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Histoire du siège de La Rochelle
Partie 1/7
Le parti protestant en France, de 1622 à 1627 Toutefois, le roi promit de ne point mettre de garnison à Montpellier, de ne pas y bâtir de citadelle, et de faire raser le fort Louis, qu'il avait récemment élevé à mille pas des portes de La Rochelle. Cette paix, assez mal observée de part et d'autre, tendait à consommer la ruine du parti protestant : aussi les chefs de ce parti, le duc de Rohan et son frère le duc de Soubise, épiaient l'occasion de faire recouvrer à leurs coreligionnaires les assemblées politiques, les villes de sûreté, l'organisation militaire, et tous les avantages qu'ils avaient perdus. En 1625, voyant Richelieu engagé dans une lutte périlleuse contre la maison d'Autriche, ils crurent le moment favorable ; les prétextes, d'ailleurs, ne leur manquaient pas. Le fort Louis, qui commandait l'entrée de La Rochelle, loin d'être rasé, comme le roi l'avait promis, était de jour en jour plus fortifié. A Brouage, à Oléron, on avait placé des troupes, de l'artillerie et des garde-côtes. Les navires ne pouvaient entrer dans le port de La Rochelle ou en sortir qu'en payant des droits si considérables qu'ils avaient anéanti son commerce. Enfin l'on savait que, pour compléter le blocus, une flotte royale était réunie à l'embouchure du Blavet. Ce fut dans ces circonstances que le duc de Soubise se décida à prendre les armes sans avoir consulté son parti. Au mois de janvier 1625, il s'empara de l'île de Ré, y arma cinq petits navires sur lesquels il embarqua trois cents soldats et cent matelots ; puis, le 17 janvier, à la tête de cette flottille, il entra dans le port de Blavet, attaqua les vaisseaux du roi et s'en rendit maître ; mais lorsqu'il voulut sortir du port avec ses prises, les vents contraires le forcèrent d'y rentrer, et il ne tarda pas à y être assiégé par deux mille hommes sous la conduite du duc de Vendôme, gouverneur de Bretagne. Les Huguenots crurent Soubise perdu et le désavouèrent. Mais, au bout de trois semaines, le vent ayant changé, il parvint à couper les chaînes et les câbles qui fermaient le port, franchit la passe longue et étroite, et put ramener encore quinze ou seize vaisseaux avec lesquels il s'empara de l'île d'Oléron. Le duc de Rohan, pensant que la perte de la flotte du roi rendrait Richelieu plus disposé à traiter, demanda à ouvrir des négociations, réclamant seulement l'exécution du traité de Montpellier. Ses offres n'ayant point été acceptées, il commença, de son côté, les hostilités en Languedoc, le 1er mai, et convoqua à Castres une assemblée des églises de la province, par laquelle il se fit nommer général ; et, bien qu'il ne recrutât son armée qu'avec peine, il réussit pourtant à faire face aux troupes du roi. Pendant ce temps, le duc de Soubise, qui avait enfin obtenu l'assistance des Rochelois, tenait la mer avec une flotte puissante. Il fit de nombreuses prises, et alla même ravager les côtes du Languedoc. Mais bientôt Richelieu, ayant emprunté des vaisseaux à la Hollande et à l'Angleterre, le fit attaquer par Toiras et le duc de Montmorency dans la rade du bourg Saint-Martin de l'île de Ré : ceux-ci, après l'avoir battu d'abord sur terre le 15 septembre, s'emparèrent d'une partie de sa flotte ; le reste se réfugia en Angleterre. Ces succès n'arrêtèrent pas Richelieu : il résolut d'étouffer cette guerre civile. « Le commencement de l'année 1626, dit-il dans ses Mémoires, fut signalé par deux actions importantes et peu attendues, qui donnèrent au roi le repos au dehors et au dedans de son royaume, et lui ouvrirent le chemin pour extirper le parti huguenot qui depuis cent ans divisait son État. Ces deux affaires furent : la conclusion de la paix avec l'Espagne, et celle avec les huguenots. » Cette double négociation fut conduite avec l'habileté ordinaire du cardinal. L'Espagne, espérant que Louis XIII s'engagerait de plus en plus dans la guerre contre les réformés, se montra fort accommodante sur les affaires d'Italie. L'Angleterre, dont l'intérêt était de maintenir la France en guerre avec le reste de l'Europe et surtout avec l'Espagne, détermina les Rochelois à s'arranger avec le roi ; « d'où il arriva, dit Richelieu, que, par une conduite pleine d'industrie inaccoutumée, on porta les huguenots à consentir à la paix de peur de celle d'Espagne, et les Espagnols à faire la paix de peur de celle des huguenots. » Cette paix, signée avec les protestants le 5 février 1626, ne modifiait guère le traité de Montpellier. On leur accordait seulement les fortifications qu'ils avaient construites nouvellement, et le roi d'Angleterre se portait garant du traité. Ses ambassadeurs promettaient, d'après les paroles qui leur avaient été données, « que le fort Louis et les îles de Ré et d'Oléron ne serviraient jamais à nuire à la sûreté et au commerce de La Rochelle. » Richelieu mit à profit le répit que lui donna cette pacification. Il poursuivit avec ardeur son projet de relever ou pour mieux dire de créer la marine française. Il commença par supprimer la charge d'amiral de Bretagne, et par racheter du duc de Montmorency celle de grand amiral dont les privilèges contrariaient ses desseins, et se fit donner la surintendance de la navigation et du commerce ; puis il ordonna de construire, dans les ports de France et de Hollande, des vaisseaux de toute grandeur. La paix lui était nécessaire, et il n'était point encore disposé à la rompre, quand, par une querelle avec l'Angleterre, il se vit forcé de recommencer la lutte plus tôt qu'il ne comptait. Henriette de France, fille de Henri IV, avait été mariée à Charles Ier, roi d'Angleterre ; mais la discorde n'avait pas tardé à éclater entre les deux époux. La jeune reine, dès les premiers jours de son arrivée à Londres, avait refusé d'être couronnée avec son mari, afin de ne pas avoir à s'agenouiller devant un prélat hérétique dans l'église presbytérienne de Westminster. Chaque jour voyait naître de nouvelles querelles que le favori du roi, le duc de Buckingham, ne manquait pas d'aigrir encore. Enfin, le 9 août 1626, toutes les dames françaises et tous les prêtres attachés à Henriette furent enlevés d'auprès d'elle et expulsés d'Angleterre. Louis XIII prit vivement la défense de sa sœur, et, au mois d'octobre, il envoya à Londres, pour régler ce différend, Bassompierre, qui, croyant avoir réussi dans la mission dont il s'était chargé, allait se rembarquer, quand Buckingham lui annonça, à Douvres, qu'il était lui-même chargé d'une ambassade extraordinaire à la cour de France. :: Histoire du siège de La Rochelle - Partie 2/7 - Partie 3/7 |
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