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Affaire de l'ARMOIRE DE FER DE LOUIS XVI,
ou la trahison du serrurier François Gamain Partie 1/3
Voulant soustraire aux yeux des Révolutionnaires des documents attestant de tractations secrètes avec des cours européennes et ses correspondances avec Mirabeau, Dumouriez et La Fayette, Louis XVI s'adressa à son serrurier attitré, François Gamain, pour construire une armoire de fer et les y cacher. Mais à l'annonce de la fuite du roi, le serrurier en révéla l'existence, accusant de surcroît le souverain d'avoir tenté de l'empoisonner. Une affaire opportune plaidant en faveur de l'accusation au procès de Louis XVI... Parmi les épisodes plus ou moins véridiques qui remplissent les annales de la Révolution, il en est un qui, accepté avec empressement par ceux qui avaient voté la mort de Louis XVI, puis ensuite traité de fable, a reparu avec de nombreux embellissements et suscité plus d'une controverse : le prétendu empoisonnement du serrurier Gamain, le dénonciateur de l'armoire de fer, par le roi Louis XVI. François Gamain, né à Versailles le 29 août 1751, appartenait à une famille d'entrepreneurs de serrurerie, qui était venue s'établir à Versailles à l'époque des grands travaux faits dans cette ville par Louis XIV. Son père, Nicolas Gamain, serrurier fort habile, était entrepreneur des bâtiments du roi.
On sait le goût qu'avait Louis XVI pour les travaux manuels. Rencontrant souvent le jeune serrurier dans les appartements, il se plaisait à causer avec lui de ses travaux et à lui demander des explications sur ses ouvrages. Il s'attacha à François Gamain, et voulut s'essayer, sous sa direction, à fabriquer des serrures et quelques objets d'art à son usage. Il fit construire à cet effet un petit atelier dans les combles du château. Dans cet atelier, qui existe encore aujourd'hui, il s'enfermait fréquemment avec Gamain, et travaillait avec lui pendant des heures entières. Le roi l'avait pris en grande affection ; il l'avait nommé serrurier de ses cabinets, ce qui lui donnait l'entrée de ses appartements, et, lorsque le père de Gamain mourut, il lui continua la charge de serrurier de ses bâtiments. L'affection de Louis XVI pour Gamain était si grande, qu'elle choquait ceux qui étaient admis dans l'intimité du roi. L'on raconte qu'un jour l'intendant Thierry de Ville-d'Avray, auquel il venait de montrer quelques-uns de ses ouvrages de serrurerie en lui demandant ce qu'il en pensait, osa lui faire la réponse suivante : « Sire, quand les rois s'occupent des ouvrages du peuple, le peuple s'empare des fonctions des rois. » Lorsqu'arrivèrent les journées des 5 et 6 octobre 1789, et que Louis XVI fut forcé de séjourner à Paris, Gamain, quoique habitant Versailles, resta toujours le serrurier du roi, qui lui continua toute sa confiance. Quand plus tard, entouré d'ennemis, menacé à tout instant de l'envahissement de son palais, Louis XVI sentit la nécessité d'avoir un lieu sûr et caché où il pût déposer ses papiers les plus importants, ce fut encore à Gamain qu'il s'adressa pour exécuter ce travail de confiance, et ce fut lui qui construisit la célèbre armoire de fer. Elle avait été pratiquée dans l'épaisseur d'un mur, près de la chambre à coucher du roi et elle était fermée par une porte en tôle de fer recouverte d'une couche de peinture imitant la pierre ; l'ouverture de la serrure se trouvait dissimulée dans les rayures de la pierre et il était impossible de découvrir cette cachette. La reine ayant appris que Gamain était devenu jacobin et haïssait la royauté sinon le roi, le mit en garde contre lui. Sur ses instances, le roi consentit à retirer de l'armoire les pièces les plus compromettantes, surtout celles qui avaient trait aux subsides accordés à Mirabeau. Madame Campan assista à cette opération et reçut du roi en dépôt, comme elle le raconte, un grand nombre de pièces. Gamain, grand et maigre, était d'une constitution assez délicate. Au témoignage d'Eckard, qui le connut en 1786, il avait de plus l'esprit assez faible. Entouré de gens qui avaient adopté avec enthousiasme les principes de la Révolution, il fit comme eux, et le 7 janvier 1792, il fut nommé membre du conseil général de la commune de Versailles. Il assista aux séances, et particulièrement à celles du mois de juin, de juillet et d'août de cette année, ainsi que le constatent les registres de la commune. Après la journée du 10 août, il fut nommé (24 septembre) l'un des commissaires chargés « de faire disparaître de