Mots d'histoire, vocabulaire, expressions pittoresques
Aux différentes époques de notre histoire, on rencontre des dénominations particulières appliquées à l'usage des événements, à des partis, ou à certaines classes d'individus. Cette rubrique vous en révèle l'origine ou la signification, choisissant les plus pittoresques de ces mots curieux et bizarres.
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COUP DE JARNAC
lors du duel entre François de Vivonne et Guy Chabot
Partie 7/8

Bientôt après fut apporté au même lieu, avec le même cérémonial et présents les mêmes juges, par les sieurs de Brion, de Lévis, d'Urfé, de La Garde et de Saint-Julien, deux brassards pour le bras gauche ; on pria M. d'Aumale d'en choisir un pour La Châtaigneraie. Le prince protesta avec beaucoup de force, disant que ce n'étaient point armes usitées, et déclara ne pouvoir les accepter ; mais, le cas référé devant le connétable et les maréchaux, il en fut décidé autrement, « en raison du dernier paragraphe de la liste d'armes signifiée par Jarnac ». La Châtaigneraie prit donc l'un des brassards et rendit l'autre.

Le fils du sieur d'Urfé, avec les autres amis de Monlieu déjà nommés, apportèrent alors deux épaulettes pour le bras gauche ; l'une des deux fut également choisie par l'assaillant, et l'autre rendue à l'assailli. Puis M. de Saint-Vanray et les amis du défendeur présentèrent un grand bouclier d'acier avec une pointe d'un quart de longueur et bien acérée, à quoi M. d'Aumale répondit que La Châtaigneraie ne s'était pas pourvu d'un bouclier de cette forme. Les juges du camp décidèrent que l'assaillant se procurerait une rondache pareille, ou se servirait de celle qu'il avait.

Alors, pour trancher la difficulté, Monlieu proposa à son adversaire de choisir entre deux autres boucliers qu'il lui offrit : La Châtaigneraie prit l'un des deux. Le fils de M. de Lorges et les précédents apportèrent un gantelet de fer pour la main gauche, qui fut accepté. Enfin, de Courtinier et de Beaumont, avec le même cortège et cérémonial, présentèrent successivement, le premier, un jac de mailles, le deuxième, deux morions qui furent reçus par M. d'Aumale sans difficultés.

Toutes les armes défensives étant accordées, un héraut cria le ban suivant : « Or oyez, or oyez, or oyez, seigneurs, chevaliers et escuyers, et toute manière de gens ! De par le roy, je fais exprés commandement à tous que tost que les combattans seront au combat, chacun des assistans ait à faire silence et ne parler, tousser, ny cracher, ny faire aucun signe du pied, de main ou d'œuil, qui puisse aider, nuire ny préjudicier à l'un ny à l'autre desdits combattans. Et davantage je fais exprés commandement de par la roy à tous, de quelque qualité et grandeur qu'ils soient, que pendant et durant le combat ils n'ayent à entrer dans le camp, ny à subvenir ny à l'un ny à l'autre desdits combattans, pour quelque occasion et necessité que ce soit, sans permission de messieurs les connestables et mareschaux de France, à peine de vie ».

La Châtaigneraie, assaillant, armé de ses armes, fut aussitôt conduit par M. d'Aumale, pour honorer l'intérieur du camp, suivi de ses confidents et de sa compagnie, musique en tête, avec hérauts et poursuivants d'armes, lesquels tenaient en main leur bâton bleu surmonté d'une croix d'or ou d'argent. Après lui, Jarnac, assailli, fut mené par le grand écuyer, en compagnie de ses témoins et amis, trompettes sonnant, tambourins battant, pour rendre les honneurs à l'intérieur de la lice, précédé également par les hérauts et poursuivants d'armes. Devant lui, on portait les armes offensives du combat : quatre épées que tenaient d'Urfé, de La Garde, de Saint-Julien et de Cezay ; quatre daguettes, à savoir deux grandes et deux petites, dont étaient chargés de Saint-Vanray et de Beaumont.

