Mots d'histoire, vocabulaire, expressions pittoresques
Aux différentes époques de notre histoire, on rencontre des dénominations particulières appliquées à l'usage des événements, à des partis, ou à certaines classes d'individus. Cette rubrique vous en révèle l'origine ou la signification, choisissant les plus pittoresques de ces mots curieux et bizarres.
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COUP DE JARNAC
lors du duel entre François de Vivonne et Guy Chabot
Partie 4/8

Brantôme rapporte que, dans une de ces affaires, le demandeur était borgne de l'œil gauche ; or, dans la liste des armes laissée par le défendeur, celui-ci avait stipulé très exactement que les deux combattants porteraient un morion couvrant hermétiquement la partie droite du visage, et conséquemment l'œil droit, de sorte qu'ainsi armé l'assaillant aurait été obligé d'entrer en lice absolument sans y voir. On a peine à concevoir comment dans cette affaire les parrains et confidents (c'était le nom qu'on donnait alors aux témoins ou seconds des duels) passèrent plusieurs jours à délibérer gravement une telle condition, qui ne fut définitivement rejetée qu'après les débats les plus vifs.

La lettre que Vivonne adressa à Henri II dès son avènement au trône était ainsi conçue : « AU ROY MON SOUVERAIN SEIGNEUR. Sire, ayant entendu que Guichot Chabot, estant à Compiegne sous le regne du feu roy, a dit que quiconque l'accusoit de s'estre vanté d'avoir eu les bonnes graces de sa belle mère estoit meschant et malheureux ; sur cela, sire, avec vostre bon vouloir et plaisir, je réponds qu'il a meschamment menty, car il s'en est vanté à moi plusieurs fois. FRANÇOIS DE VIVONNE »

Quelques jours après, Vivonne écrivit au roi une seconde lettre : « Sire, je vous supplie très humblement me donner champ à toute outrance, dans lequel j'entends prouver par armes, audit Guichot Chabot, ce que j'ai dit et que je maintiens..., afin que par mes mains soit vérifiée toute l'offense qu'il a faite à Dieu, à son père et à justice ».

Jarnac avait donné le premier démenti, en raison de quoi Vivonne le poursuivait comme demandeur et assaillant, et Jarnac demeura défendeur et soutenant, ce qui lui donnait le choix des armes. Celui-ci adressa alors au roi le cartel suivant : « Sire, avec vostre bon plaisir et congé, je dy que François de Vivonne a menty de l'imputation qu'il m'a donnée, de laquelle je vous parlay à Compiègne, et pour ce, sire, je vous supplie très humblement qu'il vous plaise ly octroyer le combat à toute outrance. GUY CHABOT »

Outre ce cartel, Jarnac écrivait à l'évêque de Béziers, qui était des favoris du roi et près de sa personne, pour le prier d'appuyer sa demande : « Monsieur, la signature de cette lettre vous fera croire et dire en assuerance, partout où vous vous trouverez, que, touchant le différend d'entre La Chasteigneraye et moy, s'il plaist au roy nous donner lieu en ung coing de son royaume pour vuyder nostre différend par armes, je les porterai si braves, et moy encore plus, que je monstreray, dedans le lendemain au combat, la bonne nourriture que j'aye eue du feu roy François, et que je tiens du roy mon seigneur que La Chasteigneraye n'a la bouche si forte que je ne l'arreste d'une livre de fer. Votre serviteur très humble. GUY CHABOT »

Le cartel de Jarnac, avec cette lettre, ayant été montré à La Châtaigneraie, celui-ci envoya au roi cet autre cartel : « Sire, il vous a plu, par cy-devant, entendre le différend d'entre Guichot Chabot et moy, sur lequel j'ay lu une lettre signée de son nom, par laquelle il offre d'entrer dès demain dedans le champ, et porter armes si braves, et lui encore plus, qu'on cognoistra la nourriture qu'il a reçue du feu roy et de vous, se vantant de m'arrester d'une livre de fer. Et pour ce, sire, qu'il monstre venir au point que tousiours j'ay pourchassé, je vous supplie très humblement qu'il vous plaise me donner champ en vostre royaume, à toute outrance, pour combattre sur notre différend. FRANÇOIS DE VIVONNE ».

Ce placet lu au conseil du roi, on y arrêta enfin une résolution ainsi formulée : « Il a été ordonné que cette présente lettre sera montrée et signifiée audit Chabot par un héraut d'armes du roy, pour à icelle respondre et dire ce que bon lui semblera. Fait au conseil du roy, tenu à l'Isle-Adam, le 23 d'avril 1547. DE L'AUBESPINE ».

Guyenne, héraut d'armes du roi, à la diligence de La Châtaigneraie, ainsi qu'il résulte de son procès-verbal, se rendit le 25 du même mois à Limours chez la duchesse d'Étampes, où il croyait trouver Jarnac ; mais il n'y rencontra que sa femme et plusieurs gentilshommes à la duchesse, entre autres son écuyer, le sire du Pin, MM. de Grelure et de Ville, auxquels il communiqua les pièces dont il était porteur ; puis, rebroussant chemuin, il vint à l'Isle-Adam rendre compte de sa mission. Le lendemain 26 avril, il trouvait Jarnac à Saint-Cloud, et lui signifiait le cartel de La Châtaigneraie. Jarnac lui répondit qu'il était le très bienvenu, que lui, Jarnac, se trouvait fort heureux du consentement que le roi voulait bien lui accorder de se mesurer enfin avec son ennemi, qu'avant tout il voulait surtout accomplir la volonté de sa majesté, pour laquelle son affection et son dévouement étaient sans bornes.

C'est en présence des sieurs de La Hargerie, de La Rochepozay, de Fontenilles et de plusieurs autres gentilhommes, que Guyenne déclare « avoir baillé la présente signification audit Chabot. » Son procès-verbal fut porté au conseil privé du roi, à Saint-Germain-en-Laye. Plusieurs princes, les sieurs connétable et maréchaux de France, et autres seigneurs et capitaines, y avaient été appelés. Les termes respectueux de la réponse de Jarnac y furent unanimement approuvés. La majorité des arbitres présents insistaient pour que le combat n'eût pas lieu ; Henri, qui toujours avait favorisé La Châtaigneraie, en décida autrement. En conséquence, les lettres en forme de patente de camp furent expédiées.

Bretagne, héraut d'armes de France, se transporta, le 13 juin, rue Saint-Honoré, au domicile de Jarnac, qu'il trouva en compagnie du capitaine Casi, de Georges de Beauregard, de Lion d'Asnières et de Laurent de Cossard, et lui signifia ces patentes, ainsi qu'un nouveau cartel où La Châtaigneraie, après avoir répété dans les termes les plus grossiers ses allégations injurieuses contre Jarnac et sa belle-mère, ajoutait : « Guichot Chabot, je vous envoye la patente de camp qu'il a plu au roy m'octroyer, dedans lequel je vous prouveray avec armes effectives que vous me baillerez (mais quelles soient en gentilhomme d'honneur) que vous m'avez dit que vous aviez, etc. ; j'entends que vous me faciez entendre, dans quatre jours, à Paris, aux Tournelles, où je seray, ou procureur pour moy, de quoy je me dois pourvoir. En tesmoin de quoy j'ay signé la présente en présence de monseigneur soussigné, le 12e jour de juin mil cinq cens quarante-sept. FRANÇOIS DE VIVONNE »

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