|
|
|
|
|
|||||||||||
COUP DE JARNAC
lors du duel entre François de Vivonne et Guy Chabot Partie 6/8
On donna aux estacades les dimensions indiquées par les règlements ; des tribunes furent élevées parallèlement à la grande face des barrières ; les deux tentes ou trefes (vieux mot français désignant le pavillon du chevalier qui doit combattre en champ clos) des combattants furent placées à la droite et à la gauche du roi aux deux extrémités de la lice ; les tourelles des poursuivants d'armes, aux quatre angles de l'enceinte ; celle du roi d'armes avait été pourvue de son échelle. Il avait été nécessaire aussi de prendre des mesures extraordinaires de police pour empêcher la foule d'envahir l'enceinte réservée, car une multitude immense était arrivée, dès le matin, de Paris à Saint-Germain, attirée par la curiosité et par un temps magnifique. Cette multitude fut cause d'un grand scandale au moment où les deux champions entrèrent en lice (il était déjà fort tard, et le soleil près de se coucher). Une troupe d'hommes sans aveu et de mauvais sujets, arrivés sur les lieux dans l'espoir d'y exercer leur industrie, se rua sur les tentes où La Châtaigneraie avait fait préparer un souper magnifique pour y fêter ses amis après le combat, tant il se croyait sûr du succès. En un instant, tout y était mis au pillage : « les potaiges et entrées de tables respandus, mangés et dévorés par une infinité de harpaille ; la vaisselle d'argent de cuysine et riches buffets, empruntés de sept ou huit maisons de la cour, dissipés, ravis et volés avec le plus grand désordre et confusion du monde ; et pour le dessert de tout cela, cent mille coups de hallebarde et de baston départis sur tous ces gens, Suisses et valets de cour, par les capitaines et archers des gardes et prévost de l'hostel qui y survindrent ». C'était la petite pièce avant la tragédie. Excepté M. de la Roche-sur-Yon (Charles de Bourbon), aucun prince du sang ne demeura près du roi en cette circonstance ; tous suivirent M. de Vendôme (François de Vendôme, vidame de Chartres, premier prince du sang), qui s'était retiré, blessé que Henri lui eût interdit de servir de parrain à Monlieu. L'histoire ne dit pas si Catherine de Médicis était présente au combat ; mais la belle Diane, la sœur du roi, sa tante Marguerite de Valois, les princesses et la plupart des dames de la cour n'avaient eu garde de manquer l'occasion d'assister au sanglant spectacle qui se préparait. Comme on le verra, Jarnac au dernier moment avait décidé que le duel aurait lieu à pied ; c'était au surplus depuis longtemps la coutume que l'on suivait pour les rencontres. A en juger par la longue liste des dames et des filles d'honneur de la reine et des princesses, telle que nous l'ont laissée les contemporains, on doit supposer que les tribunes étaient brillamment garnies. Une foule de seigneurs et de braves gentilshommes, qui tous s'étaient distingués dans les armées et firent parler d'eux plus tard dans les guerres de religion, que les loisirs de la paix avaient ramenés à la cour, étaient présents au combat. Le comte d'Aumale, le prince de La Roche-sur-Yon, les maréchaux de Saint-André et de Sedan, MM. de Brissac, de Biron, de Tavanne et de Montluc, les cinq fils du connétable et le marquis de Villars, son frère, l'amiral de Châtillon, MM. d'Esse de Charny, de Brion, de Vieilleville, de Bourdillon, et tant d'autres guerriers illustres par leur naissance, leur valeur, attendaient avec émotion l'issue de cette rencontre, depuis si longtemps prévue. Parmi cette foule de courtisans, où Jarnac comptait fort peu d'amis, personne ne doutait que Vivonne ne remportât facilement la victoire. Le spectacle empruntait à la présence du roi et de la famille royale une solennité inusitée ; aussi le connétable ne négligea-t-il rien pour suivre avec toute la pompe possible
