Mots d'histoire, vocabulaire, expressions pittoresques
Aux différentes époques de notre histoire, on rencontre des dénominations particulières appliquées à l'usage des événements, à des partis, ou à certaines classes d'individus. Cette rubrique vous en révèle l'origine ou la signification, choisissant les plus pittoresques de ces mots curieux et bizarres.
magazine d'histoire, chroniques anciennes, la France d'antan, périodiques du passé
de la rubrique
Mots d'histoire
CLIQUEZ ICI

COUP DE JARNAC
lors du duel entre François de Vivonne et Guy Chabot
Partie 5/8

Jarnac, qui n'attendait que le moment de signifier à son adversaire sa liste de chevaux et d'armes, envoya incontinent à Vivonne le commandement qui suit par Angoulême, héraut d'armes du roi :

« François de Vivonne, pourvoyez-vous des armes que vous devez porter au jour qui sera député.
« Premièrement, vous vous pourvoirez d'un courcier, d'un cheval turc, d'un genest et d'un courtaut.
« Item, vous vous pourvoirez, pour armer vostre courcier, d'une selle de guerre, d'une selle de jouste et d'une selle qui soit à deux doigts de haut, et l'arçon bas devant, mais qu'elles ayent deux bourlets derrière, et d'une selle qui n'ait point d'arçon derrière.
« Item, que lesdits chevaux soient fournis desdites selles, spécifiant que ledit genest ait davantage une selle à la genette et une à la caramane, et le turc, une selle à la turquesque et une selle à la française, avec deux doigts d'arçon derrière et l'arçon bas devant.
« Item, que le courtaut ait davantage une selle à la française et une autre selle sans arçon derrière et sans bourlet derrière, mais l'arçon devant avec sa rencontre à demy-cuisse.
« Item, que lesdits chevaux se puissent armer avec des bardes d'acier et de toutes pièces, comme chanfrain de fer, flancarts et crouppière de fer, et chanfrain attourné de fer.
« Item, que pour lesdits quatre chevaux, vous soyez pourveu de les pouvoir armer de toutes pièces d'acier, et de hardes de cuir, et de caparaçon de mailles, et les resnes couvertes de lames, et de les mettre en point comme si vouliez entrer en cour d'une bataille, et vous en pouvoir aider avec telles armes que vous pourriez combattre en jouste.
« Item, vous pourvoirez, pour vous armer, de toutes les pièces qu'il faut pour armer un homme d'armes, avec pièces doubles et simples de jouste et sans jouste.
« Item, vous pourvoirez d'un harnais à la légère de toutes pièces.
« Item, vous pourvoirez de toutes sortes d'armes de mailles qui se peuvent porter.
« Item, vous pourvoirez d'un escu et d'une salade à la génetaire.
« Item, vous pourvoirez d'une targue à l'albanaise, et de boucliers et targues de toutes sortes que l'on se puisse aider à pied ou à cheval.
« Item, vous pourvoirez de toutes sortes de gants de fer, de maille, de lames d'acier, tant des doigts comme du demeurant de la main, de prise et sans prise.
« Item, vous pourvoirez de vos armes, vous et vos chevaux, de toutes sortes et façons qu'il est possible s'armer et user, et accoustumées en guerre, en jouste, en débat et en champ clos.
« Plus des armes qui ne sont accoustumées en guerre, en jouste, en combat et en camp clos, je les porteray pour vous et pour moy, me réservant tousjours d'accroistre ou diminuer, de cloüer ou descloüer, oster ou mestre dedans le camp, à mon plaisir, ou de me mettre en chemise, ou plus ou moins, selon qu'il me semblera.
« Fait à Paris le seiziesme jour de juin mil cinq cens quarante-sept. GUY CHABOT »

Angoulême se transporta au domicile de Vivonne, où il rédigea ce procès-verbal : « Aujourd'huy seiziesme de juin mil cinq cens quarante-sept, estant en la ville de Paris, à la requeste de Guy Chabot, sieur de Monlieu, je Engoulesme, héraut d'armes du roy, me suis transporté pardevers et à la personne de François de Vivonne, sieur de La Chasteneraye, lequel j'ay trouvé en la rue Saint-Antoine, logé en la maison de Simonne des Rües, veufve de Jean des Prez, valet de chambre en son vivant du deffunt roy, environ l'heure de sept heures du soir avant le soleil couché. Auquel j'ay baillé les articles signez audit Chabot, dont copie est cy-dessus contenue et collationnée par moy à son propre original sain et entier, où est déclaré ce dont ledit de Vivonne doit pourvoir au jour député pour combattre sur le différent d'entr'eux ; ainsi qu'il a esté ordonné par le roy. Lequel de Vivonne m'a fait response que sans préjudice de ses droits il accepte le contenu desdits articles cy-dessus transcrits, desquels je luy ay fait lecture de mot à mot, en présence de monsieur le baron de Curton et plusieurs autres gentilshommes, et spécialement de Guillaume Payen et Jean Trouvé, notaires royaux de Paris.
« Fait les jours et an que dessus par moy héraut susdit ; signé Engoulesme. Et lecture faite de la lettre, ledit Vivonne m'a dit seulement ces mots Jarnac veut combattre mon esprit et ma bourse ! »

