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COUP DE JARNAC
lors du duel entre François de Vivonne et Guy Chabot Partie 2/8
Le roi François Ier appelait Vivonne son filleul ou son nourrisson, et l'aimait beaucoup, non seulement pour son caractère aimable et ses qualités personnelles, mais aussi pour sa brillante valeur. Vivonne était compagnon des sires de Vieilleville et de Bourdillon, braves soldats s'il en fut, et qui devinrent maréchaux de France. On disait dans la prose rimée du temps :
Cependant il était plus avancé qu'eux, et déjà chamberlan et gentilhomme de la chambre, qu'ils portaient encore le titre d'écuyers. Vivonne s'était fort distingué au camp d'Avignon, et dans la campagne de Piémont il avait été grièvement blessé au bras droit à l'assaut de Coni, d'un coup d'arquebusade, lorsque l'amiral d'Annebaut l'assiégea. Le dauphin (depuis Henri II), qui l'appréciait et l'aimait plus encore peut-être que le roi (car Vivonne était l'un des seigneurs les plus assidus à la cour de Diane), l'avait emmené au ravitaillement de Landrecies et lui avait donné son guidon à porter. La Châtaigneraie le détacha de sa hampe, se le mit bravement en écharpe autour du corps, pour ne point en être embarrassé, « pouvoir mener les mains » et combattre : il fut blessé dans cette affaire, et l'on parla beaucoup de sa vaillance. Il reçut aussi une blessure au ravitaillement de Thérouanne. Suivant les contemporains, La Châtaigneraie passait pour un homme charmant, généreux, serviable, qui se faisait aimer, mais aussi peut-être un peu trop craindre de tout le monde. On lui reprochait en effet d'être « trop haut à la main, scallabreux et querelleur ». Enfin, pour terminer le portrait, laissons parler son neveu, le sire de Brantôme : « Mon oncle, dit-il, estoit fort craint, car il avoit une très bonne et très friande espée. Il estoit extrêmement fort, n'estoit ni trop haut ni trop petit ; il estoit d'une très belle taille, nerveux et peu charnu. Bien estoit-il un peu brunet, mais le teint fort beau, délicat et fort agréable, et pour ce en son temps fust-il bien voulu et aymé de deux très grandes dames de par le monde, que je ne dis. » Pour qu'il « pût bien faire fortune », son père, qui l'aimait tendrement, avait l'habitude, dans son enfance, de lui faire prendre avec tout ce qu'il mangeait de la poudre d'or, d'acier et de fer. Ce régime avait été indiqué au sénéchal « par un grand médecin de Naples, quand il y fut avec le roi Charles VIII. » Tel était l'homme qui figurait en première ligne parmi les compagnons du dauphin Henri. En regard de Vivonne, ce qu'on pouvait appeler le parti de la duchesse d'Étampes trouvait un zélé défenseur dans Guy Chabot, fils de Charles, seigneur de Jarnac, de Monlieu et de Sainte-Aulaye. Sa main pouvait être considérée comme l'une des plus grandes et illustres de France, d'Italie, de Flandre et d'Allemagne. Il faisait, en qualité d'enfant d'honneur, partie de la cour ainsi que Vivonne, avec qui il était fort lié et s'était, disons-le en passant, souvent mesuré à la lutte, ou en faisant assaut dans les salles d'armes. Son père l'avait mis auprès du roi dès sa plus tendre enfance. François Ier l'appelait familièrement Guichot. Il ne le cédait pas en courage à Vivonne mais n'était renommé, comme son ami, ni par sa grande adresse aux exercices du corps, ni par son amour pour les duels. Plus âgé de dix ans que Vivonne, il avait bien servi dans les guerres d'Italie, et s'était particulièrement distingué à Crémone avec Bonnivet. Jarnac était beau-frère de la duchesse d'Étampes (il avait épousé en 1540 Louise de Pisseleu, sœur d'Anne) et l'un de ses familiers ; il inclinait, comme Anne, pour les idées religieuses nouvelles ; aussi comprend-on qu'il dut s'aliéner la sympathie de Diane, qui était très passionnément catholique. Monlieu, c'était le nom qu'on lui donnait souvent à la cour, avait une jolie figure, se faisait remarquer par son élégance et la recherche de sa toilette. Les intrigues d'amour, où il était fort heureux, mais où il ne brillait point par sa discrétion, formaient son occupation presque exclusive. Un jour, causant familièrement à Compiègne avec Vivonne, celui-ci lui dit devant le dauphin : « Je ne m'explique pas, Guichot, comment tu peux être aussi gorgias [vêtu richement] et glorieux avec les revenus que je te connais, car ils ne sont pas lourds ».
Quelques méchants répétèrent perfidement la chose, qui ne tarda pas à se propager, et Jarnac apprit qu'on l'accusait de s'être vanté d'avoir les bonnes grâces de sa belle-mère. Il est plus facile d'imaginer que de décrire son désespoir. Furieux d'une aussi atroce accusation et ne sachant à qui s'en prendre, puisque le dauphin seul pouvait en être coupable, il déclara que quiconque avait tenu ce propos ou voudrait le soutenir « estoit meschant et en avoit vilainement menti », puis il se rendit précipitamment au château de son père, où, se jetant à ses pieds, il protesta de toutes les forces de son âme indignée contre la criminelle interprétation donnée à ses paroles. A la longue, à force de supplier, de protester, le pauvre Jarnac parvint à le persuader de son innocence, et il retourna à Paris, où se trouvait la cour alors, pour y chercher vengeance en poursuivant la réparation de l'injure qui lui avait été faite. Le dauphin Henri était le premier auteur ou instigateur de la calomnie ; c'était en plein sur lui que le démenti tombait. Il vit bien vite, aux regards des courtisans, qu'il était blâmé et jouait un rôle humiliant. Que se passa-t-il alors ? L'histoire ne nous le dit pas, mais il est probable que les propos avaient été tenus par la grande-sénéchale, et que le dauphin ne voulut pas la désavouer. Quoi qu'il en soit, La Châtaigneraie, honteux pour Henri de la cruelle situation qu'il s'était faite, bien aise sans doute de plaire à la favorite, pensant peut-être, il faut le croire, que Jarnac n'oserait pas s'exposer à une mort certaine en le provoquant, oublia son ancienne amitié et commit une très mauvaise action en disant tout haut partout qu'il était prêt à répondre à Monlieu, « attendu que c'était en parlant à lui-même que Guichot s'était cyniquement vanté d'une conduite coupable qu'il avait trouvé bon de nier plus tard ». Vivonne et Jarnac firent toutes les diligences nécessaires, en se conformant aux prescriptions du code sur les duels alors en vigueur, pour obtenir que le roi leur accordât le camp. François Ier, qui les aimait tous deux, reçut leur demande et la soumit à son conseil privé ; l'affaire y fut débattue. En définitive, le roi leur refusa le combat, disant « qu'un prince ne devait jamais permettre chose de laquelle on ne pouvait espérer bien, comme d'un tel combat. » :: Coup de Jarnac - Partie 1/8 - Partie 3/8 - Partie 4/8 |
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