Les deux cortèges ayant défilé successivement au pied de la tribune royale, chacun des combattants s'agenouilla sur un carreau de velours et d'or ; là, après avoir entendu les représentations du prêtre commis à cet effet, ils prêtèrent, entre les mains du connétable, sur les saints Évangiles, le serment suivant :

SERMENT DE L'ASSAILLANT. « Moy, François de Vivonne, jure sur les saincts Évangiles de Dieu, sur la vraye croix de Nostre-Seigneur, et sur la foy de baptesme que je tiens de luy, qu'à bonne et juste cause je suis venu en ce camp pour combattre Guy Chabot, lequel a mauvaise et injuste cause de se défendre contre moi. Et outre que je n'ay sur moy ny en mes armes paroles, charmes ny incantations desquels j'aye espérance de grever mon ennemy et desquels je me veuille aider contre luy, mais seulement en Dieu, en mon bon droit, en la force de mon corps et de mes armes. »

SERMENT DE L'ASSAILLI. « Moy, Guy Chabot, jure sur les saincts Évangiles de Dieu, sur la vraye croix de Nostre-Seigneur et sur la foy du baptesme que je tiens de luy, que j'ay bonne et juste cause de me défendre contre François de Vivonne, et outre que je n'ay sur moy ny en mes armes paroles, charmes ny incantations desquels j'aye espérance de grever mon ennemy, et desquels je me veuille aider contre luy, mais seulement en Dieu, en mon bon droit et en la force de mon corps et de mes armes. »

Les combattants ayant été ramenés ensuite chacun à son siège, vis-à-vis l'un de l'autre, on procéda à l'accord des armes offensives en présence du roi, du connétable et des maréchaux de France. Ces armes consistaient en deux épées ordinaires et portatives. La garde de ces épées était faite à une croisée et à pas-d'âne, puis venaient quatre daguettes bien épointées, deux pour chaque combattant ; en outre, deux épées de rechange étaient confiées au connétable pour remplacer celles qui se rompraient. Les épées furent mises aux mains des deux adversaires, et les daguettes mises en leur lieu.

Leurs confidents se retirèrent alors ainsi que leurs parrains, en prenant congé d'eux et les exhortant à bien faire. Presque aussitôt le héraut d'armes de Normandie, qui était au centre de la lice, cria
Combat entre La Chataigneraie et Chabot
Combat entre La Châtaigneraie et Chabot
trois fois à haute voix : « Laissez aller les bons combattans ! » puis s'éloigna. Un silence de mort se fit à l'instant au sein de l'assemblée.

Les deux champions marchent résolument l'un vers l'autre, La Châtaigneraie l'épée haute et à pas précipités, Jarnac avec plus de calme, le bouclier contre la poitrine et l'épée prête à parer le coup de tête. Ce fut le premier que lui porta Vivonne ; mais Jarnac change la parade, le reçoit sur sa rondache, et, en voltant, riposte par un coup qui atteint son adversaire entre le gousset de mailles et le haut de sa bottine. L'assistance entière pousse un cri aussitôt étouffé, l'attention redouble ; La Châtaigneraie domine sa douleur et gagne sur Jarnac, dans l'intention évidente de le saisir, « entrant sur lui de pied et de main ».

Il reçoit à la jambe gauche déjà entamée un terrible coup de revers qui lui fait au jarret une profonde blessure. Ce n'était pas un coup de traître que cette botte, comme on l'a cru à tort et tant répété depuis : en plusieurs rencontres, elle avait été employée et ne pouvait donc pas même être considérée comme une botte bien secrète. Dans le duel entre De Genlis et Des Bordes, qui avait eu lieu aussi à Saint-Germain, Des Bordes eut un jarret coupé, dont il demeura estropié et boiteux. Dans une autre rencontre près de Rome, au Monte-Rotondo, un capitaine italien assénait à M. de Rouillon, gentilhomme gascon, un grand coup d'estramaçon sur le jarret, qui le fit tomber sans qu'il pût se relever.

On voit Vivonne chanceler, son épée lui échappe, il tombe, inondant la terre de son sang. Une émotion inexprimable se manifeste dans les tribunes, au sein de la foule rassemblée autour des lices. Les amis de Vivonne poussent des imprécations, ceux de Jarnac triomphent ; les gardes ont peine à réprimer le mouvement général ; enfin le silence se rétablit. Jarnac immobile contemplait son ennemi en silence. Vivonne était là à sa discrétion. « Rends-moi mon honneur, lui dit Monlieu, et crie à Dieu mercy et au roy de l'offense que tu as faite ! » Vivonne cherchait à se relever, mais en vain ; il lui était désormais impossible de quitter la place.

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