Vivonne faisait allusion à l'énormité des dépenses où allait l'entraîner l'obligation de se pourvoir des chevaux, harnais et armes diverses que le commandement de Monlieu lui enjoignait de se procurer. Jamais ses ressources n'y auraient pu suffire, si le roi, dont il s'était, au vu de tous, constitué le champion, n'était venu à son secours. Déjà, un mois ou cinq semaines avant le duel, La Châtaigneraie ne sortait jamais sans être accompagné de cent ou cent vingt gentilshommes portant ses couleurs. « Il faisoit, dit Vieilleville, une piaffe à tous odieuse et intolérable, et une dépense si excessive, qu'il n'y avoit prince à la cour qui le pût égaler ; elle montait à plus de 1 200 écus par jour. Heureusement pour lui que le roi, qui l'aimoit, lui en avoit donné les moyens. »

Quant à Jarnac, au lieu de parader, il écoutait les conseils du capitaine Casi, fort expérimenté en fait de duels, et comme l'événement l'a prouvé, il s'en trouva bien. C'est sur l'avis du capitaine et de son maître d'armes qu'il obligea au dernier moment Vivonne à mettre au bras gauche (celui du bouclier) un brassard qui empêchait absolument ce bras de plier, « ains le faisoit tenir roide de comme un pau [pal signifie pieu, colonne. Terme de blason] » Vivonne, ayant été blessé au bras droit, dont il souffrait encore, perdait ainsi tout moyen de lutter avec Jarnac et de le terrasser. Le comte Martinengo, en se battant sur le pont du Pô contre un autre officier italien, avait introduit la même clause dans le combat.

Le jour de la rencontre fut fixé au 10 juillet. Les deux adversaires durent d'abord choisir leurs parrains. Chose à noter, Vieilleville nous apprend que le roi ne voulut pas permettre M. de Vendôme d'être celui de Jarnac. M. de Doisy, grand écuyer, le remplaça. Le comte d'Aumale secondait La Châtaigneraie. Les confidents de celui-ci furent MM. de Montluc, d'Aurielle, de Fregozzi et le comte Berlinghieri ; ceux de Jarnac, MM. de Clervaut, de Castelnau, de Carrouge et d'Ambleville.

La confiance de Vivonne passait toute mesure. Carloix, secrétaire du maréchal de Vieilleville, rapporte que « La Chasteigneraye ne craignoit son ennemi non plus que ung lion le chien », mais qu'il fut trompé dans son attente. « Il se montra grandement coupable, dit Montluc, d'outrecuidance et de vanterie ; il passa fort légèrement par l'église et la messe avant le combat. Il eut peu de souci d'implorer son Dieu et de l'appeler à son ayde. Quant à Jarnac, il ne faisoit autre chose que hanter les églises, les monastères, les couverts, faire prier pour luy et se recommander à Dieu, faire ses pasques ordinairement, et surtout le jour du combat, après avoir ouy la messe très dévotement. Du despuis, il s'en désista bien pour accomplir le proverbe : Passato il pericolo, gabbato il santo (le péril passé, on se moque du saint) ; car il se fit huguenot très ferme. »

Quelques jours avant le combat, le roi et toute sa cour s'étaient rendus à Saint-Germain-en-Laye. Henri II voulut que le champ clos eût lieu dans cette ville, et décréta qu'il y assisterait. Le connétable, sire de Montmorency, ordonna toutes les mesures nécessaires, et choisit pour le champ un préau situé vers la partie orientale du château. Le sire de Montmorency était encore connétable en 1559, et présidait conséquemment au tournoi où Henri II fut blessé à mort par M. de Lorges, sire de Montgommery.

:: Coup de Jarnac - Partie 1/8 - Partie 2/8 - Partie 3/8
Partie 4/8 - Partie 6/8 - Partie 7/8 - Partie 8/8


 

:: HAUT DE PAGE    :: ACCUEIL

magazine d'histoire, chroniques anciennes, la France d'antan, périodiques du passé
de la rubrique
Mots d'histoire
CLIQUEZ ICI