Au lever du soleil, le 10 juillet 1557, le héraut d'armes Guyenne cria aux deux extrémités de la lice : « Aujourd'huy, dixiesme de ce présent mois de juillet, le roy, nostre souverain seigneur, a permis et octroyé le camp libre et seur, à outrance, à François de Vivonne et au sieur de Monlieu, deffendant et assailly, pour mettre fin par armes au différent d'honneur dont entr'eux est question. Parquoy je fais à sçavoir à tous, de par le roy, que nul n'ait à empescher l'effet du présent combat, n'y aider ou nuire à l'un ou à l'autre des combattans, sur peine de la vie. » La lice était double, l'espace vide entre la première et la seconde barrière était occupé par les gens du connétable et les archers de la garde du roi. Il y avait à chaque extrémité du camp une porte pour laisser passage aux combattants. Il y avait une porte aussi au-dessous de la tribune du connétable. A la droite de cette tribune, quatre sergents de la prévôté et l'exécuteur des hautes œuvres, avec force cordes, faisaient prévoir les outrages sinistres que la loi réservait au cadavre du vaincu. Sous la tribune du juge du camp, une table couverte d'un drap d'or supportait un missel, un crucifix et un te igitur ; un prêtre se tenait silencieux à côté. Aussitôt après le ban ou publication du héraut, Vivonne sortit de son hôtel, accompagné de son parrain et de ses amis, au nombre de plus de cinq cents, vêtus de ses couleurs, blanc et incarnat. Devant lui, on portait son écu et son épée, et, plus en avant, l'image de saint François sur une bannière ; le cortège était précédé de tambourins et de trompettes sonnant des aubades. La colonne fit le tour de la lice, ce qui s'appelait honorer le dehors du camp ; puis l'écu de Vivonne, peint de ses armes, fut attaché à un pilier planté à la droite de la tribune royale. François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie, portait d'hermine au chef de gueule. Reçu à la barrière de droite par le connétable, avec les formalités accoutumées, après qu'il eut fait ses déclarations, il fut introduit dans le trèfe de droite, pour y rester jusqu'à son entrée au camp. On amena ensuite Jarnac avec le même cérémonial. Il était accompagné de son parrain et de cent vingt gentilshommes revêtus de sa livrée, blanc et noir. Une bannière avec l'image de la sainte Vierge marchait en avant. Jarnac était, comme Vivonne, armé de toutes pièces, excepté le dessus, que ses écuyers portaient devant lui, ainsi que son épée et sa rondelle. Après que le cortège eut honoré le dehors du camp, toujours musique en tête, on suspendit l'écu de Jarnac au pilier de gauche, près de la tribune du roi. Guy Chabot, seigneur de Jarnac, portait d'or, à trois chabots de gueule posés en paux : 2, 1. La barrière de gauche ouverte à sa requête, il entra dans son pavillon, pour y demeurer jusqu'à l'appel du combat. « Et ce fait, fut procédé par leurs parrains et leurs confidens à l'accord du camp et des armes défensives. » Il n'y eut point de difficultés pour l'accord du camp ; les procurations furent échangées et mises au greffe par-devant les hérauts. On convint que si les épées se rompaient, il en serait procuré d'autres. M. d'Aumale fut requis de procéder à la concordance des armes. Les confidents entrèrent alors dans les tentes de chacun des combattants, et restèrent avec eux pour leur tenir compagnie. A sept heures et demie commença la concordance des armes. MM. de Villemareuil, d'Urfé, le baron de La Garde et de Saint-Julien s'avancèrent en bon ordre, trompettes sonnant, tambourins battant. Ils portaient un gousset (petite braie ou culotte de mailles en fer) de mailles, et s'arrêtèrent devant la tribune du roi, le connétable et maréchaux présents ; là, le comte d'Aumale examina et accepta le gousset comme armes visitées, après l'avoir fait mesurer à un autre, pour servir à La Châtaigneraie. De La Vauguyon, d'Urfé, le baron de La Garde et de Saint-Julien apportèrent de même un gantelet de fer pour la main droite, lequel fut visité par les parrains de Vivonne et accepté comme ci-dessus. Dans cette occasion, M. d'Aumale dit qu'il allait protester contre les armes défensives non usitées que Jarnac se proposait d'exiger, et dont il était avisé, ajoutant que « la perte du tems qui pourroit estre faite sur le discord fust au préjudice dudit de Monlieu ». A quoi d'Urfé répondit assez fièrement « qu'il resteroit encore six heures du jour au sieur de Jarnac après qu'il auroit eu la victoire sur son ennemi ! » Il était alors dix heures. :: Coup de Jarnac - Partie 1/8 - Partie 2/8 - Partie 3/8 |
|
|
|
|||||||||||
| :: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||||||