tous les monuments de la commune, les peintures, sculptures et inscriptions qui pourraient retracer la royauté et le despotisme » nous révèle le Registre des délibérations de la commune de Versailles. On voit que, pendant cette année 1792, Gamain fit éclater son zèle patriotique, et prit part avec assiduité aux discussions, souvent tumultueuses, de la commune de Versailles. A cette époque, la commune de Versailles entretenait avec la commune de Paris les relations les plus intimes. Tous les jours deux députés de Versailles assistaient aux séances de la commune de Paris, en rapportaient les procès-verbaux, et à leur tour les membres de la commune de Versailles en discutaient les principaux points et transmettaient leurs conclusions, presque toujours approbatives, à la commune de Paris. C'est dans ce foyer révolutionnaire, au milieu de ces discussions passionnées que Gamain, soit qu'il y fût poussé par ses sentiments révolutionnaires, soit qu'il craignît que quelqu'un venant à découvrir l'armoire de fer l'accusât, lui qui l'avait faite, de n'en avoir pas révélé l'existence, se décida à faire cette révélation. La précaution que le roi avait prise sur la recommandation de la reine était utile. Le 19 novembre 1792, quand déjà s'instruisait le procès du souverain, Gamain, soit scrupule, soit crainte, soit espérance d'une récompense, alla dévoiler la cachette au ministre Roland, qui courut aux Tuileries sans même prendre le temps de « prévenir la commission des papiers des Tuileries » récemment instituée, ce qui lui fut vivement reproché par la suite. De l'armoire il sortit suffisamment de documents pour que leur « Inventaire et description sommaire » emplisse un fort volume, le tome neuvième, des pièces du procès de Louis XVI. Le 20 novembre, Roland déposa sur le bureau de la Convention les papiers découverts et déclara, sans nommer Gamain, que ces papiers étaient dans un lieu tellement particulier, tellement secret, que si la seule personne de Paris qui en avait connaissance ne l'eût indiqué,
Le 1er décembre, Gamain confirma sa révélation par la déclaration suivante qui resta longtemps inédite peut-être parce qu'elle s'est trouvée mêlée aux papiers de Roland, qui furent déposés à la Bibliothèque Nationale. En voici le texte, dont l'orthographe est respectée : « Je soussigné, François Gamain, serrurier et notable de la maison commune de la ville de Versailles, déclare que dans le courant d'avril de la dit anné j'ai été chargé, avec mistère, par Louis Seize de pratiquée une ouverture dans l'épaisseur du mure, de face, des Thuillerie qui regarde le couchant, au passage de la chambre à couchéz, que j'ai été chargé en outre de recouvrie cette ouverture par une porte de tolle de fere forte fermé, avec une serrure de sûreté, que je n'ai jamais su pour quel usage cette ouverture a été pratiquée, mais que simplement que cette ouverture pouvait contenire des pièces emportentes au salut de la République. « J'ai cru, devoire, en décharger ma conscience et en faire la révélation au citoyen Heurtier, mon supérieur, dont je me flatte d'avoir la confiance à tous égard. Je déclare donc que le dix-huit novembre dernier j'ai déposé mon ségré dans le sein du citoyen heurtier, que j'ai ensuite été appelé à paris par lui, de la part du Ministre, de l'intéreure ou m'étant transporté le ving dumaime mois, j'ai accompagné le ministre aux thuilleries pour lui indiquer l'ouverture en question. Je déclare en outre que le meime jour j'ai ouvert par ordre du Ministre la porte qu'il recouvrait la ditte cachette dans laquelle le Ministre a trouvé des papiers qu'il a fait emparqueté, en présent du citoyen heurtier et de moy, pour être le tous transporté à la Convention nationale par des personnes qu'il a fait appelée à cet effet. « Fait à Paris ce premier décembre 1792, premier de la République française. François GAMAIN. « Je, soussigné, architecte, inspecteur général des Batimens nationaux, atteste la sincérité des faits articulés dans la presente déclaration du citoyen Gamain. J'atteste, en outre, que je n'ai pas perdu les papiers de vüe, depuis le moment où ils ont été découverts, jusqu'à celui où le ministre que j'ai toujours accompagné est entré à la Convention, pour les y déposer, et que l'ordre dans lequel ces papiers ont été trouvés n'a même pas été dérangé. « A Paris, le 1er décembre 1792 l'an 1er de la République française. HEURTIER. » :: Affaire de l'Armoire de Fer - Partie 2/3 - Partie 3/3 |
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