop tost il s'estoit repenti de faire bien, et que de piller et rober en la manière que devant il faisoit et avoir faict, tout considéré c'estoit bonne vie. A la fois il s'en devisoit aux compagnons, qui lui avoient aidié à mener cette ruse, et disoit : « Il n'est temps, esbatement ni gloire en ce monde, que de gens d'armes, de guerroyer par la manière que nous avons faict ! Comment estions-nous resjouis quand nous chevauchions à l'avanture et nous pouvions trouver sur les champs ung riche abbé, ung riche prieur, marchand, ou une route (convoi) de mulles de Montpellier, de Narbonne, de Limoux, de Fougans, de Béziers, de Toulouse et de Carcassonne, chargées de draps de Bruxelles ou de Moustier-Villiers, ou de pelleteries venant de la foire au Lendit, ou d'épiceries venant de Bruges, ou de draps de soye de Damas ou d'Alexandrie ? Tout estoit nostre ou rançonné à nostre volonté. Tous les jours nous avions nouvel argent. Les villains d'Auvergne et de Limousin nous pourvéoient et nous amenoient en nostre chastel les bleds, la farine, le pain tout cuit, l'avoine pour les chevaux et la litière, les bons vins, les bœufs, les brebis et les moutons tout gras, la poulaille et la volaille. Nous estions gouvernés et estoffés comme rois, et quand nous chevauchions, tout le pays trembloit devant nous. Tout estoit nostre, allant et retournant... Par ma foy, ceste vie estoit bonne et belle ! »

Les grandes compagnies, après avoir battu l'armée royale à Brignais, rançonné le pape à Avignon, sortirent enfin de France en 1366 et se rendirent en Espagne sous la conduite de Duguesclin, qui, lui-même, à la tête de ses Bretons, avait pillé force villages et dévalisé bien des voyageurs sur les grands chemins. D'autres troupes passèrent en Italie, s'y recrutèrent, et, grâce aux guerres civiles de ce pays, elles y subsistèrent jusqu'au quinzième siècle.


 

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