Mots d'histoire, vocabulaire, expressions pittoresques
Aux différentes époques de notre histoire, on rencontre des dénominations particulières appliquées à l'usage des événements, à des partis, ou à certaines classes d'individus. Cette rubrique vous en révèle l'origine ou la signification, choisissant les plus pittoresques de ces mots curieux et bizarres.
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COUP DE JARNAC
lors du duel entre François de Vivonne et Guy Chabot
Partie 3/8

François était sans doute guidé par de très bons sentiments ; cependant c'était le cas ou jamais d'appliquer l'édit de Philippe le Bel, qui régissait encore les duels à cette époque. On lit en effet dans le Formulaire des combats à outrance à la mode de France, suivant l'ordonnance du roi Philippe, etc. : « Pour qu'il chée gaige de bataille, il faut que l'assaillant ou demandant dise qu'il ne peut prouver par tesmoins ne autrement que par son corps, en champ clos, comme gentilhomme et preudhomme doit faire, en présence de moy son juge et prince souverain, et alors doit gecter son gaige de bataille ». Philippe, en terminant cette ordonnance, qui indiquait les cas dans lesquels le combat judiciaire était permis, s'exprimait ainsi : « ... Or faisons à Dieu prière qu'il garde le droict à qui l'ira... Qui se plainct et justice ne trouve la doit de Dieu réquérir : que si, pour son interest, sans orgueil et maltalent, ains seulement pour son bon droict, il réquiert bataille, ja ne doit redouter engin ne force, car Dieu nostre seigneur Jésus-Christ, le vrai juge, sera pour lui ».

N'était-ce pas bien le cas d'appliquer cette ordonnance dans l'espèce ? En effet, entre l'imputation de Vivonne et le démenti de Jarnac, quel tribunal pouvait prononcer ? Il n'y avait pas eu de témoins de leur colloque, car Vivonne, en bon courtisan, pour mettre le dauphin hors du débat, affirmait que c'était en parlant à lui, et seul à seul, que Jarnac avait tenu le propos qu'il niait aujourd'hui. Cependant, malgré les efforts des deux adversaires, le roi était demeuré inflexible. Un bien long espace de temps se passa durant lequel La Châtaigneraie dut beaucoup souffrir du reproche d'avoir aussi indignement compromis l'honneur de Mme de Jarnac, et Monlieu, plus encore peut-être de ne pouvoir tirer vengeance de l'accusation calomnieuse dont il était l'objet.

Les écrits contemporains ne fournissent aucun détail sur la conduite de Jarnac et de sa famille, ni sur ce que fit La Châtaigneraie depuis la décision du conseil privé jusqu'à la mort de François Ier, qui eut lieu en 1547. On raconte seulement que Pierre Strozzi ne se fit pas scrupule de conseiller à La Châtaigneraie de se débarrasser de Jarnac in ogni modo (de toute manière), c'est-à-dire en l'assassinant. Il alla jusqu'à lui offrir 100 000 écus qu'il avait à la banque de Venise, où il proposait à La Châtaigneraie de se retirer, afin de laisser le temps de se passer à la colère du roi, qui serait très grande, non seulement en raison de la « défense rompue », mais aussi parce que Jarnac était parent et protégé de la duchesse d'Étampes. Il paraît que les sentiments religieux de Strozzi n'étaient pas plus édifiants que ses principes de loyauté. Quand il fut blessé à mort devant Thionville, M. de Guise, qui se trouvait auprès de lui en ce moment, le voulait admonester pour son salut : « Quel Jésus, s'écria Strozzi, mort-dieu ! venez-vous me ramentevoir ici ? Je regnie Dieu ! ma feste est finie ! »

Quand Henri II fut monté sur le trône, Vivonne reproduisit incontinent la demande que le défunt roi avait opiniâtrement rejetée en menaçant les deux adversaires des peines les plus sévères, s'ils se recherchaient. Henri II, jaloux de condescendre aux désirs de Vivonne et voulant en finir aussi avec cette affaire désagréable pour lui-même, permit que le combat eût lieu.
Henri II
Henri II
La position de Jarnac à la cour était fort triste ; il avait presque tout le monde contre lui. Depuis la mort de François Ier, sa protectrice était exilée : cet arrêt d'exil avait été un des premiers actes du règne de Henri, ou pour mieux dire de Diane, qui au reste, c'est une justice à lui rendre, se borna à envoyer dans ses terres la duchesse d'Étampes et à remplacer dans les fonctions qu'elles occupaient toutes les créatures de l'ancienne favorite.

