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COUP DE JARNAC
lors du duel entre François de Vivonne et Guy Chabot Partie 5/8
Jarnac, qui n'attendait que le moment de signifier à son adversaire sa liste de chevaux et d'armes, envoya incontinent à Vivonne le commandement qui suit par Angoulême, héraut d'armes du roi : « François de Vivonne, pourvoyez-vous des armes que vous devez porter au jour qui sera député. Angoulême se transporta au domicile de Vivonne, où il rédigea ce procès-verbal : « Aujourd'huy seiziesme de juin mil cinq cens quarante-sept, estant en la ville de Paris, à la requeste de Guy Chabot, sieur de Monlieu, je Engoulesme, héraut d'armes du roy, me suis transporté pardevers et à la personne de François de Vivonne, sieur de La Chasteneraye, lequel j'ay trouvé en la rue Saint-Antoine, logé en la maison de Simonne des Rües, veufve de Jean des Prez, valet de chambre en son vivant du deffunt roy, environ l'heure de sept heures du soir avant le soleil couché. Auquel j'ay baillé les articles signez audit Chabot, dont copie est cy-dessus contenue et collationnée par moy à son propre original sain et entier, où est déclaré ce dont ledit de Vivonne doit pourvoir au jour député pour combattre sur le différent d'entr'eux ; ainsi qu'il a esté ordonné par le roy. Lequel de Vivonne m'a fait response que sans préjudice de ses droits il accepte le contenu desdits articles cy-dessus transcrits, desquels je luy ay fait lecture de mot à mot, en présence de monsieur le baron de Curton et plusieurs autres gentilshommes, et spécialement de Guillaume Payen et Jean Trouvé, notaires royaux de Paris. Vivonne faisait allusion à l'énormité des dépenses où allait l'entraîner l'obligation de se pourvoir des chevaux, harnais et armes diverses que le commandement de Monlieu lui enjoignait de se procurer. Jamais ses ressources n'y auraient pu suffire, si le roi, dont il s'était, au vu de tous, constitué le champion, n'était venu à son secours. Déjà, un mois ou cinq semaines avant le duel, La Châtaigneraie ne sortait jamais sans être accompagné de cent ou cent vingt gentilshommes portant ses couleurs. « Il faisoit, dit Vieilleville, une piaffe à tous odieuse et intolérable, et une dépense si excessive, qu'il n'y avoit prince à la cour qui le pût égaler ; elle montait à plus de 1 200 écus par jour. Heureusement pour lui que le roi, qui l'aimoit, lui en avoit donné les moyens. » Quant à Jarnac, au lieu de parader, il écoutait les conseils du capitaine Casi, fort expérimenté en fait de duels, et comme l'événement l'a prouvé, il s'en trouva bien. C'est sur l'avis du capitaine et de son maître d'armes qu'il obligea au dernier moment Vivonne à mettre au bras gauche (celui du bouclier) un brassard qui empêchait absolument ce bras de plier, « ains le faisoit tenir roide de comme un pau [pal signifie pieu, colonne. Terme de blason] » Vivonne, ayant été blessé au bras droit, dont il souffrait encore, perdait ainsi tout moyen de lutter avec Jarnac et de le terrasser. Le comte Martinengo, en se battant sur le pont du Pô contre un autre officier italien, avait introduit la même clause dans le combat. Le jour de la rencontre fut fixé au 10 juillet. Les deux adversaires durent d'abord choisir leurs parrains. Chose à noter, Vieilleville nous apprend que le roi ne voulut pas permettre M. de Vendôme d'être celui de Jarnac. M. de Doisy, grand écuyer, le remplaça. Le comte d'Aumale secondait La Châtaigneraie. Les confidents de celui-ci furent MM. de Montluc, d'Aurielle, de Fregozzi et le comte Berlinghieri ; ceux de Jarnac, MM. de Clervaut, de Castelnau, de Carrouge et d'Ambleville. La confiance de Vivonne passait toute mesure. Carloix, secrétaire du maréchal de Vieilleville, rapporte que « La Chasteigneraye ne craignoit son ennemi non plus que ung lion le chien », mais qu'il fut trompé dans son attente. « Il se montra grandement coupable, dit Montluc, d'outrecuidance et de vanterie ; il passa fort légèrement par l'église et la messe avant le combat. Il eut peu de souci d'implorer son Dieu et de l'appeler à son ayde. Quant à Jarnac, il ne faisoit autre chose que hanter les églises, les monastères, les couverts, faire prier pour luy et se recommander à Dieu, faire ses pasques ordinairement, et surtout le jour du combat, après avoir ouy la messe très dévotement. Du despuis, il s'en désista bien pour accomplir le proverbe : Passato il pericolo, gabbato il santo (le péril passé, on se moque du saint) ; car il se fit huguenot très ferme. » Quelques jours avant le combat, le roi et toute sa cour s'étaient rendus à Saint-Germain-en-Laye. Henri II voulut que le champ clos eût lieu dans cette ville, et décréta qu'il y assisterait. Le connétable, sire de Montmorency, ordonna toutes les mesures nécessaires, et choisit pour le champ un préau situé vers la partie orientale du château. Le sire de Montmorency était encore connétable en 1559, et présidait conséquemment au tournoi où Henri II fut blessé à mort par M. de Lorges, sire de Montgommery. :: Coup de Jarnac - Partie 1/8 - Partie 2/8 - Partie 3/8 |
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