Il est curieux d'étudier la minutieuse procédure, aux formes tout à fait judiciaires, que les deux champions durent suivre pour pouvoir arriver enfin aux mains. Quelque longs, au surplus, qu'en furent les préparatifs, ce duel peut être considéré comme l'un des combats à outrance les plus promptement expédiés dont l'histoire ait conservé le souvenir. Les formes employées dans cette circonstance étaient celles que la jurisprudence ordonnait dans les rencontres en camp mortel. On se rappelle que François Ier et Charles-Quint se défièrent pendant plus d'un an, et qu'ils échangèrent de nombreux cartels sans jamais pouvoir s'entendre ni sur le champ, ni sur les armes, ni sur les autres formalités.

L'affaire entre les sires de Mérode et de Bénavidès, à Mantoue, donna lieu à d'interminables discussions, aux dissertations et mémoires les plus savants sur la question de décider si les champions adapteraient à leurs cuirasses une certaine pièce de fer que le sire de Bénavidès, défendeur, exigeait ; le combat, en définitive, n'eut pas lieu. Citons encore pour leurs procédures les duels des sires de La Perrine et de Tinteville, et de Veniers contre Sanzay, tous les deux avec la permission et sous les yeux de François Ier, en 1537. Dans le premier cas, le sire de La Perrine entra seul en lice, son adversaire fit défaut ; Sanzay et Veniers au contraire se battirent très bien, et le roi finalement les sépara en jetant son bâton doré dans la lice. Même issue d'un combat qui eut lieu en 1522 à Valladolid, devant Charles-Quint, entre deux gentilshommes aragonais, Pedro Torilla et Jieronimo Anca. Il n'est pas sans intérêt non plus de lire le défi ou défiance qu'adressa Louis, duc d'Orléans, à Henri IV, roi d'Angleterre, en 1402, et toutes les écritures qui en résultèrent.

Ces affaires donnaient presque toujours lieu à d'interminables contestations. Telles étaient les chicanes mises en usage quelquefois et les difficultés auxquelles les droits respectifs des parties pouvaient servir de prétexte, que Brantôme cite un gentilhomme qui se vantait d'avoir fait attendre son adversaire, pendant deux années, par des subtilités sans cesse renouvelées sur les diverses conditions du combat. Le droit absolu (établi formellement par l'édit de 1307) qu'avait le défendeur d'imposer au demandeur toutes les armes qu'il voulait, et cela en nombre illimité, avait aussi pour effet d'occasionner d'incalculables dépenses à ce dernier, qui était obligé de se munir de tous les chevaux, harnais de guerre, armes à pied ou à cheval, qu'il plaisait à l'imagination de son adversaire d'inventer.

En outre, les frais, les vacations, citations, les indemnités dues aux hérauts d'armes, aux notaires, etc., étaient très considérables ; aussi le pauvre gentilhomme dont parle Brantôme avait en deux ans dépensé cent mille écus et s'était ruiné ; il reçut en outre un bon coup d'estoc en manière de consolation. Ce droit de choisir les armes allait jusqu'à l'absurde ; non seulement les inventions les plus bizarres étaient admises, mais à la dernière heure le soutenant pouvait encore imposer des armes nouvelles (qu'il apportait en double sur le terrain) dont il n'avait pas été question dans la liste, et cela avait toujours lieu, afin de dérouter et gêner un adversaire qui, ignorant les armes dont on ferait usage en champ clos, n'aurait pas eu le temps d'étudier la manière de s'en servir.

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